Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 15:38

RENCONTRE - Gael García Bernal : "La migration, c’est la grande aventure de la vie"

Gael García Bernal © AFP / A. Pizzoli

Gael García Bernal © AFP / A. Pizzoli

Révélé à l’âge de 22 ans avec le film d’Alejandro Iñárritu Amores perros, qu’il rencontre à nouveau avec Babel sélectionné en 2006, Gael García Bernal est un ambassadeur de choix du cinéma mexicain. Entretien engagé avec l’un des neuf membres du Jury de cette édition du Festival de Cannes.

Votre premier film projeté à Cannes en 2000, Amores Perros, vous a révélé au niveau mondial. Quelle influence cette participation a-t-elle eu sur votre carrière ?

C’est aussi le seul film que j’ai vu cette année-là. Nous étions à la Semaine de la Critique, nous logions à Juan-les-Pins dans un appartement, à huit. Cette année-là j’avais vingt-deux ans et je me baladais, c’était incroyable. J’ai eu la sensation d’être très chanceux de vivre cela avec mon premier film. Mais j’étais aussi très conscient de la responsabilité que cela représentait. On a commencé à m’appeler de partout pour travailler et c’est toujours très enthousiasmant. D’autant plus que je ne savais pas encore que je voulais être acteur à ce moment-là. Je voulais être metteur en scène, jouer au théâtre, un peu comme un médecin cool qui pointe chaque vendredi soir, je m’imaginais comme ça en tous cas mais je ne savais pas que je voulais être acteur, je l’ai su au bout de trois films seulement. Maintenant oui, je considère que ma profession, c’est d’être acteur.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué de ce festival à l’époque?

Quelque chose qui me frappe toujours aujourd’hui. Derrière cette façade de glamour et d’élégance, derrière la grande machinerie de Cannes et derrière le rêve et les attentes des gens, au final tout converge vers le cinéma. Si un film est bon, tout le festival réalise qu’il y a un très bon film dans telle section, même si le film en question est projeté loin, un lundi et à 10 heures du matin. Et ça je trouve ça magnifique. C’est ce qui nous est arrivé avec Amores Perros qui est devenu l’un des films forts de cette année-là, si ce n’est le plus fort. C’est un peu comme une loi ou une justice "filmique" : le film qui provoque l’alchimie est celui qui interpelle. Peu importe son statut et la machinerie qu’il y a derrière, ce qui importe c’est le cinéma. En ce sens il y a une sensation de justice, et d’espoir aussi.

 

 

Gael García Bernal © AFP / V. Hache

 

Cette année, vous avez réalisé le documentaire ¿Quién es Dayani Cristal? qui relate le difficile voyage d’un immigrant. La question de l’immigration et des sans-papiers en Amérique centrale vous touche particulièrement, pourquoi ?

Parce que j’ai été immigrant. Je suis toujours un immigrant, nous venons de familles d’immigrants. Et parce que c’est l’essence de l’être humain. C’est la première grande aventure de la vie : circuler, se retrouver, s’accidenter en chemin, je pense que le voyage est le moteur de n’importe quelle narration. Le Road movie est, comme en littérature, un genre cinématographique incroyable en ce sens qu’il nous fait voyager. On sort du cinéma avec l’envie de voyager. Ça fait appel à la spiritualité du quotidien des êtres humains et ça m’intéresse pour cette raison. C’est quelque chose de naturel et d’essentiel pour les êtres humains et pourtant certains hommes ne peuvent pas la faire cette migration. Cette migration est souvent forcée et condamnée, elle est illégale, il y a donc un paradoxe très fort. Le cinéma compte peut-être parmi le peu de formes d’expression capables de donner une identité propre au voyage, a ce pouvoir de permettre aux personnes de se réapproprier leur identité. Sinon ces personnes disparaissent, deviennent invisibles et dans l’obscurité, les gens en profitent. Je me sens très proche d’eux. Dans le fond je suis chinois, africain, indigène, européen : un mélange de plein de choses !

 

Vous êtes particulièrement intéressé par le format documentaire, considérez-vous que les documentaires sont bien pris en compte dans l’industrie du cinéma ?

Je pense qu'ils le sont de plus en plus. Avant, ce format appartenait peut-être plus à une élite intellectuelle. Les documentaires n’étaient pas spécialement vus. Quand le cinéma est né, disons que le documentaire était le cinéma à l’état brut. Sur l’échelle évolutive c’est un tronc commun qui se divise et ce format a accompagné le cinéma pendant longtemps. Maintenant ce sont des films à part entière. Avant ils avaient un usage purement informatif, ils permettaient de comprendre quelque chose mais maintenant leur fonction est essentielle en ce sens que le documentaire, à la différence de la fiction, explique vraiment les choses, c’est une façon d’obtenir la substance d’une information, qui aide à tirer des conclusions. Je le vois avec le festival de documentaires ambulant que nous avons créé avec Diego Luna : 100 000 personnes se rendent chaque année dans plusieurs régions du Mexique, et ça c’est incroyable.

 

Votre ami Alfonso Cuarón a récemment posé dix questions au président Mexicain Enrique Peña Nieto sur les réformes énergétiques du pays, qu’en pensez-vous ?

Je trouve ça formidable, c’est un geste courageux et fort. Je partage ses idées ! Il est mon mentor et mon ami !

 

Propos recueillis par Charlotte Pavard

 

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Officiel En salles le 21.05.14

RENCONTRE - Gael García Bernal : "La migration, c’est la grande aventure de la vie"

Révélé à l’âge de 22 ans avec le film d’Alejandro Iñárritu Amores perros, qu’il rencontre à nouveau avec Babel sélectionné en 2006, Gael García Bernal est un ambassadeur de choix du cinéma mexicain. Entretien engagé avec l’un des neuf membres du Jury de cette édition du Festival de Cannes.

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