La Palme d’or, et après?

Le 23 mai dernier, Apichatpong Weerasethakul reçoit la Palme d’or pour son film Uncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures).
« C’est un moment important pour l’histoire du cinéma Thaïlandais, c’est une grande première« , déclare alors le cinéaste thaïlandais qui n’avait pas de distributeur français avant le début de la Compétition cannoise…

Aujourd’hui c’est chose faite, le film a été aussi distribué dans de nombreux pays – il est déjà sorti en Belgique, en Italie, aux Pays bas, en Turquie et assez récemment au Danemark, au Royaume Uni, en Espagne – et il a été montré dans de nombreux Festivals de par le monde.
Six mois après, Apichatpong voyage beaucoup, et il revient sur son parcours après l’obtention de la Palme.

3 questions à Apichatpong Weerasethakul

Comment se sont passés les mois qui ont suivi l’obtention de votre Palme d’or ?

J’ai obtenu beaucoup de miles ! Et cela m’a assez désorienté de vivre dans des hôtels. Je ne peux pas me plaindre parce que j’ai rencontré beaucoup de gens très intéressants, un noyau dur de spectateurs qui en savaient plus sur mon travail que moi-même !

Pensez-vous que ce prix va changer votre carrière de cinéaste ?

Certainement. Mais par contre, je pense que cela ne changera pas la façon dont je fais des films. Je peux dire maintenant d’une manière plus assurée que je suis cinéaste. Le changement qui s’est fait est donc plus intérieur.

Est-ce que votre Palme d’or va influencer le cinéma en Thaïlande ?

Le jeune cinéma, oui.

 

 

 

 

3 questions à Eric Lagesse, Distributeur, Pyramide Films

En quoi cela change de distribuer un film d’auteur qui a obtenu la Palme d’or ?

En tant que distributeur, recevoir la Palme d’Or c’est déjà une grande satisfaction qui pourrait s’apparenter à celle que doit ressentir le responsable d’une maison d’édition qui obtient le Goncourt… Mis à part ce sentiment personnel, c’est un spot géant qui se porte sur un seul film, film qui devient alors un « incontournable ». On l’aime ou on ne l’aime pas mais il existe et les portes s’ouvrent : soutien sans conteste de l’Afcae (Association Française des cinémas d’arts et d’essai), toutes les salles de Paris et de Province veulent le programmer et le film a longtemps tourné partout en France, parce que les exploitants souhaitent « avoir » la Palme d’Or. En tant que distributeur, c’est un grand confort, il faut juste ne pas répondre « oui » à tout le monde lorsqu’on a un film dont on sait qu’il est exigeant afin de ne pas le « sur programmer ». Vis à vis des spectateurs, il y a aussi un réel attrait qui me semble de plus en plus affirmé vis à vis de la Palme d’Or. C’est le film qu’il faut voir. On achète la Palme comme on achète le Goncourt.
Si les chiffres des précédents films d’Apichatpong voulaient dire quelque chose, on peut tout de même noter que son film palmé a permis à son auteur de multiplier par 5 son meilleur score jusqu’à présent. Dans l’absolu, c’est considérable.

Quel a été l’accueil du film ?

En France, l’accueil presse a été magnifique, à 80%. Le plus important pour moi, en tant que distributeur, c’est que les articles donnaient envie de voir le film, ils parlaient d’expérience unique, de voyage initiatique, de karma, de réincarnation, de bouddhisme. Ce sont des mots qui aujourd’hui motivent les spectateurs. Je ne peux pas dire que le public s’est rué sur le film mais je pense que notre campagne associée à la Palme a permis à un public plus large de découvrir un grand auteur de cinéma et un film magique.


Et quel a été le parcours du film dans les autres festivals ?


Le film a été dans les divers festivals : à Toronto, à New York, Rio de Janeiro, Edmonton, Londres… En tant qu’exportateur, je pense que c’est un film qui a dû être demandé par tous les festivals de la Terre. Joe n’a pas arrêté de voyage pour présenter son film partout. Après, dans la mesure où, je pense que le film a été extrêmement bien vendu (encore un atout de la Palme), le film est de ce fait présenté dans les festivals par ses distributeurs locaux…