Maverick: The Epic Adventures of David Lean, l’homme derrière le monstre de cinéma
Présenté dans la sélection Cannes Classics, Maverick: The Epic Adventure of David Lean ne se contente pas de retracer la carrière du réalisateur de Lawrence d’Arabie. Dans son documentaire, le réalisateur britannique Barnaby Thompson cherche surtout à comprendre l’homme qui se cache derrière le cinéaste. À travers des archives, des témoignages de cinéastes contemporains et la voix de Cate Blanchett, le film devient autant une réflexion sur l’héritage de David Lean qu’un portrait intime de ses fragilités.
Comment le réalisateur de Lawrence d’Arabie, du Pont de la rivière Kwaï ou de Docteur Jivago, une incarnation même du grand cinéma spectaculaire pouvait-il être en réalité un homme plutôt tourmenté incapable de trouver la stabilité dans sa propre vie ? C’est cette question que pose le documentaire. « Au départ, je pensais faire un film sur ce grand homme qui avait réalisé tous ces grands films », explique Barnaby Thompson. Le réalisateur raconte avoir été fasciné par l’histoire personnelle de Lean : un enfant élevé dans une communauté chrétienne très stricte, interdit de cinéma jusqu’à l’adolescence, dyslexique et en difficulté à l’école. « Le cinéma lui a littéralement ouvert le monde. »
Le documentaire établit constamment un dialogue entre la filmographie de Lean et sa vie personnelle. Une scène de dispute conjugale répond à une rupture. Une traversée du désert fait écho à sa solitude. Paradoxalement David Lean est un homme qui a réalisé certaines des plus grandes histoires d’amour du cinéma, mais qui semblait incapable de trouver le bonheur durable dans sa vie. « Je pense qu’au cinéma, il pouvait tout contrôler. La vraie vie, elle, est beaucoup plus compliquée. Il pouvait créer l’amour à l’écran, mais il ne savait peut-être pas vraiment à quoi ressemblait l’amour dans la réalité. » analyse Barnaby Thompson
“ David Lean représente l’expérience du grand écran dans ce qu’elle a de plus spectaculaire. Ses films rappellent pourquoi on va au cinéma. ”
Cette dimension intime contraste avec l’image monumentale laissée par le cinéaste britannique. Le documentaire réunit ainsi plusieurs réalisateurs contemporains, de Alfonso Cuarón à Céline Song, en passant par Francis Ford Coppola, Wes Anderson ou Greta Gerwig (présidente du Jury des Longs Métrages en 2024). Tous viennent raconter ce qu’ils doivent encore à Lean. « À un moment où le cinéma est en concurrence permanente avec le streaming et les petits écrans, David Lean représente l’expérience du grand écran dans ce qu’elle a de plus spectaculaire. Ses films rappellent pourquoi on va au cinéma. »
Barnaby Thompson dit avoir été marqué par les discussions avec les réalisateurs interviewés autour de la solitude du métier. « On imagine souvent les cinéastes comme des gens extrêmement sûrs d’eux, mais beaucoup parlent en réalité de peur, d’angoisse, d’incertitude. » Il cite notamment les confidences d’Alfonso Cuarón sur cette anxiété quotidienne avant d’entrer sur un plateau qui l’ont beaucoup touché.
Pour accompagner ce récit, Barnaby Thompson a choisi la voix de Cate Blanchett. Un choix pensé comme un contrepoint à la voix de Lean incarnée dans le film par Kenneth Branagh. « Je voulais une voix féminine parce qu’une grande partie de l’histoire de David Lean passe par ses relations aux femmes. Cate apporte quelque chose de très particulier : de la compassion, mais sans jugement. » La comédienne devient ainsi une passerelle entre l’âge d’or hollywoodien et le regard contemporain porté sur cette figure du cinéma classique
« J’espère surtout que le documentaire donnera envie aux spectateurs de revoir ses films. Ce documentaire est une déclaration d’amour au cinéma », résume Barnaby Thompson. Un hommage à David Lean, bien sûr, mais aussi à tous ces cinéastes qui continuent encore aujourd’hui de chercher, à travers les images, une manière de comprendre le monde et surtout eux-mêmes finalement ?