Entretien avec Jude Law
Le comédien et producteur anglais Jude Law était déjà à Cannes en 2007 pour présenter le film de Wong Kar Waï, My Blueberry Nights, qui faisait l’ouverture du 60e Festival de Cannes. Cette année, il revient en tant que membre du Jury des Longs-métrages.
Il se prête à une interview, avec tout le charme qu’on lui connait…
Qu’avez-vous ressenti quand le Festival vous a proposé d’être membre du jury?
J’étais évidemment très content, excité et comme toute chose qu’on n’a jamais fait avant, un peu nerveux ! Et chaque jour a dépassé mes attentes, je suis en train de vivre une des meilleures expériences de ma vie. C’est très important, émouvant même, d’avoir l’opportunité de se concentrer vraiment sur les films en tant qu’art, d’avoir la responsabilité d’en discuter avec des personnes formidables, de voir des films qui viennent de partout dans le monde, et qui ont une diversité incroyable. C’est un rappel du moyen d’expression important, spécial et puissant qu’est le Festival. J’ai beaucoup de chance.
Vous avez joué dans Gattaca avec Uma Thurman (1997) et elle est membre du jury à vos côtés. Avez-vous une anecdote sur votre travail ensemble ?
C’était l’un de mes premiers films, cela date déjà! C’était mon premier film aux Etats-Unis, à Hollywood. Uma et Ethan étaient déjà des comédiens connus. Mon souvenir le plus marquant est de conduire des voitures magnifiques avec ces deux personnes incroyables, et j’avais ce sentiment d’être dans un fantasme, celui que tout le monde a à propos du cinéma hollywoodien. Ils étaient tous les deux vraiment chaleureux et m’ont aidé par rapport à mon manque d’expérience.
Qu’est-ce que le Festival apporte au cinéma, selon vous ?
C’est un festival très important. Si on met de côté les fêtes, le glamour et les affaires qui sont conclues ici, ce que j’ai appris cette année est la célébration de l’art, un rappel de ce qui peut être novateur, un art stimulant qui parle un langage universel. C’est aussi l’art de raconter une histoire, très complexe, et si importante. On a toujours eu besoin de notre imagination et des histoires, qu’on soit assis autour d’un feu de camp ou dans le Palais à regarder des films.
Dans ce Jury, vous êtes entourés d’artistes venant du monde entier, est-ce que cela vous donne envie de jouer dans des films de réalisateurs étrangers ?
Absolument ! J’ai appris tellement de choses à propos de réalisateurs que je ne connaissais pas. J’ai toujours voulu jouer dans un film dans une autre langue. En français, ça serait peut-être le plus facile, parce que je parle un peu français – mes parents vivent ici, ce qui me donne l’occasion de l’apprendre et de l’améliorer. Travailler dans une langue étrangère pourrait être une vraie source d’inspiration, une opportunité de dépasser mes limites, ça serait sûrement une très bonne expérience.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire des films ?
J’étais un très grand fan de cinéma, j’adorais ça. J’adorais la proximité physique, quand on est dans le noir et qu’on nous raconte une histoire ! Et j’ai toujours aimé faire partie de ces histoires.
Quelle est votre premier souvenir de cinéma ?
Charlie Chaplin, je crois. Mon père avait l’habitude de projeter ses films sur le mur lors de fêtes. C’est un souvenir très fort. Et Harold Lloyd.
Il y a beaucoup de films que je pourrais regarder encore et encore, pour n’en citer que deux : Le Voleur de bicyclette et Luke la main froide.
Vous jouez également au théâtre, à Londres ?
J’ai commencé ma carrière sur scène, je n’ai pas tourné de films avant mes vingt ans. Et à l’époque, je ne pensais pas travailler en cinéma parce que là où j’ai grandi à Londres, c’est un monde qui paraissait vraiment lointain ! Même si j’aimais ça, ça ne faisait pas partie de mon environnement.
Le théâtre, pour moi, est un lieu où je me sens toujours libre pour m’exprimer. J’aime l’exigence que cela demande à un acteur, le direct, avoir la chance, une fois que le rideau est levé, de vivre cette magie et ce sentiment que quoi qu’il arrive, on ira jusqu’au bout. J’aime aussi la sensation de redécouvrir le rôle tous les soirs, avec un public différent, l’atmosphère, l’humeur de la salle… Tout a une influence sur l’interprétation. Le théâtre est vraiment très important à mes yeux.
Quels sont vos projets?
Je joue dans une pièce d’Eugene O Neill qui s’appelle « Anna Christie » au Donmar Warehouse à Londres cet été, cela commence en août. Et je vais ensuite jouer dans le film de Joe Wright sur Anna Karenine.
Qu’est-ce qui vous inspire ?
Mes enfants, les réalisateurs, les artistes…
Vous aimez l’idée de transmettre l’amour du cinéma à vos enfants ?
Oui, j’adore montrer des films à mes enfants. Et j’aime les entendre me raconter les films qu’ils ont vus. En ce moment, je vis une période très particulière car mon fils aîné a quatorze ans, alors je peux lui montrer tous les films que je voyais à son âge, ceux qui m’ont donné l’amour du cinéma. C’est une opportunité pour moi de lui faire connaître de très grands réalisateurs qui m’ont inspiré. C’est merveilleux. Faire découvrir un film, expliquer ce que cela signifie à vos yeux, c’est un véritable cadeau.
Propos recueillis par E.B.