Séance Spéciale | Mise à jour : 13.02.18 . 19:24

Raymond Depardon, un œil sur la pratique de la psychiatrie

Photo du film 12 Jours

Photo du film 12 Jours © DR

Raymond Depardon renoue dans 12 Jours avec deux des thématiques qui ont aiguillé plusieurs de ses précédentes réalisations, de San Clemente (1982) à 10e chambre (2004) : la psychiatrie et la justice. Le documentaire s'intéresse à la durée légale au terme de laquelle il convient à un juge de confirmer l'internement d'un patient hospitalisé sous la contrainte, ou d'ordonner sa liberté.

Comment est né 12 jours ?

L’idée est née de la rencontre avec une magistrate Marion Primevert et une psychiatre, Natalie Giloux, toutes deux impliquées dans la mise en application de la loi de 2013. Celle-ci a obligé les psychiatres à soumettre avant douze jours, au juge des libertés, l’ensemble de leurs décisions concernant les hospitalisations sous contrainte. Nous avons été les premiers à filmer l’arrivée du juge des libertés dans l’institution psychiatrique, pour rendre publique une parole autrefois réservée aux seuls psychiatres.

 

Comment avez-vous été accueilli à l'hôpital du Vinatier, près de Lyon ?

L’hôpital a compris et encouragé notre démarche. L’établissement a été précurseur dans l’application de la loi de 2013. Ils ont été les premiers à installer une salle d’audience dans l’hôpital. J’ai aimé filmer le brouillard du matin et le faible soleil d’hiver de ma région pour capter les lumières de mon enfance.


Vous donnez accès au spectateur à un milieu très cloisonné et d'ordinaire fermé aux caméras. Comment avez-vous procédé pour vous fondre dans le décor ?

Nous travaillons toujours en petite équipe. À l’extérieur, Claudine Nougaret s’est chargée d’accueillir et d’expliquer aux patients notre démarche avant leur comparution. Dans la salle d’audience, nous avions installé trois caméras : l’une pour le patient, l’autre pour le magistrat et une troisième pour un plan général. Ces axes de prise de vue nous ont permis d’établir une équidistance entre le patient et le magistrat, pour ne pas imposer un point de vue dominant et laisser le spectateur libre de se faire sa propre opinion. Pour une raison d’autonomie, j’ai pour la première fois filmé en numérique 4K.

 

Dans le documentaire, les respirations se trouvent à l’extérieur de l’hôpital…

En effet. Entre les fragments des audiences, nous avons créé un temps suspendu en filmant des plans de l’hôpital à l’intérieur des services et à l’extérieur où les malades circulent librement entre les pavillons. Ces images, que j’ai voulues douces et très définies, sont le support d’une composition musicale originale très inspirée d’Alexandre Desplat.

 

Quel regard portez-vous sur l'évolution de la psychiatrie, vous qui avez déjà abordé le sujet au cinéma dans San Clemente, au début des années 1980 ?

Il faut se réjouir de l’arrivée du juge dans le processus. Il ouvre une fenêtre sur la pratique de la psychiatrie. 12 jours tente de donner un point de vue universel et nouveau sur le problème complexe de la santé mentale. Nous sommes sortis grandis de ce film qui donne la parole à ceux qui sont momentanément enfermés dans leur esprit et en ont perdu l’usage. Ces personnes vulnérables témoignent de leur histoire intime mais aussi, à leur façon, de l’histoire politique, sociale et morale de la France. Même si nos films peuvent laisser penser le contraire, nous ne sommes pas plus attirés par les institutions que d’autres. Notre moteur est notre curiosité, notre force notre naïveté. Nous avons simplement tenté de rester à l’écoute, de restituer des moments, des paroles, des émotions.

Rédigé par Benoit Pavan

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