Sheep in the Box de Koreeda, l’enfant qu’on fabrique
En Compétition pour la neuvième fois , le cinéaste japonais Hirokazu Koreeda, multi primé à Cannes, offre avec Sheep in the Box, une nouvelle variation sur ses thèmes de prédilection : la perte et l’enfance. Il a filmé des enfants abandonnés, volés, échangés, nés sous X. Dans ce dernier opus, Koreeda filme pour la première fois un enfant “fabriqué”. Au sortir de la séance, avis de trois spectateurs.
Manon Sabrier Hirokazu Koreeda signe un film poétique sur le deuil qui retransmet bien les différentes étapes de ce dernier. Entre métaphores et références au Petit Prince, le réalisateur interroge notre besoin de garder vivants ceux qu’on aime après leur disparition. Du haut de ses 10 ans, le jeune acteur principal, Rimu Kuwaki, porte le film avec une grande justesse. Au-delà du thème de la perte, le film nous questionne sur ce futur très proche où l’IA et les robots seront omniprésents.
Piero Morseletto Le film se déploie sur plusieurs plans narratifs, tous empreints d’une forte charge symbolique et d’une profonde humanité. Le travail du deuil et le sentiment de culpabilité ; les métiers des deux parents (architecte, menuisier) comme rapport à la construction ; l’arbre, symbole de médiation entre l’humain et la nature ; la question de l’IA qui s’incarne dans nos vies. Le fil conducteur du Petit Prince se déploie tout au long du film, tandis que les contrastes propres à la filmographie japonaise (tradition et modernité, vie et mort, nature et artificialité) en irriguent chaque séquence.
Charlotte Pavard Ce qui m’a retenue dans Sheep in the Box, c’est ce que Koreeda fait dire à l’IA sur la nature. Le robot-enfant se tourne vers les arbres, vers la forêt, le film y revient sans cesse, comme si la nature était la seule réponse valable à la question que pose la technologie. Par ailleurs, les plans sur les visages, les images de forêt font écho, je trouve, aux dernières scènes de Monster (L’Innocence, 2023) : même lumière, enfants en plein air avec la notion du secret comme moteur du récit. J’aime bien cette respiration qu’il met dans ses films.