Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 14:45

RENCONTRE - Naomi Kawase : "C’est en tant qu’être humain que j’appréhende mes fictions"

Naomi Kawase © AFP

Naomi Kawase © AFP

Diplômée en 1989, Naomi Kawase se tourne très vite vers la réalisation de documentaires, genre qu’elle affectionne et qui nourrit aujourd’hui encore sa manière de mettre en scène ses fictions. Tournés avec des moyens modestes, ses films lui apportent rapidement la reconnaissance internationale. À Cannes, la cinéaste devient en 1997 la plus jeune lauréate de la Caméra d’or pour Suzaku avant de décrocher dix ans plus tard le Grand prix du Jury pour La Forêt de Mogari. Elle évoque son rapport au cinéma.

De quand date votre souvenir de cinéma le plus marquant ?
J’avais dix-huit ans et je venais d’intégrer l’école de cinéma. C’est là que j’ai eu pour la première fois accès aux films de la Nouvelle Vague française et américaine. J’ai découvert à ce moment-là la différence entre le cinéma commercial et le cinéma d’auteur, mais aussi qu’un cinéaste a la possibilité s'il le souhaite de s’exprimer librement.

Vous ne fréquentiez pas les salles de cinéma lorsque vous étiez enfant ?
J’habitais un petit village où il n’y avait pas de salle de cinéma. Mon quotidien se résumait à rester aux côtés de mes parents adoptifs. C’est à ce moment-là que s'est forgé l’univers que l’on retrouve dans mes films.

Vous évoquiez la Nouvelle Vague. En quoi vous a-t-elle inspiré ?
La façon que Godard avait de filmer la vie a vraiment influencé mon style, ma manière de montrer la réalité. Je parle de Godard, mais j’aurais tout aussi bien pu citer Tarkovsky, Erice… ces cinéastes ont bâti une manière très personnelle et très libre de rendre compte de la réalité. Il y a une grande part de leur propre expérience de la vie dans leur travail.

Quelles sont les étapes de votre processus de création ?
Mon envie de réaliser un film provient toujours d’un événement personnel qui m’a marqué et que je souhaite mettre en images. Je crée des fictions à partir de choses très personnelles. Par exemple, pour la Forêt de Mogari, ce fut la maladie de ma mère adoptive, atteinte d’Alzheimer. Pour moi, la famille et les relations humaines sont très importantes. Elles représentent un lien entre le passé et le futur. Et j’aime relier ce lien vertical à la nature.

Vous avez tourné de nombreux documentaires. Que représente ce format à vos yeux ?
Avant d’être réalisatrice, je suis un être humain, une personne. C’est en tant qu’être humain que j’appréhende mes fictions. Le documentaire se penche sur le réel, tandis que la fiction est créée par des acteurs. C’est pour cette raison que je me sens plus proche du documentaire. Ce dernier peut révéler certaines situations difficiles et les changer vers quelque chose de positif. Ce n’est qu’après avoir réalisé un documentaire que je peux imaginer une fiction.

Même dans vos fictions, vous avez la plupart du temps recours à des acteurs non professionnels. Pourquoi ?
Travailler avec des acteurs non-professionnels, qui n’ont jamais appris à jouer, me permet d’apporter une part d’authenticité à mes films. Ils me permettent d’exprimer les choses de manière plus vivante, plus réelle et plus authentique.

Que pensez-vous du cinéma japonais d’aujourd’hui ?
J’ai eu le privilège de voir tous les films de la Compétition et ils sont tous très différents. Je pense que c’est ce qu’il manque au cinéma japonais. Il lui faut plus de diversité. Beaucoup de scripts de films japonais sont basés sur les mangas ou des fictions écrites pour la télévision. Je ne sais pas si c’est le cas dans d’autres pays, mais j’accorde une importance particulière aux scripts originaux pour le cinéma. Nous n’avons pas beaucoup de films très originaux au Japon. Peut-être est-ce dû au fait que c’est un pays à la particularité culturelle très marquée.

Justement, est-ce compliqué d’être réalisatrice au Japon quand on est une femme ?
C’est difficile, mais je m’accroche.

 

Propos recueillis par Benoit Pavan

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