Mémoire de Festival Mise à jour : 08.12.17 . 10:53

La Reprise du projet en 1946

Affiche du Festival de Cannes 1946

Affiche du Festival de Cannes 1946 © Leblanc

La naissance du Festival est une histoire de ténacité et d’idéal. Malgré l’interruption du lancement de la première édition en 1939, Philippe Erlanger et les syndicats hôteliers de Cannes restent convaincus que cette manifestation d’envergure mondiale est nécessaire à la lutte antifasciste et à l’apaisement du vieux continent, en même temps qu’elle serait une belle opportunité de faire rayonner la perle méditerranéenne et ses charmes touristiques à l’international. Ils conjuguent donc leurs efforts pour maintenir l’organisation de l’événement et le reprogrammer, d’abord à Noël 1939, puis au mois de février, et finalement pour Pâques 1940.

Des conjonctures défavorables à la reprise

Soucieux de ménager des relations diplomatiques déjà tendues, le Conseil a posé le préalable de l’accord et de la participation de l’Italie. Contre toutes attentes, le gouvernement transalpin donne son autorisation avec, pour condition, que le Festival ne se déroule pas en même temps que la Mostra. Une excellente nouvelle pour les organisateurs, même si beaucoup de difficultés restent encore à lever. L’économie est très touchée, le tourisme est au plus bas et dans une France mobilisée, les transports publics sont réservés en priorité aux déplacements militaires. Les denrées coloniales comme le sucre, l’huile ou le riz viennent à manquer et le ravitaillement devient de plus en plus difficile 1 En mai, le pays est envahi par les Allemands. Cannes reste en zone libre, mais le 10 juin 1940, Mussolini déclare la guerre à la France et à la Grande Bretagne, mettant fin aux velléités de reprise du Festival.

Suivront les années d’occupation et de pénurie : le manque de ressources, de matériel et d’insouciance nécessaires à l’organisation de la manifestation signent le report durable du Festival. Les professionnels du cinéma sont mobilisés, des salles ferment faute de personnel, le service cinématographique de l’armée prend du service. Dès juillet 1940, le Docteur Dietrich, directeur du service du Cinéma de la propagande Allemande, prend la production française sous son contrôle avec la Continental, société de droit français créée par Goebbels avec des fonds Allemand et dirigée par Alfred Greven. La censure, la répartition des matières premières, l’interdiction de travailler pour les professionnels de confession juive et l’interdiction de distribuer des films antérieurs à 1937 sont autant de mesures qui  permettent de museler le cinéma français 2.  D’origine juive, Philippe Erlanger est contraint de se cacher pour échapper aux autorités qui le recherchent en raison de son implication dans l’organisation d’une manifestation concurrente de Venise. Il trouve refuge au Grand Hôtel de Cannes tenu par son ami Henry Gendre avant de fuir en Gascogne jusqu’à la Libération.


« Le deuxième premier Festival de Cannes »

Il faudra attendre 1945, dans une France tout juste libérée, pour que Philippe Erlanger reprenne la tête de l’Association Française d’Action Artistique et l’organisation de ce qui sera le « deuxième premier Festival de Cannes ». A ses côtés,  Jean Painlevé qui a pris la tête de la Direction de la Cinématographie, puis Michel Fourré-Cormeray qui le remplace en mai 45, et l’équipe reformée de 1939 avec, en son sein, Suzanne Borel qui en décembre 1945 épouse Georges Bidault, Ministre des Affaires étrangères, qui sera un appui favorable au projet.

Entre 1945 et fin 1946, ce comité doit faire face à de nouvelles difficultés. L’Europe est à terre, divisée et démolie, participer au Festival de Cannes n’apparait pas comme une priorité. Des centaines d’invitations sont envoyées mais les réponses tardent à venir et le Festival initialement prévu pour 1945, puis mars 46, se déroulera finalement en septembre 1946. Dans l’intervalle, il faut agir pour tout mettre en place malgré les restrictions. Le Casino, lieu pressenti pour accueillir la manifestation, garde les traces des combats. Les hôtels sont occupés par les américains. Malgré l’aide de l’Etat, les fonds ne sont pas suffisants pour reconstruire Cannes, marquée par les bombardements.

 

Des efforts conjugués autour du berceau

Le 23 juin 1946, le Dr Picaud, maire de la ville, lance alors un appel citoyen pour « mettre en état nos jardins, nos esplanades et nos plages du Boulevard Jean Hibert » 3. De nombreux bénévoles mettent la main à l’ouvrage. Une souscription publique est ouverte et réunit plus d’un million de francs grâce à la participation du syndicat du bâtiment, des boulangers, des agences immobilières, des chauffeurs de taxi entre autres donateurs.

Des accords avec la municipalité et la direction du Casino Municipal sont conclus pour aménager le Hall en salle principale de projections et de cérémonies. Le Comité de Coordination du Festival du Film tente de résoudre les derniers détails pour la bonne organisation touristique. Enfin, la mise en place d’un train spécial à disposition des invités, des journalistes, et des vedettes est négociée par le comité avec la SNCF.

Lettre du Comité de Coordination du Festival du Film au Comte D’Hebermont, Directeur du Comité d’accueil, dans laquelle sont détaillées les mesures à prendre pour la bonne marche du Festival © FDC

La compétition comptera 19 pays et un jury international présidé par Georges Huisman. Le Festival est à la veille de sa seconde naissance officielle prévue pour le 20 septembre 1946.
 

Plusieurs affiches promeuvent le premier Festival de Cannes comme une invitation au voyage, vantant l’aspect méditerranéen ainsi que le caractère international de la manifestation.

Affiche Officielle © Leblanc

1- SCHOR Ralph, Nice et les Alpes- Maritimes, de 1914 à 1945 C.R.D.P de Nice, 2e édition, P199 cité dans Le Festival de Cannes sur la scène Internationale de Loredana Latil, Editions Nouveau Monde, p.68
2- LE ROY Eric, "Quand les nazis pilaient le cinéma français" in L’arche n°501/ Novembre 1999
3- BRUN Mario, BRESSON Jean, Les vingt marches aux étoiles, la fabuleuse histoire du Festival de Cannes, Editions Alain Lefeuvre, 1982, p. 32
Illustrations:
Lettre du Comité de Coordination du Festival du Film au Comte D’Hebermont : Archives Administratives du Festival consultables à la Cinémathèque Française: FIFA 30 B5
Lettre de Robert Favre Le Bret destinée à Monsieur Lemaire, Directeur Général de la S.N.C.F : FIFA 35 B5

Rédigé par Camille Périssé

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Mémoire de Festival En salles le 25.04.17

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