Matteo Garrone, quand la réalité dépasse la fiction
En six longs-métrages, le réalisateur de Gomorra s’est forgé un style qui fait écho aux plus belles heures du néoréalisme italien.
Rares ont été les observateurs du cinéma à ne pas avoir vu en Gomorra, Grand Prix du Jury en 2008, l’esquisse d’une version moderne du néoréalisme italien. Popularisé dans l’Italie d’après-guerre par Rosselini, Visconti ou De Sica, ce courant cinématographique est né avec la volonté de donner la priorité à une représentation de la réalité plutôt qu’aux structures dramatiques pour créer l’ambiance d’un film.

Gomorra venait confirmer, après Limbalsamatore (2002) et Primo Amore (2004), toute l’habileté de Matteo Garrone à s’inscrire dans cet héritage et à narrer, dans un style proche du documentaire, les authentiques tranches de vies d’une société italienne contemporaine en crise. Matteo Garrone le confesse volontiers : les racines de son cinéma s’imprègnent « inconsciemment » de l’esprit critique et des codes esthétiques du néoréalisme, le réalisateur leur associant des plans serrés et un montage parfois abrupt, touche plus moderne et personnelle.
Garrone se plaît à filmer le monde sans effets de style, mais non sans pointer du doigt ses dérives. Dans Reality, comédie satirique sur le rapport obsessionnel qu’entretien la télévision de son pays avec la téléréalité, la critique vient s’insérer entre les lignes. « Le reality show n’est qu’un prétexte pour faire un voyage contemporain. C’est une fable sur la télévision« , précise Garrone.

En digne héritier du mouvement néoréaliste, la méthode de travail de Matteo Garrone s’est en partie forgée dans le respect de ses préceptes. Le son est capté en prise directe. Le tournage s’effectue essentiellement caméra à l’épaule et dans l’environnement réel des personnages, auxquels le cinéaste cherche à apporter la plus grande sincérité possible en fouillant le moindre détail.
Le raisonnement du cinéaste se prolonge au-delà des principes fondamentaux du néoréalisme. Rossellini disait ressentir instinctivement le cinéma « comme un moyen d’affronter la vie réelle« . Pour Matteo Garrone, il n’est plus seulement un outil pour décrire le réel ou lui faire face, mais l’un des éléments constitutifs de la réalité. « Ce n’est pas le cinéma qui se calque sur la réalité, mais la réalité qui se calque sur le cinéma« , souligne-t-il.
BP
Le film sera projeté à 8h30 et 22h30 dans le Grand Théâtre Lumière.