Officiel | Mise à jour : 13.02.18 . 16:27

RENCONTRE - Xavier Dolan : « Tant qu’il y a encore un peu de spontanéité, il y a de l’art »

Xavier Dolan © FDC / C.Duchene

Xavier Dolan © FDC / C.Duchene

L’enfant prodige du cinéma est devenu grand. Cinq films en cinq ans, un Prix du Jury en 2014 et Xavier Dolan revient à Cannes dans les rangs du Jury présidé par les frères Coen. Entretien au cœur du processus de création d’un génie propulsé à toute allure.

 

Xavier Dolan © FDC / C.Duchene

 

On connaît vos films mais un peu moins votre cinéphilie, sinon votre admiration pour Jane Campion ou Titanic. Quels films pourriez-vous voir encore et encore ?
Je pourrais toujours regarder Titanic. Je le connais par cœur. Ce n’est même plus un film pour moi, c’est un dictionnaire. C’est une trame de fond, une trame de vie pour moi. Je pourrais aussi regarder Au revoir les enfants, les films de Claude Sautet sans jamais m’en lasser : Les Choses de la vie, Max et les Ferrailleurs, Un Cœur en hiver


Vous le dites vous-même, votre cinéphilie s’est développée tardivement. Est-ce cela qui vous a conduit à développer un style à part ?
J’imagine, oui. Je n’ai jamais de références en tête. Sauf pour mon premier film. J’ai voulu rendre hommage à Wong Kar-Wai de manière un peu naïve, presque plagiaire. Mais plus jamais ensuite parce que je n’ai pas eu le temps de voir de films, de rattraper le retard. La période de ma vie où j’ai eu le temps de regarder beaucoup de films a été très courte.


Alors quelles sont vos autres sources d’inspiration ?
Mes vraies sources d’inspiration pour le cinéma, ce sont des livres de photos, des peintres, des poèmes… Tous les autres médias m’inspirent plus pour le cinéma que le medium du cinéma. Le cinéma m’influence alors que la photo, la sculpture, la littérature, la poésie m’inspirent. L’inspiration, c’est comme un murmure, comme un secret dans une immense foule qu’on chuchote d’oreille en oreille. Arrivé au bout de la foule, le secret a été complètement déformé. C’est ça l’inspiration pour moi. C’est de voir une photo qui m’emmène complètement ailleurs.


Cinq longs métrages entre vos 20 et 25 ans. Filmer semble viscéral chez vous. D’où vient ce profond désir de création ?
Ça vient quand ça vient, je ne pourrais pas le faire sur commande. Je ne me conditionne pas à créer un film par an. D’ailleurs, je ne l’ai pas toujours fait. Après Les Amours imaginaires, j’ai préparé Laurence Anyways pendant un an et demi.

 

 

Et quand vous ne travaillez pas sur un film, que faites-vous ?
J’attends. Mon occupation dans la vie, c’est d’écrire des films. C’est ma passion. J’ai voulu reprendre des études mais j’ai dû assurer la promotion de Mommy. Je voulais apprendre. Je n’ai pas d’éducation, j’ai une culture complètement bricolée. J’aimerais enrichir ma culture.


Comment vous projetez-vous dans vingt ans ?
Je voudrais faire ça toute ma vie mais je suis incapable de vous dire où je serai dans vingt ans. Il n’y a pas vraiment de moment de ma vie où je ne suis pas en train d’écrire ou de penser à un film. Ça a toujours été naturel, même si je ne le savais pas avant.


Quelques mots sur votre muse, amie et collaboratrice de toujours, Anne Dorval. Dans quelle mesure l’impliquez-vous dans votre processus de création ?
J’écris toujours en pensant à des gens. Ce qui est encore mieux quand on connaît la personne, c’est qu’on peut vraiment faire un rôle sur mesure pour cette personne. Quand je dis sur mesure, j’entends un rôle à l’opposé de sa personnalité, de sa zone de confort. C’est ça le vrai défi pour moi en tant que réalisateur et pour elle en tant qu’actrice : c’est aller ailleurs.

 


Cette année, vous êtes du côté de ceux qui attribueront les prix. Avec quelle sensibilité appréciez-vous un film ?
Avec mon cœur. Avec la tête, je me rappelle de prioriser le cœur. Pas ma signature, mes réflexes, mes envies, mes désirs, mais ceux du personnage, ceux de l’histoire, ceux du film. De quoi le film a-t-il besoin ? C’est comme ça qu’on intellectualise le film sur les plateaux de tournage. Il y a ce qu’on prépare, ce qu’on calcule, ce qui est mathématique. Puis il y a les choses qu’on fait instinctivement sur le plateau, au moment de créer. Ça, c’est le coefficient d’art, la petite quantité d’art véritable. C’est Marcel Duchamp qui écrit ça dans un manifeste. Le très faible pourcentage de ce que le réalisateur fait d’artistique inconsciemment. Tant qu’il y en a, tant qu’il y a encore un peu de spontanéité, il y a de l’art, il a un film.


Entretien réalisé par Tarik Khaldi

 

Officiel18.05.2015 . 00:00

Rencontre avec Xavier DOLAN, membre du Jury des Longs Métrages

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Officiel En salles le 18.05.15

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