Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 11:09

Séance Hommage à Manoel De Oliveira

AFP

AFP

Manoel de Oliveira, réalisateur portugais et récent centenaire, a reçu un vibrant hommage et une Palme d’Or de la part de Gilles Jacob pour l’ensemble de son oeuvre. Le Grand Théâtre Lumière était rempli de personnalités qui ont tenu à assister à ce moment fort de cette 61ème édition du Festival de Cannes : le Président du Jury Sean Penn venu avec quelques-uns de ses Jurés dont Jeanne Balibar, Natalie Portman, Alfonso Cuaron, Rachid Bouchareb, Marjane Satrapi et Apichatpong Weerasethakul. Clint Eastwood, qui présente demain en Compétition L’Echange, avait tenu à être également dans la salle. Parmi les officiels étaient présents : Mme Christine Albanel, Ministre de la Culture de la Communication, M. José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, les Ministres européens de la Culture ainsi que M. João Bénard Da Costa, Directeur de la Cinémathèque portugaise.

Après avoir projeté son film Un jour dans la vie de Manoel de Oliveira, Gilles Jacob a évoqué, à travers une longue lettre, le parcours du cinéaste, le remerciant chaleureusement pour sa contribution au 7ème Art :

"Cher Manoel,
Il y a une histoire qui court sur vous et que j’adore. Vous auriez dit : j’ai menti sur mon âge, je n’ai pas cent ans, j’ai trois ans de plus. Si c’est vrai, c’est admirable ; si ce n’est pas vrai, c’est encore plus beau. Cela augure en tout cas de ce portrait de l’artiste en jeune homme. Les plus grands cinéastes du monde se défient du déluge d’interprétations que les exégètes font prévoir sur leur oeuvre. Ce n’est pas vous, mon cher ami, qui me dirait le contraire. Vous qui, pour avoir débuté au temps du muet, connaissez le doux prix du silence. Et qui est en quelque sorte le dernier des pionniers.
L’œuvre des grands cinéastes en effet est une oeuvre ouverte, sur le monde, sur l’espace, sur le temps, sur l’homme aussi, donc sur la tranquillité. Vous construisez chaque film contre le précédent et vous êtes par la même le plus joueur des réalisateurs. Vous n’avez pas peur de vous mettre en péril et, à chaque fois, tel le sauteur en hauteur que vous avez été, ça passe, la barre ne tombe pas, vous la survolez. Mystère de fraîcheur et de vitalité, vous nous étonnez, vous nous stupéfiez même. Vous êtes toujours imprévisible. Vos films, baignés de lumières magnifiques et de femmes superbes, se passent d’explications.
Un de vos titres les résume à merveille : Le Principe d’Incertitude. Il y a dans votre œuvre d’étranges et sublimes métamorphoses, des changements à vue comme on dit au théâtre. Ce changement à vue, je vois bien qu’il gagne votre visage : l’œil pétille, reflet de votre gaité, de votre vitalité, de votre fraîcheur d’âme. C’est que votre légendaire modestie n’aime pas plus qu’on parle de vous que de votre œuvre. Tant pis, cher Manoel, laissez-moi vous dire ceci et, pour une seconde, je serai un peu grave. Tant pis si je vous fâche, vous qui êtes le diapason des amoureux du cinéma d’auteur. Il y a dans l’histoire de l’art des personnages, plutôt des créateurs qui incarnent un temps l’âme d’un peuple, l’emblème de tout un pays. C’est une chance pour ce peuple, une bénédiction pour ce pays. L’Italie a souffert d’avoir dans les années 50 à 70 quinze génies en exercice. C’est beau mais après ? En Espagne, le contraire et, sans remonter au grand Cervantes en littérature, il y eut tour à tour Buñuel, Almodóvar. Et c’est très bien ainsi. Au Portugal, Pessoa mais vous aussi, mille excuses.
Je ne retiendrai qu’un exemple de "l’Oliveira’s touch", il est dans Je retourne à la maison avec le grand Michel Piccoli. Rappelez-vous, son personnage entre dans un café parisien tous les matins, s’assied à une table, toujours la même, et commande un café qu’il boit en lisant Le Figaro. Puis, il sort. A peine est-il sorti qu’un autre client se présente, se rue sur la même table et parcourt Libération. Un autre jour, après que Piccoli ait disparu, le client se précipite, mais la table est déjà occupée par un autre habitué qui dévore Le Monde. Qu’est-ce que c’est cette table enchantée qui attire ainsi la presse quotidienne dans sa diversité ? (…) La seule chose dont on soit sûr est qu’il n’y a aucune explication. C’est comme ça, parce que c’est comme ça. Mais le fait même que l’on se soit posé toutes ces questions, et que nous ayons souri, c’est tout votre univers, cher Manoel, qui se trouve ainsi dévoilé, et dans cette représentation toute l’histoire de l’humanité.
Vous tournez, je l’ai dit, depuis belle lurette. Et votre œuvre, par goût, invente, précède, accompagne toute l’histoire du cinéma. C’est à ce titre hautement symbolique, mais parce que vous êtes vous-même, c’est-à-dire un juste, que nous allons maintenant vous remettre cette Palme d’Or que vous obtenez non pas à l’ancienneté - quelle horreur ! - mais à l’estime et surtout à l’admiration. Admiration pour l’œuvre, admiration pour l’homme. Dans ce cas précis, elles sont à jamais indissociables. Portez-vous bien !"


Manoel de Oliveira, très ému par cet hommage, a remercié l’ensemble de la profession : "Je suis très touché pour cette Palme d’Or que je reçois finalement. J’aime énormément cette façon de la recevoir, parce que je n’aime pas trop la compétition, c’est-à-dire de concourir contre mes collègues. Comme ça, c’est la meilleure manière de recevoir un prix.
Monsieur le Président de la Commission Européenne José Manuel Barroso, Madame la Ministre de la Culture Christine Albanel, Monsieur l’Ambassadeur du Portugal en France António Monteiro qui représente le Ministre de la culture du Portugal, Gilles Jacob, Thierry Frémaux, chers collègues réalisateurs, techniciens et acteurs, cher journalistes et critiques, chers spectateurs. Avant tout, permettez-moi de remercier du fond de mon cœur ce toujours jeune Festival de Cannes pour ce généreux hommage qui m’a tant honoré.
Me voici dans ma centième année. Soixante dix-huit ans que je me consacre à cette passion qui nous unit tous : le cinéma.
A mon tour, je voudrais rendre hommage à toutes celles et ceux grâce à qui le cinéma existe, qu’il soit vu et qu’il soit conservé.
En premier lieu, les réalisateurs, ceux qui sont présents ce soir mais aussi tous les auteurs qui travaillent aux quatre coins du monde. En second lieu, je voudrais évoquer la mémoire de l’inoubliable Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque Française, la première de toutes. Ce sont elles qui préservent la mémoire du cinéma et permettent sa découverte et son étude.
Je voudrais saluer toutes les institutions et les établissements publics ou privés qui travaillent à la récupération et à la conservation des films pour leur permettre de continuer à vivre.
Enfin, je voudrais rappeler le rôle fondamental des festivals dans ma vie. En parlant des problèmes de diffusion du cinéma, Fellini aurait dit : "Nous fabriquons des avions mais nous n’avons pas d’aéroport". Je me permets de reprendre les propos du Maestro : "Les aéroports du film, ce sont les festivals et le Festival de Cannes est l’un des plus beaux aéroports au monde".
Pour finir, permettez-moi cette petite confidence : j’ai grandi tout au long d’un siècle avec le cinéma ; aujourd’hui, je sais que c’est le cinéma qui m’a fait grandir. A tous merci beaucoup et vive le cinéma !"


L’hommage s’est terminé avec la projection du premier court-métrage de Manoel de Oliveira, Douro Faina Fluvial.

Officiel19.05.08 . 00:00

Hommage à Manoel De Oliveira

Partager l'article

Le même jour

Officiel En salles le 19.05.08

Séance Hommage à Manoel De Oliveira

Séparez les adresses par des virgules * *Champs obligatoires
Officiel19.05.08

Séance Hommage à Manoel De Oliveira

Séparez les adresses par des virgules * *Champs obligatoires
.

.

.

12 : 06 : 34 : 57
du 14 au 25 mai, suivez la 72e edition

sur le SITE ÉVÉNEMENTIEL du Festival de Cannes

En poursuivant votre navigation sur nos sites,
vous acceptez l'installation et l'utilisation de cookies sur votre poste, notamment à des fins promotionnelles et/ou publicitaires, dans le respect de notre politique de protection de votre vie privée.