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du Festival de Cannes 2019
Séance Spéciale | Mise à jour : 13.02.18 . 09:41

L’Ultima Spiaggia, aux confins de l’âme humaine

Photo du film l'Ultima Spiaggia

Photo du film l'Ultima Spiaggia © Debora Vrizzi

D’un côté, les hommes et de l’autre, les femmes : pendant un an, Davide Del Degan et Thanos Anastopoulos ont posé leur caméra sur une plage de la ville italienne de Trieste, qui sépare les baigneurs par un mur. Objectif : explorer la thématique de l’identité et les frontières de l’âme humaine. Les deux réalisateurs évoquent la genèse du film.

Outre le mur qui la divise, qu’est-ce qui frappe le plus le visiteur qui découvre cette plage pour la première fois ?

DDD : Il suffit de s’y arrêter un peu pour comprendre que c’est un lieu aussi particulier que les personnes qui la fréquentent. Tout ici laisse transpirer l’histoire de cette terre : une volonté de se sentir libre et en même temps, un fort désir d’appartenance. Sur cette plage, les gens retrouvent une identité.

TA : Sa disposition m’a immédiatement ramené aux thématiques des frontières, des discriminations, de l'identité nationale et de l'identité sexuelle. Une plage est une forme d'institution, avec des structures socio-politiques. Et ce mur, au milieu de cette plage d'Europe, en 2016, remet en question tous nos fondements.

 

Quel genre de microcosme s’ouvrait à vous ?

TA : Trieste est une sorte de New York avortée en raison des événements des deux guerres mondiales. C’est un endroit multiculturel, une ville italienne aux influences autrichiennes, balkaniques, grecques ou juives. Une ville où personne ne se sent étranger parce tout le monde l’est d'une manière ou d’une autre. Une ville de frontières, qui remet en question toutes les définitions des mots « origine », « identité » et « appartenance ». Chacun des membres de la communauté qui fréquente chaque jour cette plage se cherche une place au soleil. Sur place, il n’y n'avait qu'une seule réponse : l'humanité.

« La structure du script s’est révélée à nous lors du montage »

Comment s'est passée votre année de tournage ?

DDD : Nous sommes arrivés pour la première fois en novembre. Très vite, nous avons été surpris par le naturel avec lequel les personnes nous racontaient leur histoire et celle de cette cité balnéaire. Nous avons expliqué notre projet de chaque côté du mur, ainsi que notre volonté de cheminer avec discrétion, et commencé par filmer seuls, en tentant d’être le moins invasifs possible, grâce à un matériel léger. Nous avons passé des mois que nous n’oublierons jamais, surtout ceux d’été, avec toutes ces heures sous un soleil brûlant. Un nombre incroyable d’histoires nous a été conté d’un côté du mur comme de l’autre.

TA : Nous avions des règles simples : filmer à travers les saisons, sans suivre aucun des personnages en dehors de la plage, sans les interviewer ni les diriger, ou leur demander de faire quoi que ce soit qui serve le film. Nous leur demandions la permission de les filmer et en cas de refus, nous interrompions la caméra s’ils apparaissaient à l’image. Nous ne souhaitions pas non plus développer leur psychologie…La structure du script s’est donc révélée à nous lors du montage.

 

Le film pousse également à réfléchir à la nature humaine…

DDD : Effectivement. Le film fut pour nous un voyage à la recherche des confins intérieurs et extérieurs de l’âme humaine, qui est surprenante et imprévisible.

TA : Lorsque le film n’était encore qu’à l’état de projet, en 2013, j’avais le sentiment que nous filmions le dernier « mur » d’Europe. J’ai réalisé ensuite avec une certaine inquiétude que nous présentons aujourd’hui un film alors que d’autres « murs », invisibles, se sont depuis dressés autour de nous. Mais la nature humaine est capable de surmonter ses périodes les plus sombres et cela donne foi en l’humanité.

« Un kaléidoscope de personnages, d’histoires suspendues, liées ou entrelacées, capables de nous surprendre »

Pourquoi ce mur est-il aujourd'hui toujours toléré par les habitants ?

TA : Pour les habitants de Trieste, il représente l’un des derniers liens de la ville avec l’empire austro-hongrois. Il symbolise un vestige de l’Histoire et renforce son sentiment d’appartenance. Il représente un territoire qui a disparu, et un temps où Trieste n’avait rien à envier à New York.

DDD : Le paradoxe de ce mur, c’est toute la liberté qu’il porte en lui. Les hommes et les femmes de cette plage se sentent libres de vivre des choses qu’il n’est pas possible de faire sur d’autres plages, et peut-être même à d’autres moments de leur existence.

 

Le documentaire fonctionne sur une trame narrative sans interview. Pourquoi ?

DDD : C’est un choix contraignant émotionnellement, mais l’inverse aurait impliqué une immense perte de temps. Rester à distance était pour nous le seul moyen de raconter cette histoire. Nous ne savions pas quels personnages, ni quelles histoires nous allions trouver sur cette plage. Mais après peu de temps, nous avons compris que nous avions face à nous une multitude de couleurs, de formes, et de quantités d’émotions différentes. Nous avons alors pensé à un kaléidoscope de personnages, d’histoires suspendues, liées ou entrelacées, capables de nous surprendre.

 

Pourquoi avoir intitulé le film L’Ultima Spiaggia ?

TA : En italien « essere all'ultima spiaggia » (« être à la dernière plage ») est une expression qui signifie le dernier recours, le dernier espoir, la dernière chance, la dernière possibilité.

Davide Del Degan et Thanos Anastopoulos - L'Ultima Spiaggia © Alberto Pizzoli / AFP

Rédigé par Benoit Pavan

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