Grand Angle | Mise à jour : 29.04.19 . 14:54

35 mm : le format en questions

Bobines de films

Bobines de films © Eric Cabanis / AFP

Laurent Cormier, directeur du patrimoine cinématographique du Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), dresse un état des lieux et des enjeux qui entourent le 35 mm, format dont l’utilisation n’a eu de cesse de décliner face à l’émergence du numérique.

Peut-on espérer un retour du 35 mm ?

Il n’y a jamais eu de disparition totale du 35 mm. Il a décliné mais quelques réalisateurs de renom, ou de la nouvelle génération, continuent de l’utiliser. Il n’y aura pas, à mon sens, une disparition du tournage en 35 mm : 10 à 15% des films, longs et courts métrages, pour des raisons de choix artistique, sont tournés en 35 mm. Certains réalisateurs aiment aussi le mélanger au numérique. Il y a des avantages à ne tourner qu’en pellicule, mais les deux technologies peuvent cohabiter.

 

Quels enjeux entourent le 35 mm ?

La première question, c’est celle de la disparition progressive des laboratoires qui traitent la pellicule photochimique. Nous avons beaucoup moins d’outils industriels sur ce terrain-là. En France, seuls Digimage et Film Factory l’occupent. Nous fonctionnons désormais sur du sur-mesure. L’autre grande question, c’est la disponibilité de la pellicule auprès des fabricants. Kodak a déjà beaucoup réduit sa gamme tout en continuant à fournir ce dont on a besoin aujourd’hui. C’est le seul gros fournisseur sur le marché, les autres étant un peu plus anecdotiques.

JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan, tourné en 35 mm

Pendant combien de temps les fabricants vont-ils encore fournir de la pellicule ?

Il y a eu des accords aux États-Unis entre Kodak et les Studios pour garantir un volume de commande. La Fédération internationale des archives du film (FIAF) réfléchit à une démarche à peu près analogue avec ses adhérents, les cinémathèques ou les institutions patrimoniales. On peut donc penser qu’il y aura un maintien des lignes de fabrication, d’autant que chez Kodak, on a pu comprendre qu’elles pouvaient servir à autre chose.

 

Sensibilise-t-on assez les étudiants des écoles de cinéma à l’utilisation de la pellicule ?

Malheureusement, la tendance est plutôt de faire disparaître la pellicule, y compris dans les écoles classiques. Le numérique est un raccourci technologique sur lequel il est intéressant de former les étudiants, mais il ne faut pas oublier par lequel est né le cinéma.

 

D’autant plus qu’on ne sait pas combien de temps se conserve un fichier numérique...

Les outils de conservation pérennes, pour le long terme, il n’y en a pas tant que ça. Le seul tangible, c’est la pellicule. Si la pellicule polyester est conservée dans de bonnes conditions, dans un lieu sec et correctement ventilé, elle peut être préservée plusieurs centaines d’années. Pour le numérique, on ne sait pas. Il faut muter et transférer en permanence. Cela requiert une surveillance permanente de l’objet conservé.

HOSPITAL de Frederick Wiseman, restauré en 35 mm

Le marché du film classique est en hausse. N’est-ce pas là un moyen de ramener la pellicule dans les cinémas ?

Oui et non, car l’avancée de la technologie numérique a permis d’accélérer le rythme des restaurations, d’améliorer leur qualité et leur diffusion. Beaucoup d’ayants droit restaurent leurs films et les transfèrent sur fichier numérique, sans se poser la question de l’après. On les incite à faire au moins un retour sur pellicule des scans.

« Le progrès est évident, et il ne faut pas l’abandonner, mais la pellicule reste un support riche, utilisable. La qualité d’une belle projection en 35 mm n’a pas d’équivalent. »

N’y a-t-il pas également un problème de diffusion ?

 

La diffusion numérique a pris le pas sur tout le reste… ce qui permet de rendre équivalentes les conditions de projections et de diffusion de partout car les copies sont en bon état. Cela permet une diffusion plus large et d’utiliser d’autres outils, comme la diffusion en ligne. Il n’y a que des avantages à utiliser la technologie numérique pour la diffusion. La qualité de l’image ne fait que progresser, et la qualité de restauration de l’image aussi. Le progrès est évident, et il ne faut pas l’abandonner, mais la pellicule reste un support riche, utilisable. La qualité d’une belle projection en 35 mm n’a pas d’équivalent.

 

Rédigé par Benoit Pavan

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