Entretien avec Michel Gondry

Michel Gondry © P.Clain

Le cinéaste d’Eternal Sunshine Of The Spotless Mind (2004), Be Kind, Rewind (2007), et The Green Hornet (2011), atypique bricoleur d’images et touche-à-tout de la réalisation (Clips, publicités…), préside cette année le Jury des Courts-Métrages et de la Cinéfondation. Entretien sans langue de bois.

Comment avez-vous appréhendé le rôle qui vous a été confié par le Festival de Cannes ?
Je suis très honoré d’avoir été sollicité pour remplir cette tâche, mais j’avoue avoir été un peu angoissé car je suis quelqu’un qui n’a pas une opinion immédiate et très marquée sur les choses. Je ne suis pas non plus à l’aise pour juger le travail des autres. Je pense d’ailleurs qu’il faut davantage encourager la participation et moins la compétition. L’Usine de films amateurs s’inscrivait dans cette veine-là. C’est peut-être parce que j’ai toujours perdu aux jeux de société et qu’au bout d’un moment, ça devient vexant ! J’ai donc évolué contre nature mais je l’ai fait de bon cœur.

Quel souvenir gardez-vous de vos précédents passages au Festival de Cannes, de Human Nature (2001) à L’Epine Dans Le Cœur (2009) ?
Un souvenir terrible. J’étais assez mal à l’aise. Je me souviens avoir refusé de mettre les chaussures et le costume adéquats. Cela m’a valu d’être viré de ma propre fête ! J’ai dû rentrer à l’hôtel, mais j’avais oublié mes clefs. J’ai donc erré dans les rues comme un malheureux. Cannes n’est donc pas le coin de France que je préfère, contrairement à Paris, la Bretagne ou les Cévennes !

Selon vous, le court-métrage a-t-il la place qu’il mérite dans le cinéma d’aujourd’hui ?
Il est trop rarement montré à mon goût. Il devrait l’être plus systématiquement en première partie des films dans les salles de cinéma. C’est un format que j’utilise plus souvent qu’auparavant car il me permet de tourner des sujets plus simples. Je préfère investir dans ce genre de projets plutôt qu’acheter des voitures coûteuses ou des appartements luxueux ! Il est intéressant de s’exprimer sur une durée déterminée mais cette démarche comporte une part de danger. Comme pour une publicité, le message doit passer très rapidement et le résultat donne parfois une idée un peu trop schématique de la vie et de sa réalité. Les court-métrages qui plaisent beaucoup au public sont ceux qui fonctionnent sur une chute très forte.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune cinéaste ?
Je suis toujours assez gêné lorsque l’on me demande des conseils, mais en général, j’en donne deux. Le premier, c’est de terminer ses projets. On les abandonne souvent par peur de l’échec. Pourtant, on apprend parfois plus d’un film raté, qu’il soit court ou long. Le second, c’est de commencer un projet ! Je tiens à cet ordre des choses. Il est très important de se lancer, de s’exposer, de se mettre à nu. Nous avons la chance de faire un métier génial. Mais en contrepartie, nous sommes constamment jugés. Je crois enfin que faire le casting de ses acteurs est ce qu’il y a de plus formateur pour un jeune réalisateur. Surtout quand on est quelqu’un d’assez timide qui, comme moi, n’a pas la mentalité du moniteur de colonie de vacances !

Un premier film doit-il nécessairement être réussi ?
Il peut s’avérer dangereux pour un cinéaste naissant de démarrer son parcours avec un premier film très réussi car il peut le porter longtemps comme un boulet. La pression de devoir refaire aussi bien est ensuite constante. C’est un peu le cas pour moi avec Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, qui est en général mon long-métrage le plus apprécié. Les gens me reprochent de ne pas avoir continué à faire le même type de film.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des technologies en lien avec le cinéma ?
On me considère parfois comme un nostalgique. Je ne suis pourtant pas en réaction contre les technologies modernes. Ce n’est pas parce qu’un format est créé que tout ce qui a été fait dans le format précédent doit être oublié. Des tas de films que l’on ne trouve pas encore en DVD sont disponibles en vidéocassette.

À votre avis, à partir de quel événement ou invention y a-t-il eu un avant et un après dans l’histoire du cinéma ?
L’apparition du son a au départ fait un peu régresser le cinéma, qui tout d’un coup a ressemblé un peu à du théâtre. Aujourd’hui, beaucoup associent la 3D à l’avenir du cinéma. Elle marche très bien par rapport aux images arrêtées. Mais je ne sais pas si elle va se pérenniser. C’est une notion qui disparait après une dizaine de mètres ou lorsque l’on bouge la caméra. C’est néanmoins une technique qui m’a beaucoup intéressé. Je l’ai d’ailleurs utilisée pour The Green Hornet.

Votre travail accorde une place importante au rêve et à l’imaginaire. Le cinéma est-il trop sérieux à votre goût ?
Je vois au contraire beaucoup de films réalistes qui m’impressionnent et qui me passionnent car j’y trouve cette capacité à capter le réel et à le retranscrire en faisant oublier aux gens que ce sont des acteurs qui jouent des rôles. Je me sens entièrement écrasé et dépassé par les cinéastes qui ont ce talent. Pour ma part, je suis plus à l’aise lorsqu’il s’agit de faire fonctionner mon imagination et créer un univers pas forcément réaliste.

Propos recueillis par B.P.

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