Officiel | Mise à jour : 10.05.18 . 10:50

RENCONTRE - Jia Zhangke : « Quand je réalise un film, je m’efforce d’être le plus sincère possible »

Jia Zhangke © AFP / BL

Jia Zhangke © AFP / BL

Visage incontournable du cinéma indépendant chinois, Jia Zhangke a prouvé que son cinéma social et engagé, aux mises en scène minutieuses, était une valeur sûre. En dix ans, il a présenté quatre films au Festival de Cannes. A Touch of Sin a été récompensé en 2013 du Prix du meilleur scénario. En 2014, c’est en tant que membre du Jury du 67e Festival qu’il accepte de nous rencontrer. Dialogue avec un réalisateur inspiré.

 


Cette année vous êtes membre du Jury de la 67e édition du Festival de Cannes. Vous avez été vous-même récompensé pour A Touch of Sin en 2013, quel rôle selon vous joue le Festival dans la vitalité de l’industrie cinématographique mondiale ?
Le Festival est le meilleur endroit au monde pour montrer son film au grand jour. Pour A Touch of Sin, c’était la première projection mondiale du film. C’est un lieu dédié, voué aux films, et  l’endroit le plus efficace pour parler de ce que l’on voit. C’est toujours un moment très impressionnant et inoubliable. Cette cérémonie du cinéma qui règne ici vous fait réellement sentir réalisateur, vous légitime, et cela vous rend humble et très respectueux.

A Touch of Sin a été inspiré par A Touch of Zen de King Hu, sorti en 1971. Quel rôle a joué ce réalisateur dans vos inspirations ?
Tout d’abord, je suis très heureux que Dragon Inn soit restauré et présenté à Cannes Classics cette année. King Hu appartient à la génération chinoise de la fin des années 60 début 70, une période de transition chez nous en Chine. C’était un moment de dynamisme incroyable, où la société chinoise faisait corps avec la Révolution Culturelle. Les films de King Hu sont des longs métrages d’arts martiaux, certes, mais le message est très moderne, ils représentent une vision actuelle de la société en Chine. Une histoire dans le passé qui montre le présent.

Tous les pays ont une histoire de cinéma qui leur est propre. En France, La Nouvelle Vague a bouleversé les codes initiaux du cinéma et la mise en scène. De votre côté, pouvez-vous nous parler de la spécificité de la Sixième Génération des metteurs en scène chinois ?
Tous les réalisateurs que l’on appelle les metteurs en scènes de la Sixième Génération, dont je fais partie, ont un point commun : nous avons grandi à la fin des années 70, pendant le tournant de la société chinoise. Ce fut un changement rapide, croissant. Nous avons été très vite concernés par les changements sociétaux et les relations entre les individus, ce sont nos thèmes de prédilection.

Dans vos films vous incorporez la présence des réseaux sociaux soulignant leur prédominance en Chine. Ils sont aussi très importants dans votre carrière, quelle est votre position sur ces nouvelles techniques de communication ?
Internet a évidemment bouleversé la vision des gens sur le monde. Leur rapport au monde. Le regard que je portais sur mon pays étant enfant, le monde en général a totalement changé. Les codes, les règles, les possibilités ont été modifiées : par exemple, en Chine, une personne de la campagne n’aurait jamais pu imaginer communiquer avec un individu vivant dans une grande ville ou dans un pays étranger. Pour moi, il est très important d’évoluer avec ces révolutions. Des millions de gens me suivent sur les réseaux sociaux chinois, j’aime partager des informations importantes avec eux, échanger.
 
Votre œuvre touche particulièrement la jeune génération chinoise. Selon vous, quelles ressources puise-t-elle dans votre filmographie?
Quand je réalise un film, je m’efforce d’être le plus droit, le plus sincère possible. Par exemple, je n’encadre pas mes projets cinématographiques dans une perspective marchande. A travers le monde, beaucoup de gens s’exclament : « Ah, ce film sera parfait pour les jeunes ! » L’âge de mon public importe peu, je ne pense pas à une tranche d’âge en particulier, je fais mon film, simplement. Je ne sais pas si j’apporte des réponses mais je sais que les jeunes ne sont pas un marché.

Pour votre prochain projet, vous avez décidé de tourner hors de votre pays d’origine la Chine, et de vous rendre en Australie, ressentez-vous des craintes, un élan nouveau?
Mon prochain film s’appellera Mountains May Depart. La période couverte sera de 1999 à 2025, ce sera également la première fois que je tournerai un film d’anticipation. Je suis très peu inquiet étant donné que j’ai déjà beaucoup collaboré avec des partenaires étrangers, et je pense qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir concernant la manière dont le film sera fait. Je ne crains aucune barrière.

 


Propos recueillis par Hannah Benayoun
 

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