Rencontre avec Halle Berry, membre du Jury des Longs Métrages

© Jean-Louis Hupé / FDC

Qu’elle soit James Bond girl ou Tornade dans X-Men, qu’elle joue chez Kassovitz ou les sœurs Wachowski, aucun genre cinématographique ne résiste à Halle Berry. L’actrice, oscarisée pour son rôle dans À l’ombre de la haine en 2002, a diversifié ses activités, en tant que productrice puis réalisatrice avec Meurtrie en 2020, et d’autres projets à venir.

Quels films ont éveillé votre intérêt pour le cinéma ?
Je pense que ça a commencé quand j’étais très jeune. J’étais une enfant autonome, élevée par ma mère qui travaillait beaucoup. Ma sœur et moi étions donc souvent seules à la maison, si bien que les films sont devenus notre échappatoire. Parmi eux, je peux citer La Vie est belle, Le Magicien d’Oz et Charlie et la chocolaterie. En grandissant, j’ai vu Cinema Paradiso, Potins de femmes, Kramer contre Kramer, puis The Graduate, avec Dustin Hoffman. En tant que jeune fille américaine, ces films m’ont fait comprendre que je pouvais rêver, que le cinéma avait le pouvoir de me guérir. Ce n’était pas exactement un effet miroir, mais ma réalité y était reflétée. Et puis, j’ai vu Carmen Jones pour la première fois : ça m’a permis de me reconnaître à l’écran, et c’est ce qui a déclenché mon amour du cinéma.

Quelles actrices admiriez-vous à cette époque ?
Angela Bassett, Meryl Streep, Jodie Foster, Glenn Close, Diahann Carroll. Et à l’approche de l’âge adulte, j’admirais beaucoup Julia Roberts.

Qu’est-ce qui vous inspire dans votre carrière ?
Je dirais que mon inspiration vient plutôt de ma maîtresse de CM2, qui est devenue ma marraine et celle de mes enfants. Elle m’a donné le courage de suivre mon cœur et mes propres rêves. C’est quelque chose qui m’a accompagnée toute ma vie. Cela m’a permis de ne pas avoir peur, d’être courageuse, de marcher avec un sens de l’intégrité et de la grâce dans des situations parfois difficiles. Je pense que ce sont toutes ces qualités qui m’ont façonnée en tant qu’actrice, productrice et réalisatrice.

Quel souvenir gardez-vous de la nuit où vous avez remporté l’Oscar de la meilleure actrice pour À l’ombre de la haine ?
Aucune femme de couleur ne l’avait reçu jusqu’alors. Je n’avais donc aucune raison de croire que je serais celle qui changerait l’histoire ce soir-là. À l’époque, celle qui remportait le Golden Globe gagnait généralement l’Oscar. Je ne l’avais pas eu, ce qui, selon moi, scellait mon destin. Je m’étais donc dit : « Je vais aller à la cérémonie, m’amuser, je suis fière de moi. »

Vous n’aviez donc pas préparé ce discours poignant rendant hommage aux grandes actrices noires ?
Non, parce que je m’étais vraiment mise en tête que je ne gagnerais pas. J’étais choquée, puis je me suis levée et j’ai parlé avec mon cœur. J’ai toujours pensé à toutes ces femmes qui m’ont précédée, parce que je croyais que chacune d’elles aurait dû être là avant moi. Elles étaient présentes dans mon esprit, car je marchais sur leurs pas, avec toujours cette question : « Comment se fait-il qu’une femme de couleur n’ait jamais reçu cet honneur ? »

Si vous deviez revenir sur la scène des Oscars, à qui iraient vos pensées ?
Sans doute aux mêmes. Si je gagnais un Oscar aujourd’hui, je serais la première femme noire à en remporter deux. Personne ne l’a encore fait. Et je penserais toujours à ces questions, parce que c’est un vrai mystère. Pourquoi ce prix est-il si difficile à obtenir pour les femmes de couleur ?

Vous avez joué dans des films indépendants, des thrillers, des franchises, des films de science-fiction… Dans quel genre de films aimeriez-vous jouer aujourd’hui ?
J’ai l’impression d’avoir touché à tous les genres. Ce que j’aimerais, maintenant, c’est jouer dans une comédie. Et aussi faire plus d’action, parce que j’adore ça. Je suis d’ailleurs à l’affiche d’un film qui sortira prochainement avec Angelina Jolie, Maude v. Maude. Je suis vraiment passionnée par l’action.

Après Meurtrie, réaliseriez-vous un autre film ?
Oui, je travaille actuellement sur un nouveau projet, que j’écris avec mes coscénaristes, et que je réaliserai. J’ai en moi beaucoup d’histoires que je porte depuis longtemps, que je connais bien et que j’ai envie de raconter.

En tant qu’actrice, réalisatrice et productrice, pouvez-vous me parler du cinéma dont vous rêvez pour demain ?
Je vois que les choses changent, mais j’espère voir plus de femmes – des scénaristes, des réalisatrices, des productrices – raconter des récits depuis un point de vue féminin. Nos histoires et nos personnages sont souvent écrits à travers un prisme masculin, ce qui n’est pas toujours très juste. C’est davantage leur interprétation. Mais je veux vraiment que nous, les femmes, fassions un pas en avant, avec nos propres personnages, écrits pour nous, à partir de nos sensibilités, et que nous soyons représentées de manière plus fidèle dans les films. Et plus de femmes de couleur aussi.