La bande originale de la semaine

Anecdotique à l’origine – le pianiste là, au pied de l’écran, s’escrimant à couvrir le raffut du projecteur -, la musique a rapidement trouvé sa place dans la dramaturgie cinématographique au point de devenir indissociable de la réalisation. Générique, les fauteuils claquent, la file des spectateurs se dirige vers la sortie, pousse les portes, s’éparpille et disperse les images. Longtemps après, il reste la musique, Flora continue de courir sur une plage de Nouvelle Zélande, Vincent Vega et Mia Wallace de danser le twist à Hollywood.


Qu’elles soient originales ou compilées, nous avons voulu partager à nouveau le rythme et l’émotion de quelques projections cannoises à travers leur musique.

 

 

 

 

 

#2 : MR TURNER de MIKE LEIGH  – Compétition, 2014

 

Le 15 janvier dernier étaient annoncées les nominations aux principales catégories des Oscars 2015. Parmi les cinq compositeurs nommés pour la meilleure bande originale figurait Gary Yershon pour la mise en musique de Mr. Turner de Mike Leigh, récompensé du Prix d’interprétation masculine en mai 2014 à Cannes.

Compatriote britannique de Mike Leigh, Gary Yershon compose depuis 40 ans pour la télévision, le cinéma et le théâtre. Artiste associé de la Royal Shakespeare Company, il a notamment créé l’ambiance musicale de pièces à succès telles que « L’Homme du hasard », « Trois Versions de la vie », « Le Dieu du carnage » de Yasmina Reza ou encore de « Two Thousand Years » et « Grief », toutes deux mises en scène par Mike Leigh au National Theatre. En 2009, il était nominé aux Drama Desk Awards dans la catégorie Meilleure musique dans une pièce de théâtre.

Au cinéma, il accompagne le réalisateur de Secrets et Mensonges depuis 1999 avec Topsy-Turvy, puis sur Happy-Go-Lucky (2007) et Another Year (2010). Dans Mr Turner, la partition escorte le maestro dans ses marches solitaires et pousse les portes des salons de la Royal Academy of Arts, participant de la reconstitution, voulue extrêmement fidèle par Mike Leigh, de l’époque victorienne et de la révolution industrielle en Angleterre. Omniprésents, les violons y soulignent la sensibilité aigüe du peintre de la lumière qui préfigura le mouvement impressionniste.

 

► Retrouvez la bande originale de Mr Turner en écoute intégrale sur Deezer

 

 

 

 

#1 : Timbuktu d’Abderrahmane Sissako – Compétition, 2014


A Timbuktu, avec la montée en puissance du régime de terreur des djihadistes, les musiciens sont traqués, la musique est interdite. Pour sa chronique du combat silencieux d’hommes et de femmes au quotidien broyé par les extrémistes, Abderrahmane Sissako a choisi de faire appel pour la première fois à un compositeur.

 

C’est au tunisien Amine Bouhafa que l’on doit le subtil thème posé en contrepoids de la violence du film. 29 minutes d’une partition poétique qui revendique son cosmopolitisme : koras, ngounis, oud et duduk baignés par la musique symphonique de l’Orchestre Philarmonique de Prague.

« Timbuktu est un film qui revêt un message universel. Ce qui s’est passé à Timbuktu aurait pu se passer n’importe où dans le monde. Et donc, la musique accompagne ce message universel ; et, part de couleurs, d’instruments locaux, d’un langage, d’une identité locale et transporte ce langage avec une musique plus ample, plus lyrique pour relayer ce message de tolérance, ce message de paix. (1)»

Un message teinté de mélancolie dans la voix de Fatoumata Diawara, interprète et auteur des paroles de la chanson thème « Timbuktu Fasso ».

 

► Retrouvez la bande originale de Timbuktu en écoute intégrale sur Deezer

 

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(1) Propos d’Amine Bouhafa prononcés lors de l’inauguration du Maghreb des Films à l’Institut du Monde Arabe le 24 novembre dernier (Source BALKİS)