RENCONTRE – Willem Dafoe : « J’aime agir, je n’aime pas être un simple spectateur »
Plus de quatre-vingts rôles au compteur, des collaborations avec les plus grands, de Wes Anderson à Lars Von Trier, le décalé Willem Dafoe apporte un grain de folie au Jury des Longs métrages. Tantôt dans la peau du Christ, tantôt parmi les Nymphomaniac, il enchaîne les grands écarts et fait preuve d’une souplesse à toute épreuve. Rencontre avec un membre du Jury plus sage qu’il n’y paraît.

Willem Dafoe © AFP / L. Venance
Vous interprétez souvent des rôles excentriques. L’êtes-vous aussi dans la vie ?
Je ne pense pas jouer seulement des rôles excentriques. Quand on me le dit, je le reconnais. Mais je ne suis pas excentrique. Je suis parfaitement normal.
Quel Willem Dafoe pourra-t-on voir dans Pasolini d’Abel Ferrara ?
Le film parle des derniers jours de la vie de Pier Paolo Pasolini. J’adore le personnage et ce qu’il a fait. C’était un visionnaire, que ce soit sur la mondialisation, l’économie, la culture ou la société, sur ce qui s’est passé en Europe avant même que ça n’arrive. Ce n’est pas un biopic, c’est un portrait. On a choisi cette forme pour essayer de donner un sens à ce qu’il était.
Comment avez-vous préparé ce rôle ?
Il a fait tellement de choses ! Il était très prolifique. Il a laissé tant de choses à lire, des essais, de la poésie, des films, des bandes dessinées… Est-ce que je le connais pour autant ? J’ai juste essayé de m’approprier ses œuvres autant que possible et d’habiter son personnage.
Abel Ferrara, Lars Von Trier, Wes Anderson… Vous avez joué sous la direction de réalisateurs aux univers très marqués et opposés. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ?
J’ai travaillé plus d’une fois avec chacun d’eux. Ils sont très différents mais je pense que je suis seulement supposé jouer un rôle. Mon travail, en grande partie, c’est d’être là pour servir le réalisateur et d’essayer, comme le disait Michel Piccoli, d’ « être la parfaite marionnette » pour vraiment adhérer à leurs idées, être leur chair, leur objet face à la caméra. Et ça me plaît. Il se passe des choses intéressantes quand tu n’es pas dans ta propre interprétation mais dans celle de quelqu’un d’autre.
Les rôles que Lars Von Trier vous a proposé sont des rôles extrêmes. Est-ce que travailler sous sa direction est plus dur qu’avec un autre ?
Quand on est en plein dedans, on ne fait pas ce genre de considérations. La seule chose que je peux dire, c’est que pour jouer, j’aime adopter un masque, en quelque sorte. Je pense que ça aide à aller plus en profondeur. J’ai besoin de quelque chose qui déclenche mon imagination. Si j’adopte le bon masque, je deviens plus souple. Si le rôle est exotique ou loin de mon système de pensée, je dois perdre conscience de ce que je suis et être capable d’adopter une autre manière de penser. Je crois que ça relève plus de l’imagination profonde et du subconscient. Ce sont des choses qui me font me sentir libre, plus souple dans mon esprit.
On vous retrouve aujourd’hui au théâtre en tournée mondiale dans The Old Woman. Comment vivez-vous cette autre expérience ?
J’ai déjà travaillé avec le metteur en scène auparavant, Bob Wilson, dans la pièce The Life and Death of Marina Abramović. Ca m’avait plu alors il m’a proposé de jouer dans une autre pièce, à deux rôles, juste Mikhail Baryshnikov et moi. Le texte vient de Daniil Kharms, un poète satiriste des années 1930, un peu connu en Europe aujourd’hui mais presque inconnu aux Etats-Unis. C’est une pièce absurde, il y a beaucoup de mouvement, ça parle de bénédiction et de respect des langues. La pièce de Bob est très rationnelle, le texte est très simple.
Propos recueillis par Tarik Khaldi