A Good Man de Marie Castille Mention-Schaar, un film de genre multiple
Pour la première fois en Sélection Officielle à Cannes avec A Good Man, Marie Castille Mention-Schaar aborde les thèmes récurrents dans sa filmographie de l’amour et de la famille. Elle leur donne ici une dimension nouvelle en s’attaquant au sujet inexploré de la maternité chez les hommes transgenres. Sélectionné à Cannes et projeté aux festivals de Deauville et de Toronto, A Good Man, distribué par Pyramide Distribution, sortira en salles en France le 13 octobre.
Benjamin et Aude s’aiment et vivent ensemble depuis 6 ans. Aude souffre de sa stérilité. Alors par amour pour elle, Benjamin décide qu’il portera leur enfant car avant de s’appeler Benjamin il s’appelait Sarah.
Le scénario de A Good Man trouve son inspiration dans la vie de Jacob Hunt, né sous le prénom de Susan aux États-Unis et dont la transformation « female to male » avait été documentée par son demi-frère Christian Sonderegger dans Coby, sélectionné à l’Acid en 2017. Marie Castille Mention-Schaar qui participe alors à la production du documentaire, demeure particulièrement touchée par l’étape finale de la transformation de Jacob : l’hystérectomie, qui le met face au dilemme de renoncer à avoir un enfant de manière naturelle avec sa petite amie de l’époque.
Trois ans plus tard, A Good Man, dont Christian Sonderegger est le coscénariste, traduit la réflexion de la réalisatrice sur la quête d’identité et le désir de parentalité chez les personnes transsexuelles. C’est par la fiction qu’elle décide d’aborder le tabou des hommes enceints, sujet très peu représenté jusqu’ici qui est pourtant une réalité pour environ 2000 personnes par an aux États-Unis et davantage à travers le monde.
Le film traduit également la volonté de la réalisatrice de réintroduire une dimension humaine dans les débats actuels sur la GPA et la PMA, débats dont la violence et l’abstraction contrastent fortement avec le désir simple et universel de fonder une famille.
Afin d’incarner ce couple extra-ordinaire, Marie Castille Mention-Schaar a fait appel à Soko, la chanteuse et actrice déjà aperçue sur le tapis rouge grâce à ses prestations dans La Danseuse de Stéphanie Di Giusto ou encore Voir du Pays de Delphine et Muriel Coulin, deux films en sélection Un Certain Regard en 2016, ainsi qu’à son actrice fétiche Noémie Merlant. La cinéaste justifie le choix controversé de donner le rôle de Benjamin à une interprète non transsexuelle :
« Selon moi, il serait absurde, injuste et contreproductif de cantonner des acteurs trans à des rôles de trans, et le même raisonnement doit s’appliquer aux acteurs et actrices cisgenres. Car, avant son genre, son identité sexuelle, sa couleur de peau, un acteur ou une actrice est avant tout un acteur ou une actrice. Et je crois que le personnage qu’il ou qu’elle incarne a parfois besoin de son vécu mais avant tout de sa technique et surtout de son talent. » Marie Castille Mention-Schaar