Mémoire de Festival Mise à jour : 12.10.17 . 10:29

Les Musiques de films qui ont marqué la Croisette

Pulp Fiction, Quentin Tarantino

Pulp Fiction, Quentin Tarantino © DR

Des films qui dénotent et des notes qui défilent, une autre manière de raconter le Festival de Cannes, tant depuis 70 ans, le cœur de la Croisette a battu au rythme des musiques des films sélectionnés. De 1946 à 2016, l’histoire de la manifestation s’est en effet aussi écrite sur les lignes de partitions restées dans les mémoires. Flashback sur les plus marquantes d’entre elles.

L’hymne du Festival

Si le Festival se présente depuis 1987 sous les augures d’Aquarium de Camille Saint-Saëns, devenu l’hymne international de la célébration du cinéma, ce n’est pas tout à fait un hasard. En composant une suite pour petit orchestre Opus 128 pour cordes, piano et harmonium pour le film L’Assassinat du Duc de Guise d’André Calmettes en 1908, le célèbre compositeur français aurait écrit la toute première bande originale de l’histoire du cinéma. Pour masquer le bruit du projecteur, les musiciens accompagnent le spectacle cinématographique depuis ses débuts mais le travail de Saint-Saëns représente certainement la première partition conçue spécialement pour un scénario.

Gilles Jacob, alors délégué artistique du Festival, rencontre cette mélodie dans Days of Heaven de Terence Malick à travers la bande originale d’Ennio Morricone et décide d’en faire le générique de chaque séance de la manifestation :

« Saint-Saëns, par Morricone interposé, a fait au Festival le plus beau cadeau du monde : mettre chaque spectateur à chaque séance dans un état de bonheur et de réceptivité qui le rend euphorique au début du film présenté. Après, à chacun sa chance… »

Le Festival, en citant son célèbre Carnaval des animaux écrit en 1886, rend ainsi un hommage éternel à Saint-Saëns, l’un des premiers à avoir compris l’enjeu dramaturgique d’une composition dédiée à la l’écran. 

Générique du Festival de Cannes

 

Les Comédies Musicales

Dans les années 50, le bal s’ouvre sur la Croisette avec certaines des comédies musicales les plus célèbres d’Hollywood. Avec elles, les studios font la démonstration d’un cinéma où la musique dicte l’intrigue. Parmi ces films, citons les classiques Ziegfeld Follies (1947) et An American in Paris (Un américain à Paris) de Vincente Minelli ou encore Funny Face (Drôle de Frimousse, 1957) de Stanley Donen.  

Viendra ensuite l’heure des comédies musicales hors du commun qui s’amusent à déjouer les codes du genre. Notons les plus marquantes :

En 1960, Das Spukschloß im Spessart de Kurt Hoffman, comédie d’horreur en 13 chansons, est présentée à Cannes et se voit qualifiée de « Grusical », contraction allemande de « Gruseln », c’est-à-dire « Frissons », et de « Musical ».

Das Spukschloß im Spessart de Kurt Hoffman

 

En 1964, le Festival sacre Palme d’or une expérience cinématographique inédite qui révèle Catherine Deneuve aux yeux du monde. Les Parapluies de Cherbourg est le premier film de Jacques Demy entièrement chanté, sur une partition de Michel Legrand.

Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy

 

Autre Palme d’or musicale en 2000, celle de Lars Von Trier, Dancer in the Dark, qui rend hommage aux comédies hollywoodiennes en renversant le genre dans le drame grâce à l’inoubliable performance de la chanteuse Björk.

Dancer in the Dark de Lars Von Trier

 

En 2001, c’est au tour de l’Australien Baz Luhrmann d’enchanter la Croisette avec son Moulin Rouge. Après son remarqué Roméo + Juliette, le réalisateur prolonge l’expérience du mélange de classicisme et de pop culture et revisite le mythe d’Orphée, La dame aux Camélias de Dumas fils et le Paris de Toulouse Lautrec, tantôt en s’appropriant le répertoire moderne de David Bowie, Elton John ou Police, tantôt en s’appuyant sur des morceaux originaux comme Lady Marmelade.

Moulin Rouge de Baz Luhrmann

 

Les bandes originales

Mais les films musicaux n’ont pas l’apanage des thèmes qui sont restés dans les mémoires. Ainsi, au cours des années, de nombreuses musiques de films sont devenues cultes lors de leur passage sur la Croisette. Pour s’en tenir aux Palmes d’or, citons quelques bandes originales emblématiques.

En 1960, la Palme d’or remise à La Dolce Vita scelle le triomphe de la légendaire collaboration de Federico Fellini avec Nino Rota.

La Dolce Vita de Federico Fellini

 

En 74, Scorsese fait appel à Bernard Hermann, compositeur historique de certains films d’Hitchcock, pour la bande originale de son Taxi Driver. Ambiance inquiétante et calfeutrée autour d’un saxophone:

Taxi Driver de Martin Scorsese

 

En 1993, l’envoûtante composition de Michael Nyman pour The Piano (La Leçon de Piano) de Jane Campion participe au couronnement du film et de sa réalisatrice, seule femme à ce jour à avoir reçu la Palme d’or.

The Piano (La Leçon de Piano) de Jane Campion

 

Autre exemple, Goran Bregovic qui collabore pour la seconde fois avec le réalisateur Emir Kusturica après Le Temps des Gitans en 1989, lorsqu’il compose l’exubérante bande originale d’Underground, Palme d’or en 1995.

Underground d'Emir Kusturica

 

Bien sûr,  la liste est loin d’être exhaustive, mais ce que révèle le succès des bandes originales décennies après décennies, c’est aussi l’importance du tandem réalisateur/compositeur dans le septième art.

Avec l’avènement de ces musiques, survient la reconnaissance de leurs auteurs, des noms devenus célèbres auxquels le Festival a plusieurs fois rendu hommage, notamment à partir de 2003 lors de Leçons de musique qui ont par exemple permis au public d’écouter Nicola Piovani, Lalo Schifrin, Patrick Doyle, Alexandre Desplat ou encore Howard Shore évoquer leur art.


Les tubes de la Croisette

Et puis il y a les « tubes », ceux qui dès les premières éditions font connaître aux festivaliers des émois musicaux moins attendus et résonnent encore aujourd’hui aux oreilles des cinéphiles...

Carol Reed, alors en repérage à Vienne pour The Third Man (Le Troisième Homme), rencontre un musicien dans un bar et lui demande de composer la bande originale de son film… La cithare d’Anton Karas qui ouvre en beauté le chef-d’œuvre de Carol Reed devient légendaire et le film repart lauréat du Grand Prix du Festival 1949.

The Third Man (Le Troisième Homme) de Carol Reed

 

10 ans plus tard, c’est la chanson d’Orfeu Negro, adaptation du Mythe d’Orphée au cœur du carnaval de Rio de Janeiro par Marcel Carné, qui invite la Bossa Nova au bord de la Méditerranée :

Orfeu Negro de Marcel Carné

 

Et de plage en plage, impossible de ne pas évoquer, parmi tant d’autres, le « Chabadabada » de Francis Lai, à jamais indissociable du bord de mer de Deauville et d’Un Homme et une Femme de Claude Lelouch, Palme d’or ex aequo du Festival 1966.

Un Homme et une Femme de Claude Lelouch

 

Alors on danse ?

Oui, on danse beaucoup la nuit dans la baie de Cannes en période de Festival ! Sur des bandes originales comme sur des airs empruntés au catalogue populaire par des réalisateurs soucieux de servir leurs intrigues. Des airs dont le public s’empare et qu’il invite dans ses fêtes par ce magique glissement qui va de la vie à l’écran et de l’écran à la vie.

On se souvient évidemment du Misrilou de Dick Dale and the Del Tones, tube des années 60 remis au goût du jour par Quentin Tarantino dans Pulp Fiction (Palme d’or, 1994).

Pulp Fiction de Quentin Tarantino

 

Depuis, Winding Refn a frappé fort avec Drive et son générique inoubliable sur la froide musique Nightcall par le français Kavinsky, et l’on s’est plus récemment beaucoup déhanché sur I Follow Rivers de Lykke Li, promu par La Vie d’Adèle, chapitre 1 et 2 d’Abdellatif Kechiche, Palme d’or 2013.

Drive de Nicolas Winding Refn

La Vie d’Adèle, chapitre 1 et 2 d’Abdellatif Kechiche

 

Demain, une nouvelle sélection sera marquée du sceau du 70e Festival. Avec elle, seront révélées de nouvelles bandes originales pour aller du rire à l’émotion, du bercement méditatif au hochement irrépressible de la tête et au tapotement mécanique du bout du pied. Des musiques de films que l’on aimera et qui nous inspireront peut-être, charriant avec elles un imaginaire, un univers visuel et l’écho de tous ces autres films pour nous rappeler que la cinéphilie s’écrit aussi avec les oreilles…

Rédigé par Camille Périssé

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