Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 15:51

RENCONTRE - Sofia Coppola : "La musique m’inspire et elle influence mes films. Elle leur insuffle une âme"

© AFP / V. Hache

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Révélée en 1999 grâce à The Virgin Suicides, Sofia Coppola confirme quatre ans plus tard avec Lost in Translation, Oscar du meilleur scénario, que c'est derrière la caméra qu'elle entend tracer son chemin. Après le très pop Marie-Antoinette (2006), Somewhere (2010) se distingue au Festival de Venise en remportant le Lion d'Or. En 2013, la réalisatrice américaine a ouvert la sélection Un Certain Regard avec The Bling Ring. Membre du Jury de Jane Campion, elle se confie sur sa cinéphilie et sa vision du cinéma.

Comment définiriez-vous votre rapport au cinéma ?
Le cinéma a toujours occupé une place très importante dans ma vie. J'ai grandi sur les plateaux des films de mon père qui, par ailleurs, est un grand cinéphile. Il est toujours très enthousiaste à propos du cinéma et c'est lui m'a initié à des films venus du monde entier quand j'étais enfant. Grâce à lui, j’ai découvert les oeuvres des cinéastes français de la Nouvelle Vague, les films du néo-réalisme italien ou des réalisateurs comme Kurosawa. J’ai eu la chance de visionner très tôt de nombreux films que l’histoire du cinéma a retenu comme importants. L’essentiel de ma famille travaille dans le cinéma et désormais, je fais aussi des films. Je suppose que c’est un prolongement logique à tout cela.

Vous êtes toujours aussi cinéphile aujourd’hui ?
Oui, j’adore regarder des films. C’est l’un de mes plus grands plaisirs. Paradoxalement, ce n'est pas un réalisateur ou un film qui m’a mené à la réalisation de mon premier long métrage, The Virgin Suicides, mais un livre. Pourtant, de nombreux films et cinéastes m'ont marqué. Peut-être que le long métrage qui m’a le plus frappé quand j’étais adolescente est À Bout de Souffle, de Jean-Luc Godard.

Ceux qui vous connaissent bien disent de vous que vous avez toujours été quelqu'un de très visuel. La réalisation, c'est naturel pour vous ?
J’aime avant-tout le cinéma pour sa fonction de médium visuel. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter une histoire et de décrire mes personnages en images. Le cinéma me permet aussi d’exprimer la personne que je suis. C’est peut-être pour cette raison que je suis à l’aise derrière une caméra. Par ailleurs, j’ai toujours aimé diriger les autres lorsque j’étais enfant alors j’imagine que ce n’est pas un hasard si j’ai choisi ce métier ! Il faut croire qu’il me correspondait.

Vous êtes passée par la photographie et la mode avant d’arriver au cinéma. Est-ce à vos yeux la forme d'expression la plus complète ?
Pour moi, ce sont des domaines intimement liés entre eux. C’est la créativité qui les connecte tous. Tous ces champs artistiques s’appréhendent au travers de la créativité. À chaque fois, l’objectif pour l'artiste est d'essayer de révéler au grand public ce qu'il a à l’esprit, que ce soit au moyen d'un objet ou d'un film. Le cinéma demeure toutefois le médium le plus stimulant et le plus gratifiant à mes yeux.

Quel est l'apport de la photographie dans votre travail ?
J’ai toujours adoré la photographie. J’avais l’habitude de collectionner les clichés que je trouvais intéressants ou qui me marquaient. Je n’étais pas très talentueuse dans ce domaine mais j’ai beaucoup appris en pratiquant la photographie. Je suis encore aujourd’hui inspirée par le travail des photographes. Leur influence est omniprésente quand j'entame l'écriture d'un film. Ce que j’ai appris de la photographie m’aide beaucoup pour la réalisation. J’aime les photographes qui sont très reliés à leur sujet.

 

© AFP / A. Pizzoli


Chaque nouveau film est-il un défi pour vous ?
Tout à fait. Je ne fais rien qui ne soit pas un défi, qui ne me mette pas en difficulté. J’aime emprunter un terrain que je n'ai jamais exploré pour apprendre. Je crois par ailleurs qu’un cinéaste a toujours quelque chose à découvrir sur lui-même lorsqu’il fait un film, même si c’est parfois une démarche très inconsciente. Je travaille toujours sur quelque chose que j’ai envie de comprendre.

 

Vous semblez toujours très proche des acteurs avec lesquels vous travaillez...
À chaque fois que je rencontre un acteur ou une actrice pour initier une collaboration, j’espère toujours qu’une connexion va se crée et que nous aurons la même approche du film. Certains restent de très bons amis, d’autres moins. De façon générale, j’aime travailler avec des personnes de confiance. Sur le plateau, mes acteurs sont libres. Je les guide vers ce que j’ai à l’esprit mais je le fais toujours de façon très collaborative, en leur faisant des propositions avant le tournage de chaque scène.


La musique constitue un élément à part entière de vos films. Elle ne fait jamais qu'accompagner leur trame. Pourquoi une telle place ?
Selon moi, la musique est l’une des composantes essentielles d’un film. Elle apporte énormément à l’ambiance que l’on entend traduire à l’écran. J’écoute d'ailleurs beaucoup de musique lorsque j’écris un script et celle de mes films me vient souvent à ce moment-là. En général, elle arrive donc très tôt dans mon processus de création. Elle m’inspire et elle influence mes films. Elle leur insuffle une âme.

Quatorze ans ont passé depuis The Virgin Suicides. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le film qui vous a révélé ?
Cela fait un bout de temps que je ne l’ai pas visionné. C’est drôle de constater son succès aujourd’hui car quand il est sorti aux États-Unis, peu de salles l’ont projeté et presque personne ne l’a vu. Je suis toujours très surprise quand de jeunes adolescentes viennent m’en parler et me dire qu’elles adorent le film. Elles n’étaient probablement pas nées lorsqu’il est sorti ! Je suis contente que cette nouvelle génération parvienne à se connecter à ce long métrage et à s’y identifier.

Quel regard portez-vous sur le cinéma américain ?
Je prends beaucoup de plaisir à être ici à Cannes pour voir des films qui viennent du monde entier, et donc très différents. Aux États-Unis, nous sommes dans une période très conservatrice. C’est très dur de faire des films originaux, qui sortent des sentiers battus. Les films américains actuels n’ont pas grand-chose d’unique. Le pouvoir d’Hollywood est toujours très fort. Cette industrie s’attache aujourd'hui essentiellement à faire des films qui vont rencontrer le succès.


Propos recueillis par Benoit Pavan

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