Rencontre avec Song Kang-ho, membre du Jury des Longs Métrages
Si le cinéma coréen avait un visage, ce pourrait être le sien. En vingt-cinq ans de carrière, Song Kang-ho a tourné avec les plus grands réalisateurs de son pays natal, de Park Chan-wook à Hong Sang-soo en passant par Bong Joon-ho, qui a contribué à donner à sa carrière une trajectoire internationale. Deux ans après avoir triomphé à Cannes et dans le monde avec Parasite, du même Bong Joon-ho, l’acteur du cultissime Memories of Murder (2003) est membre du Jury des Longs Métrages. Il évoque pudiquement son parcours.
Vous avez débuté au théâtre. De quelle manière le cinéma vous a-t-il ensuite happé ?
Pour être franc, je n’ai jamais rêvé, ni planifié de devenir acteur de cinéma ou de télévision. Je voulais simplement être reconnu comme un bon acteur ! Travailler pour le théâtre a été une expérience difficile, mais j’ai énormément appris et je me suis épanoui. J’ai beaucoup aimé jouer sur les planches. Le cinéma s'est ensuite présenté à ma porte et les deux réalisateurs qui m'ont initié à ses rouages sont Hong Sang-soo et Lee Chang-dong.
C’est en effet Hong Sang-soo qui vous a offert votre premier rôle en 1996, dans Le Jour où le cochon est tombé dans le puits …
À l’époque, personne ne savait qui il était et je ne le connaissais pas non plus car c’était son premier film. J’ai obtenu le rôle après avoir passé une audition. C’était d'ailleurs un tout petit rôle. Le tournage du film a duré seulement trois jours !
À partir de N°3, la comédie de Song Neung-han dans laquelle vous interprétez un gangster, votre carrière explose, et notamment dans le thriller. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce genre de cinéma ?
Je ne le préfère pas davantage aux autres. Mais les personnages que j’acceptais d’interpréter dans ces thrillers avaient tous un trait d’humour qui infusait en eux et cela me plaisait. C’est principalement pour cette raison que j’acceptais de faire ces films.
Comment choisissez-vous vos rôles ?
C’est un processus assez complexe. Mes choix ont surtout à voir avec la confiance que j’accorde aux réalisateurs. Bien-sûr, le scénario a aussi son importance. Il faut que je me sente attiré par l'histoire du film. Il faut qu’elle ait un sens, du moins à mes yeux. Si tous ces critères sont réunis, rien ne m’empêche d’accepter la proposition qui m’est faite. Peu importe d'ailleurs si c’est un grand ou un petit rôle. J’aime me dédier totalement à un projet et pour cela, je préfère les prendre les uns après les autres.
Quel rôle de votre filmographie chérissez-vous plus particulièrement ?
Celui d’Im Dae-ho dans The Foul King, la comédie de Kim Jee-woon sortie en 2000. Le personnage que j’interprétais était très proche de qui je suis. Sous ses airs comiques, sa vie était celle d’un Monsieur tout le monde. C’est le personnage le plus proche de nos existences à tous, en Corée comme ailleurs, qui m’ait été amené de jouer. Même si son quotidien est difficile, il tente de s’en sortir. Même lorsqu’il échoue, il essaye de tirer quelque chose de positif de ses combats. Pour tout cela, j’ai une affection particulière pour ce rôle.
Vous avez travaillé avec les plus grands réalisateurs coréens. Lequel a le plus fait évoluer votre manière de jouer ?
J’ai en effet eu la chance de travailler avec de nombreux réalisateurs très talentueux. Parmi eux, quatre ont plus particulièrement influencé ma carrière d’acteur : Lee Chang-dong, Park Chan-wook, Kim Jee-woon et bien évidemment Bong Joon-ho. Tous ont une personnalité très intéressante et sont de merveilleux êtres humains. Ils ont tous le point commun d’avoir une vision très concrète des choses qu'ils souhaitent réaliser. Ils diffèrent cependant dans la manière qu’ils ont d’utiliser l’acteur pour donner vie à leurs personnages, si je peux me permettre de l'exprimer de cette manière.
Comment se porte la nouvelle génération d’acteurs coréens selon vous ?
Ma première impression, c’est qu’elle est très talentueuse dans de nombreux domaines. Elle s’inscrit à l’opposé des acteurs et des actrices de ma génération, qui débutaient généralement leurs carrières sur les planches. À mes débuts, on développait davantage nos qualités en franchissant les étapes d’apprentissage les unes après les autres. Aujourd’hui, la nouvelle génération investit le milieu du cinéma en possession de l’ensemble du bagage nécessaire pour percer. Cela m’impressionne énormément.
Pourrait-on vous voir un jour derrière la caméra ?
Ce n’est pas une chose impossible ! J’ai reçu tellement de suggestions pour devenir réalisateur. Mais avec le recul que j’ai sur ma carrière, je pense ne pas être assez talentueux pour ça. Pour le moment, je préfère me concentrer sur mon métier d’acteur en Corée, qui m’épanouit beaucoup. J’ai encore beaucoup de travail à accomplir avec ce costume !