Rencontre avec Eva Green, membre du Jury des Longs Métrages
Aucun rôle ne résiste à Eva Green. L’actrice française peut troubler un agent 007 dans Casino Royale, tenir tête aux Trois Mousquetaires, se fondre dans la noirceur de Sin City ou viser les étoiles dans Proxima. Pour autant, après vingt ans de carrière, elle lutte contre son humilité et c’est peut-être là que réside sa véritable force.
Quand vous regardez votre filmographie, quel sentiment vous habite concernant vos choix et expériences ?
Je n’ai jamais eu de plan en tant qu’actrice. Ça dépend du désir des autres. En tout cas, j’ai de la chance de pouvoir faire ce métier. Je connais plein de camarades qui étaient en cours d’arts dramatiques, qui étaient plus talentueux que moi et qui ont été moins chanceux. On n’en parle pas assez, mais la chance est un vrai facteur dans ce métier.
En vingt ans de métier, avez-vous néanmoins acquis une certaine confiance en votre talent ?
J’aimerais dire qu’à 40 ans, j’ai la sagesse et le recul nécessaires, mais en même temps, le plaisir de ce métier, c’est qu’on se remet en question sans arrêt, il n’y a jamais rien d’acquis. C’est même moteur. Mais il est vrai que, quelquefois, j’aimerais moins me sentir usurpatrice, me dire que je mérite d’être là. Je suis à la recherche d’une certaine sérénité.
Quand tout a commencé, lors de vos études à Londres, aviez-vous conscience d’ouvrir le champ des possibles pour votre carrière à venir ?
Je voulais avant tout perfectionner mon anglais et c’était une grande opportunité. Je voulais aussi voir si ce métier me plaisait vraiment alors que je n’étais jamais montée sur scène. À vrai dire, j’ai suivi une amie qui voulait absolument faire ce métier. Mais c’était très violent parce que dans les écoles anglaises, le rythme est très intense : 8 heures de cours par jour et de nombreuses disciplines. C’était très éprouvant pour moi de faire des improvisations en anglais. C’était dur, mais nécessaire. Ces deux mois de formation m’ont confirmé que je pouvais prendre du plaisir dans cette voie et l’envisager.
Qu’auriez-vous fait si cette voie ne vous avait pas satisfaite ?
Je pense que j’aurais peut-être été professeure d’anglais. J’adorais l’anglais en général et j’adore encore aujourd’hui travailler sur la voix d’un personnage, sur son accent. Ça me permet de prendre une certaine distance et ça m’aide à être quelqu’un d’autre.
Avez-vous une approche instinctive de vos rôles ou préférez-vous les préparer méticuleusement ?
Un peu des deux. J’ai tendance à être presque trop cérébrale, par manque de confiance. Le travail en amont me rassure. D’autant que, de nos jours, il est rare qu’on répète, contrairement au théâtre. Souvent, quand arrive le premier jour d’un tournage, on n’a même pas fait de lecture. On se sent un peu plus armé et confiant quand on a préparé plusieurs routes pour le personnage.
Quel rôle vous a demandé une préparation particulièrement importante ?
Chaque rôle a plus ou moins son challenge. Ce n’est pas très excitant quand un rôle est trop facile. Mais je choisirais un personnage qui n’était pas au cinéma. Penny Dreadful m’a demandé une grande préparation. J’ai dû explorer des états extrêmes et c’est un personnage que j’ai travaillé pendant trois ans.
De façon générale, quels rôles vous attirent ?
J’aime quand ce n’est pas évident de prime abord, qu’il y a des secrets, différentes couches. Le défi, aussi, c’est de ne jamais se répéter. J’aime bien les femmes qui sont un peu viriles, qui ont des tripes, fortes mais avec une certaine fragilité. Et pourquoi pas, un jour, jouer avec une moustache !