Rendez-vous avec… Isabelle Huppert
Actuellement sur les planches de la Cour d’Honneur du Palais des Papes dans le cadre du Festival d’Avignon, Isabelle Huppert nous a fait l’honneur d’un aller-retour à Cannes, le temps d’une discussion avec Guillemette Odicino et Philippe Rouyer, quatrième « Rendez-vous avec » de cette 74ème édition. L’occasion pour elle, dans une discussion passionnante qui s’est tenue dans la Salle Buñuel, de revenir sur sa carrière d’actrice de cinéma et de comédienne de théâtre, et d’établir des liens entre ces deux formes de jeu.
À propos de ses choix de rôles :
Je suis moins intéressée par les rôles en tant que tels que par le regard, la construction subjective du metteur en scène, et par les états successifs dans lequel passe un personnage.
Sur sa vision du metteur en scène :
La vision du metteur en scène est à la fois contraignante et laisse place à une rencontre avec soi-même.
Sur les différences entre jouer au cinéma et jouer au théâtre :
Je ne fais aucune différence entre le jeu de cinéma et le jeu de théâtre. Le cinéma comme le théâtre, c’est de la forme, c’est faire croire à la réalité à partir de l’illusion.
Évoquant la relation entre un metteur en scène et son acteur :
Le cinéma c’est un langage en soi, et c’est à travers ce langage que le dialogue entre le metteur en scène et l’acteur se met en place. C’est plus que de la confiance, c’est une sorte de croyance que l’on doit avoir pour son metteur en scène. Quelque chose de l’ordre du mystérieux, au-dessus de soi.
« C’est plus que de la confiance, c’est une sorte de croyance que l’on doit avoir pour son metteur en scène. »
Masterclass - Isabelle Huppert © Mathilde Gardel / FDC
À propos des différences entre théâtre et cinéma :
Le théâtre, c’est un peu comme une terre en friche sur laquelle on crée un monde. Le comédien assiste à la création de ce monde, qui est en perpétuel changement à chaque représentation. Au cinéma, le monde se crée au montage. C’est définitif, et c’est ce qui va rester. Alors que le théâtre, c’est l’éphémère, et ça meurt.
À propos de Patrice Chéreau :
Il y a quelque chose qui m’a marqué chez Patrice : il m’a appris à baisser la tête, au sens propre. Il me répétait très souvent, trop souvent : « baisse la tête ! ». Je pense qu’il voulait atteindre une sorte de vulnérabilité chez moi.
Concernant sa vision de l’improvisation :
Le jeu doit avoir l’amabilité de faire croire au spectateur que c’est de l’improvisation, que le texte s’invente sous ses yeux.