Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 14:22

RENCONTRE - Daniel Auteuil : « J’ai pu m’intéresser à moi très longtemps, mais ce qui m’intéresse le plus maintenant c’est les autres. »

Daniel Auteuil © FDC / FL

Daniel Auteuil © FDC / FL

Homme de théâtre et de cinéma, acteur et réalisateur, Daniel Auteuil est l’interprète de plus de quatre-vingt rôles avec les plus grands, parmi lesquels Claude Sautet, André Téchiné, Patrice Chéreau, Nicole Garcia, Olivier Marchal, Michael Haneke. En 1996, il remporte le Prix d'interprétation masculine à Cannes pour Le Huitième Jour de Jaco Van Dormael et en 2000, le César du meilleur acteur pour La Fille sur le pont de Patrice Leconte. Cette année, il est membre du Jury des Longs Métrages aux côtés de Steven Spielberg.

 

Daniel Auteuil © FDC / Guillaume Thierry


Vous faites partie du Jury des Longs métrages dans lequel neuf nationalités sont représentées. Quelle particularité apporte votre regard français ?
En fait, ce dont je m’aperçois c’est que les sentiments dans les films sont souvent perçus en fonction de chaque culture. Et chaque nationalité est plus prompte à ressentir les signes qu’elle connaît. Je peux d’avantage ressentir une forme d’émotion sur des acteurs français, italiens ou même anglais et américains, alors que nos amis japonais la percevront autrement. De mon côté, je vais essayer, sur les films qui m’ont touché, de faire comprendre d’où ça vient. Parce qu’au fond c’est ce qui est important. Telle émotion peut sembler fabriquée ou arbitraire pour un tel ou un tel, s’il ne connaît pas le chemin de cette émotion-là.


Vous avez tourné sous la direction des plus grands réalisateurs, quand on a une carrière comme la vôtre, de qui espère-t-on des propositions ?
On ne sait plus très bien en vérité. On espère que la vie va continuer à être généreuse. De nouvelles générations de metteurs en scène sont arrivées, d’autres sont en devenir. Un acteur c’est comme un arbre, ça pousse, ça grandit et ça vieillit et on a toujours besoin d’arbres et de vieux arbres, donc on va voir !
 

Qu’est-ce qui vous donne envie d’accepter un rôle et à l’inverse quels rôles refuseriez-vous ?
Il m’est arrivé de refuser des rôles par superstition parce qu’ils touchaient à mes névroses et que je n’avais pas envie d’être confronté à ça. Et il m’est arrivé d’accepter des rôles très compliqués à vivre comme celui de l’Adversaire [de Nicole Garcia] par exemple, ce type qui vit dans le mensonge et qui fait croire à toute sa famille qu’il a une autre vie… Des rôles comme ça, la libération vient quand le film sort et qu’on le lâche au public. Aujourd’hui, je ne sais pas si j’aurais la force d’accepter des rôles qui me déstabilisent.


Quels sont les rôles qui vous ont particulièrement marqués ? Pourquoi ?
Bien souvent quand on est acteur et qu’on fait beaucoup de films, il y a de la légèreté à passer d’un rôle à l’autre et il peut arriver qu’un rôle fasse le tour du monde alors qu’on n’a éprouvé qu’un plaisir ludique et superficiel mais peu importe, ça ne regarde personne la quantité de mazout qu’on consomme.


Quand on a été, entre autres, Antoine, Bruno, Pierre, Louis, Stéphane, Raymond, Paul… C’est difficile de ne pas se perdre ?
Non, parce que j’ai eu la chance de toujours considérer que ce qui m’arrivait dans ce métier était miraculeux et donc j’ai continué à travailler comme quand j’ai commencé, avec la même énergie et au fond les mêmes peurs. Je sais que tout ce que j’ai eu, c’est arraché au travail et que c’est une énergie particulière. On n’est pas ce que les autres croient qu’on est, et on n’est pas non plus ce qu’on projette. J’ai cette lucidité-là, donc je ne me suis pas perdu.


En 2011, sort La Fille du Puisatier, votre premier long métrage en tant que réalisateur. Quel souvenir gardez-vous de ce passage de l’autre côté ?
C’est une révélation pour moi. Un nouveau métier qui me possède. Bizarrement quand on a été acteur pendant 40 ans, la nouveauté c’est l’abandon de soi-même, c’est-à-dire que même si je joue dans mes films, ça n’a aucune importance, c’est une formalité. J’ai pu m’intéresser à moi très longtemps, mais ce qui m’intéresse le plus maintenant c’est les autres. Et ça me plaît de raconter moi-même les histoires.


Vous venez de terminer l’adaptation de Marius et Fanny de Marcel Pagnol. Cet écrivain a ponctué votre carrière, qu’est-ce qui vous inspire autant chez lui ?
Je le visite comme d’autres passent leur vie à visiter Tchekhov ou Molière… Les thèmes abordés par Pagnol sont des thèmes universels, sur la paternité, les liens du sang, les liens du cœur… C’est un écrivain universel et j’aime en réadaptant ses livres, les faire réentendre, parfois en les débarrassant de choses qui faisaient rire il y a 80 ans, pour les rendre accessible aujourd’hui.

Rédigé par Vinca Van Eecke

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Officiel En salles le 21.05.13

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