Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 15:23

RENCONTRE - Nicolas Winding Refn : "Je ne porte aucun intérêt à la perfection. Je suis intéressé par l'imperfection"

© AFP / A. Pizzoli

© AFP / A. Pizzoli

Découvert en 1996 avec la trilogie Pusher, Nicolas Winding Refn s'est illustré avec des longs métrages très visuels dans lesquels s'expriment des personnages empreints de violence. En 2011, le cinéaste danois s'attirait les projecteurs du Festival de Cannes pour la première fois en décrochant le Prix de la mise en scène pour Drive, son plus grand succès à ce jour. Deux ans plus tard, il remettait en scène Ryan Gosling dans Only God Forgives, sélectionné en Compétition. Entretien avec un réalisateur atypique dans son approche du 7e Art.

 

Remontons un peu le passé. Qu’est-ce qui vous a mené à la réalisation ?
Rien de vraiment particulier. On ne peut pas dire que je suis devenu réalisateur par vocation. C'est le cinéma qui m'a trouvé. Quand j'avais quatorze ans, j'ai découvert Massacre à la Tronçonneuse (1974) à New York. C'est suite à cette projection que j'ai réalisé, non pas que mon désir était de faire des films, mais que je souhaitais réussir à transmettre un jour à mon tour les émotions que le film avait réussi à me communiquer.


Vous allez d’ailleurs prochainement présenter à la Quinzaine des Réalisateurs la copie restaurée du film à l’occasion de son quarantième anniversaire…
C’est comme si j’avais bouclé la boucle ! Et le faire ici, à Cannes, relève de quelque chose de très symbolique. Le Festival de Cannes a contribué à démocratiser mes films. Il y a d’abord eu le succès de Drive, qui a permis à ma carrière de faire un bond considérable. Avec Only God Forgives, j’ai également fait sensation, mais cette fois en créant la controverse. C’est d’ailleurs ce que j’espérais ! Je trouve passionnant le fait de pouvoir faire en sorte que les gens vous aiment ou vous détestent. C'est un peu comme quand les Sex Pistols ont balancé sur scène leur fameux "Fuck the UK" !


Êtes-vous cinéphile ?
J’essaye de voir le plus de films possibles et d'aller au cinéma pour être à jour mais c’est difficile avec mon travail et les enfants. Ces deux semaines seront pour moi l'occasion de remédier à cela. Je pense que j’ai arrêté d’être cinéphile quand j’ai commencé à faire des films.


Quelles sont les étapes de votre processus de création ?
Je commence toujours avec une idée. Elle peut venir à tout moment et n'importe où. Quand je voyage, j’emporte toujours des fiches sur lesquelles je griffonne des idées. Je les étale ensuite sur une table pour essayer de voir si un angle se dessine. Si rien n’apparaît clairement, je les laisse de côté quelques jours. Parfois, avec le recul, tout fait sens. Mais mes idées changent tout le temps.


Votre travail sur la lumière est si particulier que vos plans évoquent parfois la photographie ou la peinture…
J'adore la photographie et le cinéma est un outil visuel. Mon problème, c’est que je suis daltonien. Je ne peux voir les couleurs que si elles sont fortement contrastées. C'est probablement pour ça que mes films sont visuellement ce qu'ils sont. J'adore converser avec la caméra et m’en servir pour raconter des histoires, surtout à ce moment particulier de ma vie. Par le passé, j’ai fait des films plus documentaires. C’est à ce moment-là que j’ai appris à aimer la caméra. Pour moi, faire des films, c'est comme faire un magazine de pin-up.

 

© AFP / D. Bedrosian / Geisler-Fotopress
 

Quel souvenir gardez-vous de vos débuts, de l’écriture et du tournage de votre premier film ?
Quand j'ai réalisé Pusher, j'avais 24 ans. Je n'avais aucune idée de ce que je faisais. J’ai réalisé le film avec toute l’arrogance de ceux qui ne savent pas. Aujourd'hui, je suis beaucoup moins arrogant dans mon travail. Quand j'ai fait mon premier film, je n'avais aucune idée des erreurs à ne pas commettre. Je n'ai jamais suivi de cours de cinéma. Je me suis donc lancé en utilisant mon instinct. Cette arrogance du débutant, c’est-à-dire l'ignorance, m'a beaucoup aidé pour mon premier film. Elle a fini par revenir me hanter quelques années plus tard à l’occasion de la construction de mes autres films. C'était humble de réaliser qu'un cinéaste doit travailler sur son égo avant de pouvoir vraiment commencer à faire de bons films. Avec le recul, je ne pense pas qu’il soit difficile de maintenir cette fraîcheur des débuts. Il suffit pour cela de veiller à ne jamais tomber dans la facilité, à toujours se mettre en difficulté, à tester ses limites, et à faire attention de ne jamais se répéter.


Que pensez-vous vous du cinéma danois et de sa génération de cinéaste ? Beaucoup pointent son côté noir et violent...
Le cinéma danois rencontre un franc succès, surtout à la télévision. Il traverse une période faste. Je ne crois pas en revanche qu'il soit le miroir de la société danoise. Les cinéastes danois s’inspirent désormais davantage du cinéma américain. Cela dit, n'oublions pas qu’Hamlet venait du Danemark et que son art est l’un des plus sombres. Alors peut-être que le peuple danois porte effectivement en lui un côté sombre.


Le cinéma est-il un refuge pour vous ?
Oui, c'est même un sanctuaire. J'aime y cacher la réalité. Je ne suis pas intéressé par l'authenticité. Ce que j'aime, c'est la cacher.


Vous permet-il toujours, ainsi que vous aimez le décrire, de vous libérer de vos angoisses et de vos pulsions ?
N'importe quelle forme d'art constitue un moyen efficace d'exorciser ses propres angoisses. L'art peut changer le monde comme aucune autre arme ne peut le faire parce que l'art inspire. Bien entendu, l’art est aussi une forme de divertissement. C'est pourquoi on ne peut pas s'en passer.


Aborder le cinéma de cette manière n’est-il pas épuisant ?
Cela implique forcément d'accepter qu'il y ait des hauts et des bas. C’est un Yin et un Yang perpétuel au cours duquel on passe de la remise en question à la satisfaction. Tout est une question d’ego. C’est toujours lui qui parle. Je pense que la seule manière d'être vrai et d'approcher de sa propre vérité, c'est de parvenir à exorciser son ego. Quelle que soit la nature de l’acte posé, c’est toujours en réaction à quelque chose. C'est comme un enfant qui dessine pour la première fois. Là réside pour moi l’essence de la créativité. Je ne porte aucun intérêt à la perfection. Je suis intéressé par l'imperfection.


Propos recueillis par Benoit Pavan

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Officiel En salles le 18.05.14

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