Entretien avec Thierry Frémaux
Par Elsa Keslassy – paru dans Variety, le 4 avril 2025.
A quelques jours de la conférence de presse très attendue qui dévoilera la programmation, le patron du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a réussi à garder un certain mystère autour de la Sélection officielle de cette année, malgré les nombreuses spéculations qui fleurissent sur les réseaux sociaux.
Si Mission: Impossible – The Final Reckoning n’a été officiellement confirmé ni par Cannes ni par Paramount, Thierry Frémaux a confié à Variety, dans une interview exclusive, qu’il espère bientôt la confirmation de la production.
Après deux éditions exceptionnelles qui ont vu des films primés à Cannes remporter des Oscars, comme Anatomie d’une chute et La Zone d’intérêt en 2023, et Anora, The Substance, Emilia Pérez et Flow en 2024, Thierry Frémaux nous dit avoir reçu un nombre record de films, en particulier des États-Unis.
Alors que certains présentent l’édition 2025 comme un premier Cannes d’après-grève, selon Thierry Frémaux : “il semble que Hollywood est dans une période de transition”.
Espérant suivre les traces de Sean Baker de la Palme d’or à l’Oscar du meilleur film, les cinéastes américains tels que Jim Jarmusch, Spike Lee, Richard Linklater, Kelly Reichardt, Ari Aster, Kristen Stewart et Wes Anderson devraient présenter leur film à Cannes.
Le Festival de cette année pourrait également voir un nombre sans précédent de réalisatrices en Sélection officielle, y compris en Compétition, après une édition 2024 qui a porté les films de Coralie Fargeat, Payal Kapadia, Laetitia Dosch, Agathe Riedinger et Louise Courvoisier.
Dans son interview à Variety, Thierry Frémaux a évoqué les réactions négatives qui ont frappé Emilia Pérez dans la période précédant les Oscars. A l’heure de #MeToo en France, il a révélé que Cannes avait ajouté une clause à sa Sélection officielle de films concernant la sécurité, l’intégrité et la dignité de tous les contributeurs.
Thierry Frémaux, qui a récemment terminé son documentaire Lumière, l’aventure continue, a également confié que sa connaissance des films classiques a façonné son appréciation du cinéma contemporain, et finalement, son processus de sélection.
A une semaine de l’annonce, où en êtes-vous de la Sélection ?
A une semaine, plus de la moitié des décisions sont prises, la Sélection se dessine. Il nous reste néanmoins beaucoup de films à voir car tout n’est pas encore arrivé en cabine. C’est-à-dire plus d’une cinquantaine de films en huit jours, soit toute la journée, les soirs et les week-ends.
La Compétition sera-t-elle similaire ou plus dense que l’année dernière ?
Oui similaire. Cannes a toujours su contrôler son développement qui est aussi contraint par nos salles de cinéma.
De nombreuses rumeurs annoncent Mission Impossible 8 à Cannes ? Qu’en est-il ?
MI8 sort entre le 21 et le 23 mai dans de nombreux pays, la rumeur est donc naturelle et logique. D’autant que Tom Cruise a fait une apparition fantastique lorsqu’il est venu sur la Croisette pour Tom Gun: Maverick et que la collaboration avec Paramount a été merveilleuse. Nous espérons pouvoir nous retrouver, et retrouver les fans de Tom Cruise et de Christopher McQuarrie.
L’année dernière, vous pensiez que ce serait une année un peu en deçà à cause de l’impact des grèves à Hollywood, mais elle s’est avérée être une édition qui a lancé un grand nombre de films primés, notamment aux Oscars.
A chaque nouvelle édition, nous sommes dans le doute : après une très bonne année 2023, on n’imaginait pas faire aussi bien en 2024. Et 2024 s’est révélée exceptionnelle. Qu’en sera-t-il de 2025 ? On le saura le samedi 24 mai au soir ! Ce que je peux dire, c’est qu’avec Iris Knobloch, la Présidente du Festival qui dirige le Conseil d’Administration, nous faisons chaque année tout notre possible pour que le Festival soit une réussite. Et nous le faisons avec François Desrousseaux, le secrétaire général, Christian Jeune, le directeur du Département Films, Guillaume Esmiol le directeur du Marché du Film et avec toutes les équipes.
Aviez-vous imaginé que des films comme Emilia Pérez, Anora ou The Substance et même Flow puissent susciter un tel engouement du public et de la critique à l’international, et aux U.S. ?
On espère le meilleur pour les films de la Sélection officielle sans avoir la prétention de deviner leur destin. Nous savions qu’Emilia Pérez, Anora ou The Substance étaient de beaux films. Nous avons vu le premier très tôt, en février, et le deuxième très tard, mi-avril, comme quoi rien n’est jamais écrit à l’avance. Pendant le processus de sélection, il faut savoir garder son sang-froid ! Flow est une belle surprise et consacre un cinéma d’animation d’auteur international. The Substance, c’est notre grande fierté car rien ne pouvait prédire un tel destin au film… sauf nous ! Le hisser en Compétition a été une belle décision.
Et les prix sont venus saluer tout ça ?
C’est une grande satisfaction de voir que les films sélectionnés à Cannes sont célébrés par les festivaliers, puis le jury, puis par la critique, par le marché, par le public des salles du monde entier et au bout de la chaine, par ceux qui votent pour les prix, aux Oscars, aux Césars, aux BAFTA, aux Goya, etc. On peut noter que ce lien avec Cannes est plus marqué sur les dix dernières années.
Cette année, c’est la première année véritablement post-grève, cela se ressent-il dans le nombre des films qui sont soumis à Cannes ?
Je ne sais pas s’il y a un effet post-grève. Il semble qu’Hollywood soit dans une période de transition mais le cinéma américain nous envoie toujours beaucoup de films. D’autant que, plus que jamais, il est prouvé qu’un film peut naître à Cannes et être toujours vivant, au centre de l’attention, pour les Oscars, qui est un grand rendez-vous. Après le cru 2023 et la réussite d’Anatomie d’une chute et The Zone of Interest, l’année 2024 en a été une nouvelle démonstration. Mais n’oublions pas la liste de tous les beaux films américains surgis à Cannes et qui ont connu un triomphe à leur sortie. En particulier la première Palme d’or de l’Histoire, Marty de Delbert Mann, décernée en 1955 par Marcel Pagnol, qui fut ensuite sacrée Meilleur film aux Oscars. Le Festival de Cannes joue le même rôle que les grandes maisons d’édition en littérature, ses choix donnent une plus-value artistique, médiatique, symbolique aux films de la Sélection. Notre satisfaction aussi, sur 2024, a été de constater un excellent box-office des films de Cannes, alors qu’ils sont majoritairement du cinéma d’auteur. On ne sépare plus qualité et succès.
Vous fixez-vous une limite sur le nombre d’Américains que vous sélectionnez en Compétition ?
Non. Ni pour le cinéma américain, ni pour aucun autre pays. L’essentiel est de faire la meilleure sélection possible et s’il y avait 12 films américains qui le méritent, on sélectionnerait les 12 ! Bon, d’accord, 12, ça ferait beaucoup.
L’année dernière, il y avait un nombre record de films en langue anglaise (mais de réalisateurs internationaux), observez-vous encore cette tendance ? Cette uniformisation linguistique vous inquiète-t-elle ?
L’usage de la langue anglaise comme une sorte de nouvel esperanto est une tendance qui s’est affirmée depuis deux ou trois décennies. Le phénomène n’est pas nouveau mais je ne suis pas certain qu’il s’accentue. Et je peux comprendre que le marché impose parfois l’anglais parce qu’il élargit l’horizon d’une œuvre. Mais lorsque c’est artificiel, et parfois ça l’est à travers de chimériques stratégies commerciales, le public n’est pas dupe. N’oublions pas ce que disait John Ford : « To be universal, be local ». Parasite en est le plus beau dernier exemple en date.
Voyez-vous davantage de projets qui traitent de géopolitique, ou qui ont un fond politique, compte tenu du contexte chargé et des guerres en Ukraine et à Gaza, et de la situation aux U.S. avec l’administration Trump ?
A l’heure où nous nous parlons, pas spécialement.
Certains réalisateurs sont très prolifiques, notamment Kirill Serebrennikov, vous interdiriez-vous de présenter son dernier film parce qu’il était déjà en Compétition l’année dernière avec Limonov ?
Non, aucune règle ne l’interdit.
Il semble qu’il pourrait y avoir un record de réalisatrices en Compétition. Est-ce le cas ?
J’espère bien. Le nombre de réalisatrices a beaucoup augmenté depuis 20 ans, il faut le répéter. Le jeune cinéma est de plus en plus paritaire, en témoignent nos sélections de courts métrages ou des films de la Cinef. Et même en 2024 où le nombre de réalisatrice a globalement baissé, le Festival de Cannes a maintenu quantitativement leur présence. Et qualitativement : qu’on se souvienne en 2024 des films de Coralie Fargeat, de Payal Kapadia, de Laetitia Dosch, d’Agathe Riedinger ou de Louise Courvoisier.
Pensez-vous que le succès d’Emilia Pérez pourrait inciter Netflix à revenir au Festival de Cannes ? Quelles sont vos discussions avec eux cette année et avec les autres plateformes ?
Nos relations avec les plateformes, et récemment Apple ou Amazon, sont excellentes et la moindre opportunité est l’occasion de nous retrouver. Je suis également sûr que le jour où Netflix aura des films à proposer au Festival, ils reviendront à Cannes. En tout cas, je le répète chaque année, notre dialogue n’a jamais été rompu, Ted Sarandos sait que nous l’attendons avec des films. Et n’oublions pas que désormais, Netflix est devenu contributeur du cinéma français en prenant part à des co-productions. Cannes 2025 en portera sûrement la trace.
L’année dernière, Karla Sofía Gascón est devenue la première actrice transgenre à remporter un prix à Cannes mais on a ensuite découvert ses tweets offensants. Quel a été votre point de vue sur la débâcle ?
Je me garderai bien d’émettre le moindre jugement sur ce qui me semble l’illustration parfaite de la confusion dans laquelle les réseaux sociaux nous plongent. Je ne partage pas les opinions que Karla Sofía Gascón a exprimées, d’autant qu’en France, certains de ses propos pourraient tomber sous le coup de la loi, mais elle est avant tout une artiste et on demande aux artistes… d’être des artistes. Un artiste se doit-il être un être humain parfait ? Je ne crois pas. Karla Sofía Gascón et le film ont payé cher, passons à autre chose car cela ne diminue en rien la valeur d’Emilia Pérez ainsi que de Jacques Audiard et son entourage qui ont pleinement mérité les nominations et les prix qui leur ont été attribués.
Vérifiez-vous les réseaux sociaux des réalisateurs avant de les inviter à Cannes ?
Le Festival s’appuie sur une éthique rigoureuse dans ses choix artistiques en prenant en compte toutes les informations qui sont à sa disposition et qui ne viennent pas seulement des réseaux sociaux. Notre attachement aux valeurs de respect et d’humanisme qui guident le Festival depuis sa création reste aussi forts qu’aux premiers jours.
Les César ont rendu inéligible les réalisateurs accusés d’agression sexuelle, est-ce quelque chose que vous considéreriez faire à Cannes ?
Une cérémonie comme les Césars et un événement comme le Festival de Cannes ne sont pas comparables : les festivals découvrent, les Prix consacrent. Nous sommes très en amont et devons être vigilants. Nous sommes attentifs à la libération de la parole, comme au rejet absolu du moindre comportement répréhensible. C’est pourquoi, à partir de 2025, nous avons ajouté une clause à notre règlement concernant les films de la Sélection officielle, engageant les ayants-droits à garantir que les films soumis ont respecté et respectent la sécurité, l’intégrité et la dignité de tous les contributeurs et se conforment aux obligations légales. Et nous redoublerons de la même attention pour les films sélectionnés.
Car au-delà, c’est la justice qui décide de qui est coupable et qui ne l’est pas, c’est elle qui dit le droit, pas le Festival de Cannes. Et le droit parfois, c’est compliqué : j’ai été élevé par Henry Fonda et Sidney Lumet. Le cinéma apprend à penser « contre » pour que triomphent les valeurs universelles.
L’année dernière All We Imagine as Light a marqué le retour du cinéma indien en Compétition après 30 ans. Anticipez-vous d’autres pépites de contrées rares en Compétition ?
Nous nous tenons prêts !
J’entends que l’Iran pourrait aussi être représenté en Compétition avec le film de Jafar Panahi. Comment le Festival gère-t-il la sécurité de réalisateurs dissidents ?
Le Festival, en collaboration avec la Mairie de Cannes et avec les services de l’Etat, met en place un dispositif particulièrement important qui est déployé dans la ville de Cannes pendant tout le Festival afin d’assurer la sécurité de tous.
Vous avez été plongé dans votre film Lumière, l’Aventure continue ces derniers mois, cela a-t-il « coloré » votre regard sur les films que vous visionnez pour la Sélection officielle ?
J’ai écrit et réalisé Lumière, l’aventure continue pendant l’été 2024 et l’ai présenté à l’automne à San Sebastian avant Rome, Tokyo et Djeddah. Sa conception n’a pas coïncidé avec la sélection cannoise, puisque nous ne commençons vraiment qu’à partir de novembre-décembre. Mais votre question est pertinente car l’aller-retour entre cinéma classique et cinéma contemporain fait mon identité profonde de spectateur et je dirai même que c’est la clé de mon travail. Pas seulement parce que j’ai le privilège d’être en charge à la fois du Festival de Cannes et de l’Institut et du festival Lumière, mais parce que le regard qu’on porte sur les œuvres d’aujourd’hui se nourrit de ce que le cinéma du passé nous a appris.
Un film classique porte sa propre histoire. Si vous projetez Citizen Kane aujourd’hui à un jeune spectateur (et de préférence sur grand écran !), il sera impressionné, ému, intrigué mais il aura peut-être des difficultés à comprendre sa réputation car tout est complexe et sophistiqué dans Citizen Kane. Il faudra alors diriger sa pensée vers le scénario, le filmage, le contexte esthétique de l’époque, etc. Un film, c’est comme une symphonie musicale, c’est complexe et ça s’explique. Avec le cinéma classique les jugements du type : « J’aime/je n’aime pas » ou « C’est bien/Ça n’est pas bien » ne marchent pas.
Quand on est face à Welles, à Kurosawa ou à Kubrick, il faut apprendre à évaluer les objets que l’Histoire ont transformé en chefs d’œuvre.
Il en va de même pour le cinéma contemporain et donc pour la Sélection de Cannes : il ne s’agit pas de lever ou de baisser le pouce en signe d’approbation ou de rejet mais d’évaluer les œuvres, chacune d’entre elles et les unes avec les autres.
La question à laquelle je dois répondre est : dois-je ou non montrer ce film à Cannes et pour quelles raisons ? Qu’est-ce qu’il dit du cinéma aujourd’hui ? Ce sont les questions auxquelles nous devons répondre.
Vous faites un parallèle entre le cinéma de Lumière et de la Nouvelle Vague dans votre documentaire…
Oui, parce qu’on y retrouve la même simplicité, la même vérité, la même sincérité. Lumière a inventé ses propres codes dans une liberté totale, la Nouvelle Vague a voulu rompre avec ceux que 50 ans de cinéma avaient imposés. Je cite Godard dans le film : « Il faut aller voir les analphabètes si on veut réinventer la grammaire ». Ça reste toujours valable.
D’après vous, qui sont les héritiers des frères Lumière aujourd’hui ?
On pourrait s’amuser à faire des listes et je donne quelques noms dans le film mais ils sont nombreux. L’héritage Lumière, c’est enregistrer le réel et le transfigurer par la caméra afin d’en montrer la beauté.
L’héritage Lumière, c’est rappeler que le cinéma est d’abord une affaire de plans, pas d’images.
L’héritage Lumière, c’est montrer que le cinéma est un instrument de paix.
Les films Lumière ne se racontent pas car ce sont de purs objets de cinéma qui existent d’abord par leur forme. Le cinéma de Lumière, c’est écrire avec une caméra.
Enfin, l’héritage Lumière, c’est la salle de cinéma, qu’ils décident d’inventer quand Thomas Edison, avec son Kinétoscope, pensait à un usage individuel. Aujourd’hui, 130 ans après la naissance du Cinématographe Lumière, une évidence s’impose : dans « Cinéma », il y a « aller au cinéma. » Et c’est heureux.
Même à l’heure du triomphe des plateformes ?
Absolument. Les plateformes sont des inventions géniales. Je suis abonné à toutes, je les ai toutes sur mon smartphone. Mais cela ne remplace pas le grand écran. Et cela, on doit l’enseigner aux enfants. Ne les privons pas de ces émotions que nous avons éprouvées. Dans Cinéma Speculations Tarantino dit tout de ses premières émotions dans une salle de cinéma qui est un véritable apprentissage de la vie.
En 2024, le box-office mondial était en grande forme et les gens revenaient en salles un peu partout. On voit aussi des plateformes de cinéphiles comme Mubi cartonner. Tarantino avait-il raison – cinema is not dead ?
Evidemment que le cinéma n’est pas mort ! Pendant le confinement, il a été très fragilisé : imaginez, pour la première fois de l’histoire, toutes les salles étaient fermées, ce que deux guerres mondiales n’avaient pas réussi à faire, alors que les plateformes triomphaient dans les foyers. On ne s’est pas privé ici et là d’annoncer la disparition prochaine des salles de cinéma. On l’a fait souvent au 20e siècle, eh bien, ça ne sera pas pour cette fois-là non plus.
Le cinéma a été et sera toujours sauvé par les films, les artistes, par les professionnels, par les salles, par le public. Mais il ne faut pas non plus faire preuve d’un optimisme béat : pour que les gens retournent au cinéma, il faut donner du désir, il faut alimenter la curiosité. Il faut de bons films.
L’essor des plateformes ces 10 dernières années a-t-elle, d’après vous, changé la grammaire du cinéma, la façon dont les histoires sont racontées et mises en scène ?
Comme le Cinématographe Lumière, les plateformes ont besoin de nourriture : en 1900, c’était des films, aujourd’hui ce sont des séries. Le langage ne change pas, c’est celui du cinéma. La demande du public, elle, change, sans aucun doute. A échelle mondiale, ce dernier est à nouveau dans l’exigence, spécialement sur les séries ou des formats originaux qui imposent un narratif renouvelé, une force dans les scénarios, une précision dans les dialogues, des histoires extraordinaires, de l’imagination, etc. Le cinéma a toujours fait face à une grosse adversité mais il est sûr que les plateformes, par leurs qualités, sont des concurrentes redoutables. Mais c’est lui qui possède sa propre réponse.
Vous dites souvent combien la presse est importante pour le Festival de Cannes. Quel est votre point de vue sur la détresse de nombreux journalistes qui se plaignent de ne plus avoir la possibilité d’interviewer les talents pendant les festivals majeurs tels que Cannes ?
Il ne faut pas cesser de rappeler que le Festival de Cannes n’existerait pas sans la presse. Elle fait partie de la même légende, qu’elle soit presse écrite, photographique ou télévisuelle et aujourd’hui la presse digitale. Plus de 4000 professionnels viennent sur la Croisette travailler et chaque année, nous proposons le meilleur confort pour qu’ils puissent faire leur travail dans de bonnes conditions, avec des lieux adaptés. Nous aidons également les attachés de presse.
Sur les relations avec les talents, les règles sont claires : la plupart des films en Compétition et Hors Compétition bénéficient d’une conférence de presse, qui sont très suivies et retransmises en direct par la télévision du Festival. Cela, nous le rendons possible pour les journalistes.
Mais au-delà de ces dispositions, l’accès direct et personnel de la presse aux talents relève d’une stratégie médiatique qui est celle des productions et non celle du Festival. Nous comprenons ceux qui souhaitent un dialogue plus soutenu avec les artistes, et cela donne souvent de beaux résultats et contribue à l’amour du cinéma, mais nous savons aussi que la multiplication des demandes d’entretiens individuels rend mécaniquement impossible qu’elles soient toutes satisfaites.
La cérémonie d’ouverture de Cannes est de loin la plus prestigieuse et originale de toutes les cérémonies d’ouvertures de festivals. A quoi cela tient-il ? Vous impliquez-vous dans les choix artistiques et éditoriaux ?
Nous travaillons en équipe avec France Télévisions et Brut. qui offrent une visibilité formidable au Festival et se montrent exigeants sur la qualité de leurs retransmissions. A quoi ça tient ? Là aussi, c’est une alchimie dont la formule se renouvelle chaque année. Nous travaillons tous en étroite collaboration, spécialement avec Renaud le Van Kim, qui réalise brillamment les cérémonies.
Le film d’ouverture n’a toujours pas été annoncé…
Car rien n’est encore décidé. Nous réfléchissons toujours. Vous le saurez bientôt… en même temps que moi !