Giovanna Mezzogiorno : « Les films historiques contribuent à maintenir un pays culturellement en vie »
Révélée en 2001 dans Solo un baccio, le long métrage de Gabriele Muccino, Giovanna Mezzogiorno a grandi sous l’œil des caméras de Ferzan Ozpetek, Cristina Comencini, ou Wim Wenders. En 2009, elle impressionne avec son interprétation dans Vincere, le long métrage de Marco Bellocchio présenté en Compétition. Cette année, elle est apparue à l’affiche de La Prima linea, panorama incisif du terrorisme qui a rongé l’Italie des années de plomb. Entretien avec une actrice engagée.
Un an après votre rôle dans Vincere, présenté ici-même en Compétition, vous êtes membre du Jury des longs métrages. Quel sentiment vous a animé au moment de passer de l’autre côté du miroir ?
J’ai ressenti beaucoup d’excitation car c’est une occasion unique pour vivre de l’intérieur cet événement cinématographique incontournable qu’est le Festival de Cannes. Dans une carrière, c’est une expérience superbe au niveau artistique, professionnel, mais surtout humain. Lorsque l’on vient ici pour présenter un film, on est en général très secoué par toutes les sollicitations. Cette fois, j’ai réellement pu m’imprégner de l’esprit et de l’âme du Festival. Jusqu’à présent, je me suis efforcée de ne pas juger les films en tant qu’actrice, mais plutôt en tant que spectatrice. C’est la façon la plus honnête que j’ai trouvé afin de remplir pleinement ma tâche.
Quel souvenir gardez-vous de votre passage à Cannes pour Vincere ?
Je me souviens que nous avons été particulièrement fiers de présenter ce film à Cannes. Cela a été un très grand moment pour toute l’équipe car nous avions mis beaucoup de passion à le réaliser. La presse française et internationale a accueilli Vincere de manière extrêmement positive. Pour ne rien vous cacher, nous avons tous été très déçus que le film n’ait pas remporté de prix.
Lorsqu’elle évoque le cinéma italien, la critique le décrit fréquemment comme un phœnix qui renaît perpétuellement de ses cendres. Qu’en pensez-vous ?
Le cinéma italien sait en effet parfaitement bien se renouveler. Il possède à l’heure actuelle de très bons auteurs et une nouvelle génération d’acteurs très intéressante. Mais ne bénéficiant pas d’un appui financier suffisant, il traverse une crise économique qui le plombe de manière inquiétante. Au point qu’il n’est pas facile de l’exporter vers l’étranger. Pour couronner le tout, le public italien n’est pas amoureux de son cinéma.
Comment expliquez-vous ce besoin de plus en plus fort des cinéastes italiens de revenir sur le passé de leur pays ?
Les films historiques présentent à mon sens un caractère essentiel car ils contribuent à maintenir un pays culturellement en vie. Il est primordial de continuer à faire ce genre de films, même s’ils sont moins prisés du grand public. De nos jours, le spectateur a besoin être stimulé pour s’intéresser à l’histoire de son pays. L’Italie contemporaine a besoin de comprendre ce qui s’est passé durant ces trente dernières années. Elle exprime cette volonté à travers son cinéma.
Quel film du 7ème Art hante encore votre mémoire d’actrice ?
Je citerais spontanément Le choix de Sophie, d’Alan J. Pakula (1983). L’interprétation de Meryl Streep est tout simplement divine. Ce long métrage a énormément compté pour me forger une vision de mon métier car il contient des moments d’actrice extraordinaires. C’est l’un des films que j’ai le plus décortiqué pour comprendre ce qu’est réellement une actrice.
Si vous ne deviez emporter qu’un seul film dans vos bagages, lequel choisiriez-vous ?
Ce serait sans hésiter Brazil, de Terry Gilliam. Pour moi, il fait partie des films incontournables pour se distraire en vacances !
Quelle ambiance règne au sein du Jury ?
L’atmosphère est très sereine. Nous n’avons pas encore commencé à nous entretuer ! Plus sérieusement, c’est pour moi une expérience incroyable que d’avoir pu travailler avec Tim Burton. Le Festival de Cannes est l’exemple type d’une passion qui perdure avec constance, cohérence, et respect. J’espère y revenir très vite avec des films en compétition. Ma présence au sein de ce Jury restera un moment que je n’oublierai pas.
Propos recueillis par B.P.