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du Festival de Cannes 2019
Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 13:19

Raoul Peck : "Il y a plus de formatage dans le cinéma actuel que dans le cinéma qui arrive"

Raoul Peck © AFP

Raoul Peck © AFP

Thierry Frémaux l’avait annoncé, le jury de cette édition va « faire entrer le chaos du monde». Il a ainsi invité Raoul Peck, réalisateur Haïtien passé par le Congo et le Rwanda, à rejoindre le Jury. Ancien journaliste en Allemagne et ministre de la Culture en Haïti, il puise l’inspiration de ses films dans les plus grandes révoltes et injustices dont regorge l’Histoire.
 


Dans votre carrière, est-ce que le cinéma a été le moyen le plus libre de jouer un rôle dans la société ?
J’ai plus de liberté d’une certaine manière. Une  liberté mentale, politique, artistique, mais étant donné que le cinéma est une industrie, on est confrontés à des contraintes de pouvoir, d’argent. Je revendique ma provenance du Tiers Monde, une partie du monde exclue du cinéma. Quand on essaie d’établir une vision différente, voire critique, ce n’est pas forcément bien accueilli.

Justement, comment est-ce qu’on produit en Haïti ?
On a une totale liberté. Personne ne peut vous interdire de faire quoi que ce soit. Les Haïtiens ont conquis leur liberté de parole et ça, c’est irréversible.

Et en ce qui concerne la production et le financement des films ?
C’est plus compliqué. Il y a quelques années, malgré la pauvreté du pays, il y avait un développement cinématographique. On produisait pas mal de films, des low budget surtout, mais c’était une voie qui aurait pu donner des cinéastes et acteurs plus professionnels. Le groupe de cinéma qui a le monopole aux Antilles s’est retiré. Et les petites salles restantes ont été détruites par le séisme.

Pour vous, une histoire se raconte du côté de ceux qui y sont et non du point de vue d’un étranger. Vous pouvez préciser votre démarche ?
On n’est pas autorisés à parler au nom des autres sans légitimité. L’Afrique, par exemple, sert souvent de décor. On ne voit rien de l’Afrique, on ne comprend pas ses problèmes. J’estime qu’il faut nous habituer et habituer le public d’autres regards. Pour adopter ce regard, il faut comprendre leurs problèmes, se glisser dans leur peau et modestement leur donner la parole. Le cinéma se conçoit comme cela. Sinon ça reste un geste de pouvoir. C’est juste une question de santé éthique et politique.

Vous vous êtes intéressé au génocide rwandais mais aussi à la révolution congolaise. Vous n’aimez que les films à résonances historique et politique ?
Dans le cinéma américain commercial, il y a une vengeance, un happy end et le spectateur repus a consommé cette formidable histoire. Moi j’essaie de trouver un lien qui nous permette de comprendre le monde. Je suis contre ceux qui disent qu’il y a des thèmes qui ne sont pas cinématographiques. C’est à nous de les rendre accessibles. Mon rêve est de faire un film grand public qui apporte autre chose que de l’entertainment. Souvent, on nous demande de choisir entre entertainment et cérébral. Pour moi, il n’y a pas d’opposition.

Vous êtes l’actuel président de la Fémis, école de cinéma française. Est-ce que vous sentez de nouvelles tendances dans le cinéma de demain ?
J’ai été très surpris par la richesse de cette jeunesse. Ils m’ont souvent plus bluffé que de nombreux professionnels. Ils sont proches de leurs racines, des problèmes d’aujourd’hui, même si c’est un regard jeune. Les étudiants s’approprient tous les styles, les regards, les milieux et sont en phase avec eux-mêmes. Il y a plus de formatage dans le cinéma actuel que dans le cinéma qui arrive.

Propos recueillis par TK


Dans un entretien vidéo, réalisé mardi 15 mai lors du diner du Jury des Longs métrages, Raoul Peck évoque son rôle de juré.

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