Séance Spéciale | Mise à jour : 09.07.19 . 16:13

Entretien avec Nicolas Champeaux et Gilles Porte

Photo du film The State Against Mandela And The Others  (L'Etat Contre Mandela Et Les Autres)

Photo du film The State Against Mandela And The Others (L'Etat Contre Mandela Et Les Autres) © DR

Le journaliste Nicolas Champeaux et le cinéaste Gilles Porte se sont replongés dans les archives sonores du procès de Rivonia, qui a abouti en juin 1964 à la condamnation de Nelson Mandela et de sept autres accusés à la prison à vie. Présenté en Séance Spéciale, The State Against Mandela And The Others rappelle combien le rôle des compagnons de box de Mandela, inconnus du grand public, fut essentiel dans le combat judiciaire contre l'Apartheid.

Comment est né ce film ?

Nicolas Champeaux : J'ai eu l'opportunité de m'entretenir avec quelques-uns des accusés qui ont été jugés aux côtés de Nelson Mandela lorsque j'étais envoyé spécial permanent à Johannesbourg. Il y a deux ans, j'ai obtenu un accès exclusif aux archives sonores du procès de Rivonia et ce que j'ai entendu m'a bouleversé. Au printemps 2016, j'ai décidé de me baser sur ces bandes pour bâtir un film.

 

Pourquoi revenir sur ce procès ?

NC : Je voulais raconter l'histoire des compagnons de Mandela. Ils étaient noirs, blancs, indiens et ont, comme lui, payé le prix fort mais ils sont restés dans l'ombre. J'ai voulu que ces voix inconnues du grand public résonnent enfin au même titre que celle de Nelson Mandela, qui est la seule à avoir été exposée à la lumière.
Gilles Porte : Au point qu'au départ, on voulait appeler ce film « Les autres ». Ce sont eux qui ont fait ce que Mandela est devenu. Il fallait que leur mouvement ait un visage et c'est Mandela qui fut choisi car il avait fait des études et savait parler. L'icône de Nelson Mandela est née lors de ce procès.

 

Qu'est-ce qui vous a marqué à l'écoute de ces archives ?

NC : J'ai été impressionné par leur courage et leur agilité d'esprit à retourner chaque situation. Tous étaient dans une posture très inconfortable car ils risquaient la peine de mort. Mais ils ont préféré faire le sacrifice de leur vie, face à un procureur raciste et caricatural, pour défendre leur cause. Pendant les contre-interrogatoires, ils décrivaient comment ils en étaient venus à ce niveau d'engagement et racontaient leur histoire personnelle. C'est très émouvant et c'est ce que l'on restitue dans le film.

 

Comment l'avez-vous préparé ?

NC : Nous avons d'abord écouté la totalité des archives, soit environs 256 heures, et opéré une sélection. Nous sommes ensuite allés rencontrer les cinq protagonistes du procès toujours en vie - trois co-accusés et deux avocats -, tous nonagénaires, et avons mené des entretiens marathon de 4 ou 5 heures. On leur offrait la possibilité d'écouter des extraits sonores qu'aucun n'avait jamais entendus. Ils ont tous été très sensibles et curieux à cette démarche, 50 ans après le verdict. On voit les survivants écouter et réagir à ces archives.

 

Quand la structure du film vous est-elle apparue ?

NC : Nous avons vite établi une trame mais les entretiens que nous avons menés l'ont modifiée. Nous avons mené au total deux sessions de tournage espacées de douze mois. Dans l'intervalle, nous avons affiné le scénario sur la base de ce que nous avions recueilli.

 

Vous illustrez le film par de l'animation. Pourquoi ?

GP : J'ai demandé à voir des clichés du procès et très rapidement, je suis tombé sur des dessins de la femme d'un des co-accusés. Elle a assisté aux audiences et elle a croqué tous ses protagonistes. Son initiative m'a inspiré. J'ai appelé un des graphistes avec lequel j'avais travaillé par le passé et je l'ai présenté à Nicolas. Au total, le film comporte 40 minutes d'animation.

 

Comment avez-vous travaillé ces archives ?

NC : Elles étaient de bonne qualité mais nous avons procédé à une restauration. Le film comporte plus de trente-cinq minutes d'archives sonores. Le défi, c'était de faire en sorte que l'animation, abstraite ou figurative, ne vienne pas distraire le spectateur de ce qui ce passe dans le procès.
GP : On a voulu privilégier l'écoute des protagonistes et faire également en sorte que la musique et les bruits ne prennent pas le dessus sur les archives et leur parole qui, pour certains, était la dernière. Cela a nécessité un travail très minutieux sur le son.

Rédigé par Benoit Pavan

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