Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 15:48

RENCONTRE - Nicole Garcia : « Ce qui est beau dans la Caméra d’or, c’est le jaillissement d’un metteur en scène. »

© AFP / LV

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Après sept participations à la Sélection, derrière ou devant la caméra, après deux participations en tant que membre du Jury en 2000 et en 2004, la Présidente du Jury de la Caméra d’or s’exprime sur ce rôle. Réflexions, entre autres, autour des premiers films. 

 

Nicole Garcia © AFP / BL

 

 

Vous êtes la présidente du Jury de la Caméra d’or, comment abordez-vous votre rôle au sein de ce jury ? Combien de films avez-vous vu (interview réalisée le 20 mai) ? 

On a 15 films à voir, il nous en reste 5. Je pense que le débat va être rude. Comme toujours, il y a des sensibilités différentes dans les jurys. On se sent d’autant plus responsable en tant que présidente, donc on doit être très démocratique ! Il faut entendre toutes les voix. En tous cas je dirai haut et fort ce que je préfère. Maintenant est-ce que je serai ralliée, je ne sais pas : je ferai usage de mes deux voix en cas de débats ! Il y a déjà deux films, sans vous dire lesquels, que j’aime particulièrement. 

 

Quelle est la spécificité d’un premier film ? Est-ce différent que de traiter les courts métrages comme en 2004 lorsque vous faisiez partie du jury ?

Ça se ressemble. Premier film ou pas, on regarde un film. L’émotion qui peut en ressortir, l’empathie avec le film, est pareille que ce soit signé par un grand metteur en scène ou par un auteur inconnu. La différence c’est qu’on n’a pas de référence comme quand on voit un Dardenne ou un Cronenberg. Ce qui est beau dans la Caméra d’or c’est le jaillissement d’un metteur en scène. On se dit que c’est la première fois qu’un réalisateur se saisit de son imaginaire pour faire un film, c’est une promesse pour le futur et on se dit aussi que l’art est déjà là. Cette manière de saisir le réel est déjà là. C’est ça que je trouve très troublant, c’est un premier geste artistique. 

 

Cela vous renvoie à votre travail de réalisatrice ?  

On y pense en tant que metteur en scène, il y a quelque chose qui saisit ce qu’est le cinéma, sa propre sensibilité, son propre imaginaire. C’est comme une sorte de basculement, comme embrasser un territoire inconnu. Sans l’expérience qui va être la nôtre après, sans avoir affiné quoi que ce soit. Sans expérience du tout, comme pour toutes les premières fois dans la vie. Quand on pense que Les 400 coups étaient une première fois, j’espère qu’on aura autant de discernement que les gens qui ont vu Jarmusch, qui ont vu Steve McQueen. C’est difficile parce qu’il y a beaucoup de films très intéressants dans cette Sélection et c’est là que je pressens les difficultés. Il y a des films qui sont plus maladroits que d’autres mais qui ont une force de mise en scène qui les rend plus attachants que d’autres. 

 

Justement, quelles sont les clés pour réussir un premier film ? 

Je ne pense pas qu’il y ait des clés pour réussir un premier film, je pense qu’il y a des clés pour réussir un film. Là, en tant que présidente du jury, j’espère avoir un discernement qui ne me quittera pas. Je sais qu’à la fin de cette sélection 2014 il y a beaucoup de premiers films porteurs de beaucoup de promesses. Ça va être difficile de départager ça, il y aura certainement 5 œuvres pour lesquels il y aura débat car les 5 sont très intéressants. Pour les 5 on peut dire qu’on a envie de voir le second. Le critère le plus concret c’est qu’on a envie de voir le second film. 

 

Vous dites souvent que le décor joue un rôle clé dans la tournure que va prendre un tournage, vous mettez souvent le « scénario à l’épreuve du décor ». Vous sentez-vous portée par votre enfance à Oran, ressentez-vous le besoin de filmer dans une atmosphère en particulier ? 

La Méditerranée m’interpelle fortement, je suis traversée par sa lumière et ses ombres, par l’histoire même de l’Algérie, de l’exil. Forcément ça m’a influencé. La forte lumière de la Méditerranée est aussi accompagnée de violences, de peurs, d’ombres et de lumières donc : des contrastes qui me viennent de mon enfance. Quant à ma nécessité de réfléchir le scénario dans les décors, de toujours chercher le décor le plus adéquat très en amont au service des ambiances dont j’ai rêvé pendant l’écriture, c’est un moment très important. Je cherche les décors les plus justes comme on cherche les acteurs les plus justes pour incarner ce qui n’est encore que la chose écrite.  

 

Vous préparez Mal de Pierre, un scénario inspiré du roman d’un écrivain sarde, Milena Angus. Est-ce votre prochain projet et pouvez-vous nous en parler ? 

C’est un projet que j’ai depuis longtemps, mon producteur Alain Attal en avait acheté les droits pour moi. Je me suis longtemps enlisée dans le scénario et j’ai tout arrêté. J’ai fait Un beau dimanche parce que je voulais faire un film rapidement, un petit film d’économie beaucoup plus modeste que mon film précédent. J’aurais pu abandonner Mal de Pierre un peu comme un train arrêté en rase campagne, mais quelque chose me taraudait de ce sujet que je n’étais pas arrivée à sortir de terre et j’avais eu un vrai coup de foudre pour le roman.  Avec Jacques Fieschi, on a remanié le roman qui supposait en fait de vrais problèmes d’adaptation. Parfois dans les romans, on peut se permettre des ellipses qui ne marchent pas au cinéma et il a donc fallu lui trouver une nouvelle temporalité pour en faire un film. Je tournerai au printemps 2015.

 

Nous en sommes à plus de la moitié du Festival, comment vous sentez-vous à ce stade ? 

Fatiguée ! On ne ressent pas la détente que peut avoir un simple spectateur en regardant les films. La tension de la compétition nous habite. Je suis tombée en amour de deux ou trois long métrages et je voudrais qu’ils figurent au palmarès. Le jury est super, les personnalités sont très différentes et intéressantes. C’est passionnant, il y une sorte de maelstrom à Cannes qui rend nerveux !

 

 

Propos reccueillis par Charlotte Pavard

 

 

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Officiel En salles le 23.05.14

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