Rendez-vous avec Mads Mikkelsen
Rendez-vous avec Mads Mikkelsen
Il y a 10 ans, Mads Mikkelsen recevait le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes pour son rôle grandiose dans La Chasse, de Thomas Vinterberg. Quatre ans plus tard, il était membre du Jury des Longs Métrages aux côtés du président George Miller. L’acteur danois aussi connu pour ses rôles dans les sagas James Bond et Star Wars et dans l’enivrant Drunk (Sélection Cannes 2020), a donné rendez-vous aux festivaliers aujourd’hui. Retour sur quelques temps forts.
Au son de « What a life », de Scarlet Pleasure, le comédien revient sur la scène finale du film Drunk, dont la musique est issue
La scène de danse était prévue depuis le début, je n’étais pas pour la garder. Je trouvais qu’elle nous sortait du sujet. Les personnages viennent de vivre un drame et ils se mettent à danser… Finalement j’ai eu tort, la scène est magnifique. Elle m’a fait me sentir vieux mais elle est magnifique. Au sortir du Covid nous craignions que le film ne plaise pas mais ça a été l’inverse : les spectateurs étaient heureux de voir des gens célébrer la vie.
Ses premières inspirations
Enfant, j’admirais beaucoup deux acteurs : Bruce Lee et Buster Keaton. Ce sont d’excellents comédiens et cascadeurs qui invitaient le public à entrer dans l’histoire par leur jeu. Ils m’inspirent toujours beaucoup car ils ont conscience de leur condition physique. Aujourd’hui je n’ai pas besoin de changer mon corps pour avoir une démarche lourde, je sais le jouer. C’est pour cela que j’aborde assez facilement les films bien écrits et bien dirigés.
Son conseil aux futurs cinéastes
Toutes les activités que tu peux faire avec tes amis, ta famille, ta génération, valent le coup d’être vécues. Elles vont t’inspirer et une fois que c’est le cas, prend ta caméra, centre-toi sur un récit et fonce ! Au Danemark dans les années 1980 tout a changé dans le cinéma : une même génération portait la création. La nouvelle génération doit faire de même pour rompre avec l’habitude d’être forcément dirigé par des réalisateurs plus âgés.
« Je n’ai jamais vu Citizen Kane. Ça ne m’empêche pas d’aimer le cinéma. »
Son rapport aux personnages complexes qu’il a pu incarner
Je n’ai pas vraiment peur de jouer certains rôles. Je ne suis pas intimidé mais j’ai conscience des défis. Parfois je me dis : « C’est parfait, mais ça va être super difficile pour moi. » Il faut être honnête par rapport au récit, il faut parfois avoir le courage de dire : « Non, ce rôle devrait être pour quelqu’un d’autre. »
Une méconnaissance amusante des blockbusters
Je me souviens qu’à l’époque mon frère avait attendu pendant deux jours devant un cinéma pour avoir un ticket pour le prochain Star Wars, je ne comprenais pas pourquoi il faisait ça. Je passais mes journées à regarder des films de Bruce Lee, je n’avais jamais vu Star Wars. Quand j’ai été choisi pour jouer dans Casino Royale, c’était pareil. Tout le monde autour de moi était fou alors que je n’avais pas autant d’engouement ! Je pense que c’est ce qui m’a permis d’apporter, avec Daniel Craig, une nouvelle vision à la saga James Bond.
La concurrence des plateformes contre les films en salle
Il faut se poser la question : les plateformes vont-elles disparaître ? Non. Il faut donc trouver un terrain d’entente, un juste milieu. Le cinéma est un art très jeune et l’on veut qu’il reste comme on l’a connu mais ce n’est pas possible, il doit évoluer. Il y a de la place à la fois pour les plateformes et le cinéma en salle.
À propos de son expérience au Festival de Cannes
Il n’y a rien qui ressemble à Cannes. J’y suis allé pour la première en 1997 avec Nicolas Winding Refn pour présenter Pusher. Nous sommes arrivés en manteau car nous avions entendu dire qu’il y avait des montagnes ! Le Festival de Cannes est une aventure fantastique, c’est un peu la coupe du monde du cinéma. Malgré toutes les soirées et toutes les beuveries, les gens finissent toujours par parler de films.