Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 16:28

RENCONTRE - Rokia Traoré « Un silence peut dire beaucoup dans un film»

Rokia Traoré © FDC / M. Petit

Rokia Traoré © FDC / M. Petit

Le Jury des longs métrages de cette 68e édition abrite une perle rare venue du Mali. En tant que musicienne, auteur-compositrice et interprète, Rokia Traoré apporte une vision neuve au rôle de juré. Rencontre avec une artiste engagée.  

 
Quel est le film qui vous a le plus bouleversée ces dernières années ?
J’ai été très marquée par le film de Steve Mc Queen, Twelve Years a Slave. Non pas à cause de ma « proximité » avec le sujet, mais juste en tant qu’être humain. Les films avec des sujets tels que l’esclavage, la Shoah ou encore la colonisation me font toujours un effet terrible. Surtout lorsque le film est bien fait, bien monté et surtout construit avec réalisme et honnêteté. Je suis surtout touchée lorsque je ressens qu’une réalisatrice ou un réalisateur a bien fait son travail.


La culture en Afrique est une cause qui vous tient beaucoup à cœur. Avec des présences à Cannes telles qu’Abderrahmane Sissako ou Souleymane Cissé, pensez-vous que le cinéma africain reprenne de la vigueur ?
Il va falloir car ce continent regorge de promesses ! Peut-être aurais-je aimé voir plus de films africains dans la Sélection officielle. Cela étant, Souleymane Cissé est là avec son film Oka présenté en Séance Spéciale et j’en suis heureuse. Abderrahmane Sissako a également un autre rôle cette année au sein du Festival donc je constate qu’il y a différentes manières de faire participer les acteurs de la culture africaine ici, à Cannes car ce Festival est éminemment international. Je crois qu’il faut encourager l’Afrique qui abrite des artistes et des cinéastes très talentueux. Malheureusement, l’Afrique est encore très enclavée. La culture en général, pas seulement le cinéma, est peu visible. Certes, il y a des créations artistiques de toutes sortes, mais il y a peu d’endroits où les montrer, comme des salles de cinéma. 

 

Rokia Traoré © FDC / M. Petit

 
Pendant ce Festival, vous êtes entourée de réalisateurs, d’actrices et d’acteurs. Quelle touche apportez-vous dans la manière d’analyser les films de la Sélection?
Je suis entourée de véritables techniciens du cinéma, c’est très enrichissant. Mon approche est très globale. Je porte naturellement mon attention sur la musique car c’est mon domaine. Pour moi, la musique doit soutenir l’image et inversement, c’est une complémentarité nécessaire. J’analyse la musique jouée, composée ou même la musique d’un environnement de chaque film. J’écoute, mais je décompose la scène par rapport à cette musique. De ce point de vue, je dirais que je me fais confiance. Pour les autres aspects de la construction d’un long métrage, j’ai besoin de tout de suite en parler avec les autres membres du Jury, de discuter de ce que j’ai vu pour avoir leur avis. A chaque projection, j’ai hâte d’entendre ce qu’ils savent, par curiosité, par soif d’apprendre. Je suis sûre de mes jugements et de mes ressentis, mais j’ai besoin dans le cadre de ce Festival, de les remettre en question.


Sur quoi vous concentrez-vous à chaque visionnage ?

Je parlais de musique, mais les sons d’un film sont majeurs. Un silence peut laisser la place au jeu d’une actrice ou d’un acteur. Un silence peut dire beaucoup de choses en fonction de son utilisation : il peut agacer, il peut bouleverser, il peut gêner…


Est-ce difficile de se faire un avis dès qu’une projection est finie ?

Non, il faut en avoir un. Evidemment, nous ne délibérons pas dans l’immédiat, mais il est important d’avoir une opinion pour se souvenir de chaque film, pour comparer, se souvenir et enfin, prendre du recul. En général, l’avis que je me fais d’un film ne change pas, mais il se renforce au fil du festival…
Dès que j’assiste à une projection, je garde à l’esprit la mission qui m’est confiée durant cette édition. Je dois me souvenir de l’importance de l’enjeu pour les équipes qui présentent tous ces films. Un prix potentiel peut changer l’avenir d’un long métrage et de son équipe. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons nombreux à en parler et enfin, décider. Je ne prends pas mon rôle à la légère dans ce Jury.


Avec quel(lle) réalisateur ou réalisatrice aimeriez-vous collaborer pour partager vos textes et vos compositions ?

Il y en a tellement, tout le monde est différent et j’aimerais travailler avec beaucoup de gens pour des raisons diverses et variées. Je suis quelqu’un qui aime avoir le choix. J’ai déjà collaboré avec Souleymane Cissé, c’est une manière de travailler qui est basée sur la connaissance de ses films que je vois depuis que je suis enfant, et je viens de rencontrer les frères Coen dont j’aime l’humanité. J’aime passer du temps avec eux, j’apprécie leur manière de parler aux gens. Je suis une fervente admiratrice de leurs films, ce qui me donnerait envie de travailler avec eux.
 


Entretien réalisé par Hannah Benayoun

 

Officiel21.05.2015 . 00:00

Rencontre avec Rokia TRAORÉ, membre du Jury des Longs Métrages

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Officiel En salles le 19.05.15

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