De Harmonium à Quelques jours à Nagi : la rétrospective cannoise de Kōji Fukada
Cinéaste des sentiments, Kōji Fukada compte désormais parmi les fidèles du Festival de Cannes, et ce, depuis sa première venue en 2016 pour Harmonium, un thriller psychologique qui était reparti avec le Prix du Jury Un Certain Regard. Après Love on Trial, présenté l’année dernière à Cannes Première, le japonais revient en Sélection officielle pour la deuxième année consécutive, avec Quelques jours à Nagi (Nagi Notes), une chronique rurale hors du temps, présentée en Compétition. Retour sur le parcours cannois de Kōji Fukada.
Harmonium (Fuchi ni tatsu)
Prix du Jury Un Certain Regard, 2016
Dès sa première sélection au 69e Festival de Cannes, Kōji Fukada s’impose comme un cinéaste de l’intime, avec ce drame domestique, pour lequel il reçoit le Prix du Jury Un Certain Regard des mains de la Présidente, l’actrice suisse Marthe Keller. Harmonium met en scène un ancien détenu qui s’immisce progressivement dans une cellule familiale en apparence stable, jusqu’à la faire vaciller. Le cinéaste japonais instille là un trouble diffus, où le dilemme entre désir et culpabilité se fait de plus en plus palpable.
Suis-moi, je te fuis (Honki no shirushi)
Label Cannes 2020
Version cinéma en deux parties de sa série en dix épisodes The Real Thing, sortie au Japon en 2019, Suis-moi, je te fuis (suivi de, Fuis-moi, je te suis) constitue une véritable fresque sentimentale. À travers la rencontre d’un jeune homme ordinaire avec une femme qui ne cesse de lui échapper, le film traite l’obsession amoureuse. Sélectionné en Compétition lors de la 73e édition du Festival de Cannes annulée pour cause de pandémie, le film a reçu le Label Cannes 2020.
Love on Trial (Renai Saiban)
Cannes Première, 2025
En 2025, Kōji Fukada est de retour en Sélection officielle, avec un film au sujet plus politique. Projeté à Cannes Première et sorti en salles le 25 mars 2026, Love on Trial raconte comment une star de la pop se retrouve poursuivie en justice par sa propre agence pour être tombée amoureuse. Derrière cette idée qui relève en apparence de l’absurde, le film interroge la marchandisation des sentiments et met le doigt sur les contradictions d’une société codifiée.
Quelques jours à Nagi (Nagi Notes)
Compétition, 2026
Pour son entrée en Compétition, Kōji Fukada propose une chronique délicate, située dans le Japon rural, qui fait écho à un autre de ses films, sorti en 2013 : Au revoir l’été (Hotori no Sakuko), un récit estival aux influences rohmériennes.
Adaptée de la pièce de théâtre Tōkyō Notes d’Oriza Hirata, elle-même inspirée par Voyage à Tokyo de Yasujirō Ozu, l’intrigue de Quelques jours à Nagi est transposée dans un petit village des montagnes de l’Ouest du Japon.
À Nagi, loin du tumulte urbain, le film suit une architecte divorcée qui retrouve son ancienne belle-sœur, devenue sculptrice. Alors qu’elle accepte de poser pour cette dernière, ce qui devait être un court séjour devient une expérience suspendue. À mesure que les gestes se répètent, que les silences s’épaississent, un passé enfoui ressurgit peu à peu. Ici, Kōji Fukada laisse s’installer le temps… et les sentiments.
« Cette relation entre l’artiste, le modèle, et cet espace intermédiaire, la toile ou la sculpture […] a été très bien filmée par Jacques Rivette dans La Belle Noiseuse, […] qui m’a beaucoup inspiré. » – Kōji Fukada