Ulysse : la lettre de Laetitia Masson

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Un Certain Regard clôt cette 79e édition avec Laetitia Masson, une cinéaste à l’image de la sélection, attentive aux nouvelles formes de récits et aux thématiques puissantes. La cinéaste présente Ulysse, l’odyssée d’un enfant porteur d’un syndrome génétique, de sa naissance à ses 18 ans. Qui de mieux placé qu’elle pour présenter son propre film ?

Je suis très heureuse de revenir à Cannes dans la section « Un Certain Regard » avec mon film « Ulysse », car il raconte exactement ça : une histoire de regard sur ce qui est différent.

C’est un projet inspiré de faits réels, très personnels. Le film raconte l’histoire d’un enfant singulier, et on suit son parcours jusqu’à ses 18 ans. Pourra-t-il trouver sa place dans le monde, malgré ses handicaps ?

Je voulais que le film soit un buddy movie où l’on voit l’enfant et sa mère, comme Charlot et le Kid, ou Don Quichotte et Sancho Panza, confrontés à des situations à la fois tragiques et comiques. Peu à peu, tout le monde les rejette mais ils tiennent parce qu’ils sont ensemble.

Je ne voulais pas réaliser un film naturaliste, sombre, plaintif, mais au contraire un vrai film romanesque, lumineux avec une dimension à la fois politique et poétique.

« Ulysse » pose la question de la normalité et interroge la société sur comment elle nous regarde, et ce qu’elle attend de nous, y compris des plus fragiles. Que cache un système qui se veut vertueux, protecteur, mais qui, au fond, est humainement aveugle ?

Et si j’ai proposé à Elodie Bouchez de jouer Alice, la mère d’Ulysse, c’est parce que je savais qu’il y avait en elle de la douceur, de la fantaisie mais surtout une profonde humanité justement, et qu’elle serait capable d’accueillir la singularité des enfants face à elle. Humanité que l’on retrouve chez Stanislas Merhar, Romane Bohringer, Gringe et bien sûr chez tous les enfants atypiques du film.