"Il n'est point de solution hors de l'amour."
André BRETON
"L'Amour au cinéma est ravageur, envahissant, une sorte de Gengis Khan. Du mélo au film d'horreur il conquiert. Kubrick, qui a essayé (magnifié) tous les genres, polars, SF, peplum, comédie noire, histoire, épouvante, guerre, termine son oeuvre et, hélas, sa vie par l'amour sous sa forme la plus sexuée, psychanalysée, sulfureuse au-delà de Crash (pourtant gonflé) avec ce beau titre: les Yeux grands fermés. Y verra-t-on plus clair? Patientons. Il est révélateur aussi qu'en cette fin de siècle, en 1999, aux chiffres et à l'actualié tout en griffes, le Festival de Cannes décide une grande rétrospective de l'amour au cinéma donnant à voir 36 films, comme on voit 36 chandelles. Car quel est l'ingrédient suprême, avec la lumière et ses ombres, des 100 000 films attribués, pour l'instant, aux cent ans ans et des poussières d'un art encore délicieusement enfant? Et, de Rudolph Valentino, mythe éclair (cinq années de gloire) à François Truffaut, praticien notoire, la rétro cannoise, on le verra, explore les cinq continents. La terre est une planète bleue comme un ange amoureux.
Seul le cinéma apprend l'amour dans sa totalité. D'ailleurs on fait l'amour dans les salles de cinéma (ou au drive-in du coin quand on est un puceau américain qui s'encourage au pop-corn). Ceci n'est nullement une trivialité, les références sont là: la plus belle est dans un film de Bergman au titre superbe dans sa nue simplicité, le Silence (le cinéma est né muet). Gunnel Lindblom entre dans la salle des variétés, elle surprend deux amants qui s'activent dans le rai de lumière d'un projecteur. Elle regarde, veut fuir, si troublée qu'elle se donnera à un serveur de café sous un porche. Le cinéma ouvre des portes cochères, parfois des arcs de triomphe, dans les murailles des sens.
"Il n'est pas de citadelle imprenable, il n'est que des citadelles mal assiégées" professait le Valmont de Choderlos de Laclos (qui s'y connaissait, il était officier d'artillerie et mourra général au siège de Tarente). Ses Liaisons dangereuses connurent des avatars, avec Vadim en 1970, aux sports d'hiver, film mode donc éphémère, puis Frears, puis Forman. Qu'importe les échecs, les ridicules, les remakes, épouserait-on dix fois qu'on aimerait toujours la même femme. L'amour ne choisit guère, d'emblée, il préfère. Au cinéma les adolescents ont donc appris les gestes qui sauvent et les mots qui tuent. A recevoir des gifles, à mentir, à craindre le fiasco, à triompher de l'engluante timidité. Le rassurant de l'écran est qu'on s'y sent moins seul dans l'épreuve des sentiments.
Nul n'y échappe. pirate, banquier, vampire, loup-garous, reines d'Angleterre ou de Suède, dame du bois de Boulogne, shérif désabusé, capitaine de l'armée confédérée, policier ripou, privé cynique, garce patentée, oie blanche initiée, voleur de bicyclettes, clochards du Pont-Neuf, maure de Vense, cadet de Gascogne, sauvageon de banlieue, intellectuel désengagé, fille de soldat qui ne pleure jamais, infirmière major en Corée, officier autrichien, postier calabrais, maîtresse de lieutenant français, hussard sur le toit, épouse et concubine, veuve joyeuse, tzigane heureux, anglaise romantique, hollandais volant, ouvrier charpentier, cavalier de l'apocalypse, jeune fille en uniforme, luthérien tourmenté, bonne du curé, baron désargenté, délic(h)ieuse en tailleur pied de poule, momie réactivée, Irma douce et rousse, Edward aux mains d'argent, veuve locataire d'un marin fantôme.
L'amour est un magasin de grande distribution où nul rôle ne manque pour s'identifier. Et l'avenir demeure radieux puisqu'un flic équarisseur aime au futur une androïde dans Blade Runner. Tous les péchés, toutes les violences sont dans notre nature. il y aura autant d'histoires d'amour, autant d'histoires du cinéma qu'il y a de spectatrices et de spectateurs aimant "ça". Dans ces histoires qu'ils auront vues, parfois vécues, ils et elles nous parleront d'eux. Chacune de ces histoires sera égoïste et universelle. Elles nous permettent d'attendre la réalisation du fabuleux dessein esquissé par une légion de cinéastes: que nos vies et nos amours soient plus belles que tous leurs films. un jour..."
Jean-Pierre DUFREIGNE
"Cette obscure salle du désir...
Quand nous tombons amoureux, parmi les multiples sentiments qui nous assaillent lors de la première étape de la séduction, il y a cette sensation d'être en train de vivre un film. Nous soignons chaque geste, chaque mot, histoire de ne pas décevoir l'être aimé.
Impatients de faire impression par nos clins d'oeils savants, nous tournons des compliments amoureux rendus classiques par le cinéma. Il s'agit souvent de phrases qui seraient restées les plus banales si le grand écran ne les avait immortalisées, comme "Play it again, Sam".
Je dois au cinéma mon premier coup de foudre au sens littéraire et littéral, car la première fois que je suis tombée amoureuse et que l'objet de ma passion - un adolescent de mon âge - m'invita au cinéma, je lui fis sur le champ une infidélité avec l'écran. Tandis qu'il me donnait le baiser initiatique, moi, je rêvais que j'embrassais l'acteur du film. Je quittai finalement ce premier fiancé pour mon fiancé imaginaire, qui avait pour nom, je l'appris bien plus tard, Marcello Mastroianni.
Je connais certaines personnes qui, à chaque fois qu'elles aiment quelqu'un, ne peuvent s'empêcher de le comparer à un acteur ou une actrice qu'elles admirent et qui, au bord de l'extase, se remémorent telle scène vécue si proche de telle autre scène filmée. Elles sont dans le vrai, car pour les amoureux, l'amour est toujours un film d'amour.
J'aime les histoires d'amour du 7ème art car elles m'ont appris l'art d'aimer, tout simplement. Je ne crois pas que l'on puisse aimer autrement qu'à la manière magistrale de Marlène Dietrich, de Marilyn Monroe ou d'Arletty. Ou d'un François Truffaut avec son inoubliable l'Amour à vingt ans, un Charlie Chaplin ou un Antonioni. L'amour et le cinéma doivent être à mon sens complexes, énigmatiques, poétiques à ce point. Et si tout deux se conjuguent, c'est tant mieux."
Zoé VALDES
Films
AN AFFAIR TO REMEMBER (Elle et lui) Leo MacCarey (1957)
WARELOO BRIDGE (la Valse dans l'ombre) Mervin Leroy (1940)
NOTORIOUS (les Enchaînés) Alfred Hitchcock (1946)
ONLY YESTERDAY (Une nuit seulement) John M. Stahl (1933)
SOMMAREN MED MONIKA ( Monika) Ingmar Bergman (1953)
SUMMER TIME (Vancances à Venise) David Lean (1955)
SWING SHIFT CINDERELLA Tex Avery (1945)
BONNIE AND CLYDE Arthur Penn (1967)
LOLITA Stanley Kubrick (1962)
OYU SAMA (Miss Oyu) Kenji Mizoguchi (1951)
ONE WAY PASSAGE (Voyage sans retour) Tay Garnett (1932)
PYAASA (l'Assoiffé) Guru Dutt (1957)
SEVENTH HEAVEN (l'Heure suprême) Franck Borsage (1927)
SILK STOCKINGS (la Belle de Moscou) Rouben Mamoulian (1957)
BREAKFAST AT TIFFANY'S (Diamants sur canapé) Blake Edwards (1961)
LES DAMES DU BOIS DE BOULOGNE Robert Bresson (1944-45)
GERTRUD Carl Theodor Dreyer (1964)
THE DEVIL IS A WOMAN (la Femme et le Pantin) Joseph Von Sternberg (1935)
UN CHANT D'AMOUR Jean Genet (1949)
GROZA (l'Orage) Vladimir Petrov (1934)
LE DIABLE SOUFFLE Edmond T. Gréville (1947)
PEEPING TOM (le Voyeur) Michael Powell (1959)
CAMILLE Ray C. Smallwood (1921)
LA CASA DEL ANGEL (la Maison de l'ange) Leopoldo Torre Nilsson (1957)
PETER IBBETSON Henry Hathaway (1935)
FLESH AND THE DEVIL (la Chair et le diable) Clarence Brown (1927)
VIAGGIO IN ITALIA (Voyage en Italie) Roberto Rossellini (1953)
ORPHEE Jean Cocteau (1950)
LA NOTTE (la Nuit) Michelangelo Antonioni (1961)
MADAME DE... Max Ophüls (1953)
EL Luis Bunuel (1952)
VON SAMSTAG BIS SONNTAG (Du samedi au dimanche) Gustav Machaty (1931)
CITY LIGHTS (les Lumières de la ville) Charlie Chaplin (1931)
RUBY CENTRY (la Furie du désir) King Vidor (1953)
L'AMOUR A VINGT ANS François Truffaut (1964)
UNE PARTIE DE CAMPAGNE Jean Renoir (1936-46)
Avec le soutien de la CInémathèque française
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