Marco Bellocchio : « Le surréalisme a beaucoup influencé ma façon de mettre en scène »

Le réalisateur Marco Bellocchio (© AFP)

Un moment de cinéphilie à l’écart du tumulte du Festival. Une parenthèse d’intimité, l’espace d’une conversation. Le cinéaste italien Marco Bellocchio s’est prêté avec enthousiasme à la traditionnelle Leçon de cinéma. L’occasion, pour le réalisateur de Vincere, présenté en Compétition en 2009, de livrer sa vision du cinéma. Voici les meilleurs moments de cet échange.

 
Le cinéma, comme une évidence pour s’affranchir de la solitude :
Ma vocation première a été de devenir peintre, mais j’ai abandonné cette idée vers 19 ans car la solitude qui le caractérise m’a fait peur. De son côté, le cinéma impose un contact avec les gens. Le 7ème Art a été pour moi un moyen de m’éloigner de cette peur. Après une année de formation d’acteur au Centro Sperimentale de Rome, je me suis tourné vers la mise en scène.
 
L’influence du dessin et de la peinture sur la genèse de ses films :
Je dessine souvent pour passer le temps en attendant les réponses des producteurs et des acteurs à qui je soumets des projets de films (rires). Ce procédé me permet de m’imprégner du film. Souvent, ces dessins ne me servent plus au moment du tournage car c’est le moment où beaucoup de choses changent. La peinture, et en particulier le surréalisme, ont beaucoup influencé ma façon de mettre en scène. Aujourd’hui plus qu’hier, ce sont les images que j’ai en tête qui m’inspirent pour faire un film.
 
Londres, lieu clé de l’écriture de son premier scénario :
Après ma formation à Rome, j’ai quitté l’Italie pour Londres et la London Film School. J’avais besoin de m’éloigner de la capitale italienne. C’était le temps de la folie des Beatles. Pour ma part, j’ai préféré les concerts de piano classique. L’atmosphère londonienne m’a beaucoup inspiré pour le scénario de mon premier long métrage, Les Poings dans les poches (1965).
 
Son premier film :
J’ai cherché à mettre en scène une idée personnelle car j’avais besoin de me découvrir en tant que réalisateur. Quand je suis retourné en Italie, personne n’a voulu de mon scénario. J’ai donc emprunté de l’argent pour mener à bien le projet. Ce film a été une très bonne affaire car j’en possédais tous les droits (rires).
 
Son premier film en couleur :
La couleur est arrivée sur Au nom du père (1971). Nous avons travaillé de manière très compacte, avec très peu de couleurs. Le résultat final s’est rapproché d’un tableau expressionniste coloré.
 
Sa gestion des scénarios et des acteurs :
Pour moi, il n’y a pas de règle absolue. Je ne verrouille jamais les scénarios pour laisser le champ libre aux acteurs. Je ne leur parle pas beaucoup, mais j’insiste sur des détails, car il suffit parfois d’une ou deux phrases pour éclairer le jeu d’une scène.
 
Le tournage, où tout se joue :
Un film se joue principalement sur le tournage. C’est là que l’on découvre s’il part dans la bonne direction ou pas. Je ne fais pas beaucoup de prises comparé à certains réalisateurs. Ensuite, le montage peut sauver des choses, mais il est parfois trop tard.
 
Propos recueillis par B.P.