Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 12:52

Entretien avec Emir Kusturica

Emir Kusturica © AFP

Emir Kusturica © AFP

Cette année, le réalisateur serbe Emir Kusturica préside le Jury Un Certain Regard. Son premier long métrage "Te souviens-tu de Dolly Bell ?" (1981), reçoit le Lion d’or de la première oeuvre à Venise. En 1985, "Papa est en voyage d’affaires" est couronné de la Palme d’or à Cannes. En 1989, c’est le Prix de la mise en scène qui récompense "Le Temps des Gitans". Puis l’Ours d’argent pour "Arizona Dream" à Berlin, en 1993. "Underground", présenté à Cannes en 1995, lui vaudra sa deuxième Palme d’or... ENTRETIEN.

Vous sortez des délibérations avec votre Jury pour décider du palmarès un Certain Regard. Il y a eu de la bagarre?
Non! C’était un bon moment. Quand j’étais au grand jury, j’ai rencontré des personnes qui venaient de la littérature ou de la scène publique mais cette fois-ci, le jury venait uniquement du milieu du cinéma et ça a rendu les choses plus faciles. Nous étions vraiment concentrés sur les questions cinématographiques. Et comme Un Certain Regard se renouvelle, au sens où nous avions des films d’auteurs comme des films assez commerciaux, nous avons facilement choisi ceux que nous pensions être les meilleurs dans ce mélange.

En 2005, vous présidiez le Jury des longs métrages, cette année celui du Certain Regard, avez-vous regardé les films de cette Sélection avec un œil différent ?
En fait, c’est intéressant parce qu’aujourd’hui Un Certain Regard se rapproche plus de la Compétition. Ce n’est plus un programme qu’on peut restreindre à une seule perspective. Il y a des films qui pourraient très bien être en Séances de minuit et d’autres en Compétition. Au moins 3 d’entre eux auraient pu être choisis pour la Compétition cette année.

Vous avez aussi présidé le Jury de la Cinéfondation en 2003 et Kustendörf accueille une école de cinéma. Quelle idée avez-vous de la transmission ?
Nous traversons une époque incroyable de l’histoire du cinéma. Une grande révolution technologique. Mais cela ne change rien au fait que celui qui a une bonne idée, celui qui a une bonne histoire, c’est celui-là qu’il faut aller chercher. C’est une période baroque parce qu’elle offre mille possibilités : techniques, stylistiques, peu importe. La question demeure : quelle est ta vision du monde ? Ce que j’aime dans ce Festival c’est que tout en ne négligeant pas les aspects artistiques et commerciaux des films, il laisse sa place à l’identité personnelle. Ce n’est pas le cas à Hollywood, qui utilise la technologie pour plaire au marché et faire de l’argent. Quand je pense au cinéma, c’est toujours avec la passion de découvrir, de reconnaître, de dévoiler son secret.

Quel conseil donneriez-vous à un étudiant en cinéma ?
Colle à l’idée que tu te fais de la vie et à ta problématique existentielle.  Colle aux idées qui font ton identité dans le cours de l’histoire, colle à tes sentiments, tes obsessions, ta perception, tout ce qui fait que tu es le centre du monde. Et ne te laisse pas emporter par le courant de la technologie. 

Vous dites à propos du Festival qu’il est important parce qu’il est l’une des scènes qui défendent la diversité culturelle. Quelle est la place et l’identité du cinéma serbe dans cette diversité aujourd’hui ?
Je ne crois pas qu’il ait une très forte identité.  Ce cinéma suit et imite le cinéma occidental ce qui est bien dans la forme mais pas dans le fond. Et puis, ils ne découvrent pas de nouveaux talents. C’est une impulsion que j’essaie de donner dans mon festival à Kustendörf. Il est important de trouver sa propre identité  et de raconter une histoire qui soit à nous avant d’être à tous. Je fais toujours la comparaison avec la nature. Les meilleurs framboises du monde poussent en Serbie, grâce au sol et aux conditions atmosphériques du pays. Il faut y penser quand on fait un film. Et en Serbie, ils ne le font pas.

Vous venez de publier « Où suis-je dans cette histoire ?» , un récit autobiographique de votre enfance à Sarajevo. Pourquoi un livre plutôt qu’un film ?
Parce que je voulais prouver que je n’étais pas un de ces réalisateurs stupides incapables d’écrire un bouquin !

Vous êtes cinéaste, musicien, écrivain, architecte,…  Après quoi courez-vous ?
Je ne sais pas. Je suis très curieux. Et j’ai réussi à exprimer mon intériorité à travers toutes ces disciplines. Le plus important dans la vie c’est la stabilité psychologique. On doit être équilibré, fort, et capable de faire différentes choses. Comme disent les scientifiques, vous héritez de 23 paires de chromosomes  de votre mère, 23 de votre père et la question est : quel est votre apport personnel? Qu’est-ce qui fait qu’avec cet héritage, vous devenez footballeur, top model ou scientifique? C’est ce qui est beau, car la vie est un miracle, toujours.

Et aujourd’hui, qu’est-ce qui vous inspire?
Mon plus grand plaisir ces derniers jours a été de regarder les films et d’être happé par la beauté que le cinéma apporte aux gens. C’est peut-être la seule discipline qui permette de faire voyager le corps et l’esprit loin de la réalité. On part de la réalité et on s’échappe vers un autre monde. Je pense par exemple au film d’Aki Kaurismaki, qui  est pour moi un chef d’œuvre absolu, l’un des meilleurs que j’ai vu depuis longtemps. Le bonheur, la catharsis qu’on atteint en regardant un bon film est ce qui éclaire une vie. Se tenir près de l’art, s’exposer à l’art, l’apprécier, c’est ce qu’il y a de plus important dans une vie.

Rédigé par Vinca Van Eecke

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