Rencontre avec le Jury des Longs Métrages du 76e Festival de Cannes

Au lendemain de son arrivée à Cannes, le Jury des Longs Métrages de cette 76e édition, présidé par le cinéaste suédois aux deux Palmes d’or, Ruben Östlund, s’est présenté au complet face aux journalistes du monde entier. Il a livré son état d’esprit et rappelé que l’audace serait son mot d’ordre durant les douze jours de visionnage qui le mèneront jusqu’au Palmarès, le 27 mai prochain.

Julia Ducournau, sur sa désignation en tant que jurée des Longs Métrages

Lorsque Thierry Frémaux m’a contactée pour me proposer d’être jurée des Longs Métrages de cette 76e édition, je n’ai pas répondu au téléphone. Quelques jours plus tard, Vincent Maraval, mon producteur chez Wild Bunch, m’appelle pour me féliciter : c’est là que j’ai appris de quoi il en retournait ! J’ai tout de suite contacté Vincent Lindon, Président du Jury de l’année dernière, pour lui demander des conseils.

 

Ruben Östlund, concernant l’importance à ses yeux de se prémunir du consensus

Le consensus détruit l’audace ! Je souhaite encourager chacun des membres de ce jury à ne pas honorer le consensus. L’idée, c’est même de le rompre absolument ! Je souhaite que tout le monde se sente libre et ouvert.

 

« Il faut aborder ces films en suivant notre instinct et nous libérer du consensus. »

Cela permettra à chacun d’apporter quelque chose de différent à cette expérience. J’aimerais que tout le monde lutte pour ses idées.

 

Damián Szifron, au sujet des règles qui vont guider le Jury jusqu’au Palmarès

Nous avons évoqué ensemble, à notre arrivée, plusieurs règles et concepts qui vont venir encadrer nos réflexions et avec lesquelles je suis d’accord. Mais je crois qu’il nous faudra aussi prendre en compte les règles que les films nous dicterons. Certains films vont nous emporter et peut-être venir tout balayer pour instaurer de nouvelles règles. Il nous faudra jongler entre ces ressentis, qui nous contraignent, et une grande liberté d’expression.

 

Rungano Nyoni et sa façon d’aborder les films en Compétition

Je n’ai pas de stratégie pour faire la distinction entre les films. Comme l’a dit Ruben Östlund, il ne faut pas chercher à être supérieur sur le plan intellectuel.

 

Denis Ménochet, au sujet de sa manière d’aborder son rôle de juré

J’aime beaucoup mon métier, mais je ne souhaite pas aborder cette expérience en tant qu’acteur. J’ambitionne de la vivre comme un véritable spectateur. Je veux me laisser imprégner par les films.

 

Brie Larson, sur sa façon de vivre sa cinéphilie

Chaque film est une expérience unique. J’aime regarder un film sans avoir d’attentes, être surprise et ressentir toute l’émotion et la magie qui s’attachent à la réalisation. Je considère que réaliser un film est un exploit.

 

Ruben Östlund, sur les inégalités qui subsistent dans le monde du cinéma

Il faut avoir conscience de la question de l’inégalité hommes/femmes dans le cinéma pour mieux la combattre. Il y a également la question des différences de classe qui sont importantes. Les enfants des classes populaires ont plus de mal à devenir réalisateurs que les autres.

 

Atiq Rahimi, sur sa double casquette d’auteur/réalisateur

Le cinéma commence avec l’écriture. J’ai un regard à la fois de cinéaste et d’écrivain sur chaque film.

 

Maryam Touzani et la question du genre dans le cinéma

Selon moi, le cinéma ne relève pas du genre, mais de l’humain. Chacun fait ses films avec sa propre sensibilité.

 

Paul Dano, au sujet de la dimension internationale du Festival

Je suis le Festival depuis des années pour connaître les films étrangers à voir, même s’ils ne sont pas forcément bien distribués aux États-Unis. Le Festival de Cannes est une référence pour découvrir les bons films internationaux qui vont sortir durant l’année.

 

Julia Ducournau, sur ses souvenirs de la soirée au cours de laquelle elle a reçu sa Palme d’or pour Titane et sur l’importance de ce prix

J’ai peu de souvenirs de ce qui s’est passé ce soir-là car j’ai une mémoire essentiellement sensorielle. Mais cette expérience dans le jury va probablement raviver certains moments que j’ai oublié ! Remettre une Palme d’or à un cinéaste n’est pas un geste anodin car ce prix occasionne un vrai changement de vie. Je peux en témoigner. On évoque beaucoup l’aspect symbolique, mais je peux vous dire qu’une Palme, c’est tout sauf un titre honorifique. Il y a un poids et un sens derrière ce prix. C’est un tremplin colossal pour un cinéaste.