Film de guerre, patriarcat et art : rencontre avec Lukas Dhont

COWARD © AlineBoyen_theReunion

Après avoir remporté la Caméra d’or pour Girl (2018) et le Grand Prix pour Close (2022), Lukas Dhont revient en Compétition avec Coward. Le réalisateur belge réinvente le film de guerre et ose l’histoire d’amour douce-amère tout près de la ligne de front en 1916.

Quelle a été l’image à l’origine de Coward ?

Dans un magasin de livres, à Paris, j’ai découvert une photo en noir et blanc dans un livre. On y voyait des hommes qui dansaient sur un podium et, en regardant attentivement, ils portaient des jupes créées en sacs de sable et des bijoux faits de vieilles munitions. Quand j’ai commencé à en parler à des historiens, ils m’ont appris que de tous temps, dans toutes les armées, les hommes qui attendaient avant de retourner au front transformaient les outils de destruction en art pour trouver des échappatoires, même pour de brefs moments. Ce sont des images que je découvrais pour la première fois et c’était inspirant de les explorer dans un travail de mémoire.

Quelle masculinité avez-vous exploré dans ces personnages à la guerre ?

On vit dans un monde qui met davantage en avant les images de brutalité, de champ de bataille, de destruction, des images liées aux hommes et au patriarcat, plutôt que celles de coopération, d’émotions, d’intimité. Les hommes ont aussi essayé de s’exprimer plus librement. Dans les journaux de soldats, il y a des témoignages d’hommes qui dorment ensemble, couchent ensemble, un homme qui se déguise en maman pour donner un bisou aux autres au moment du coucher… Tout ça n’est ni une invention, ni une fantaisie.

Dans le film, où se situe la lâcheté évoquée par le titre ?

Il y a une pression derrière ce mot péjoratif. Le film traite du thème de la peur, celle liée à l’ennemi mais aussi la peur intérieure qu’on n’ose pas exprimer. Dans ce genre de film, le courage et la lâcheté sont toujours liés à la capacité de l’individu à devenir violent. C’est plus un questionnement qu’un jugement.

Comment avez-vous casté les deux personnages si opposés de ce film ?

Pour celui de Pierre, un garçon fermier, j’ai eu l’idée de visiter les écoles agricoles en Belgique. Emmanuel Macchia était dans la cour, il est venu me parler et ce qui était beau, c’est qu’il chuchotait. Et c’est tout à fait ça, le personnage de Pierre, quelqu’un dont la voix est perdue dans le groupe au départ. En contraste, le personnage de Francis est extraverti, on cherchait un danseur, un chanteur, un performeur. Ce n’était pas le métier de Valentin Campagne mais, quand il parlait et bougeait, on était curieux de ce qu’il pourrait faire ensuite. La combinaison de ces deux énergies créait un champ magnétique idéal pour raconter une histoire d’amour.