Entretien avec Olivier Assayas

Olivier Assayas © AFP

Réalisateur français fidèle à Cannes, Olivier Assayas qui était présent Hors Compétition en 2010 avec Carlos, profite d’un intermède avant la réalisation de son prochain film Après Mai, pour rejoindre le Jury des Longs Métrages du 64e Festival sous la présidence de Robert De Niro. Entretien.

Vous faites partie cette année du Jury des films en Compétition sous la Présidence de Robert De Niro, est-ce que vous avez déjà eu l’occasion de le rencontrer ? Qu’évoque-t-il pour vous ?
Non, on ne s’est jamais rencontré mais il évoque évidemment beaucoup de choses. Il me vient tout de suite les films qu’il a faits avec Martin Scorsese, bien sûr, à la fois Raging Bull, Taxi Driver et The King of Comedy, qui sont pour moi des chefs d’œuvres et des films qui ont été marquants dans mon rapport au cinéma.

Qu’en est-il des autres membres du jury ? Que vous inspire cette réunion internationale de personnalités du cinéma ?
Il y en a plusieurs que je connais et que j’estime beaucoup. J’étais dans un jury avec Uma Thurman à Venise il y a quelques années et on s’était très bien entendu. J’ai la plus grande estime pour le travail de Mahamat Saleh Haroun et de Johnnie To. Avec Nansun Shi, on se connaît depuis que j’écrivais sur le cinéma asiatique au début des années 80, ce qui ne rajeunit personne ! J’ai aussi beaucoup d’amitié pour Martina Gusman dont j’aime le travail, en particulier dans les films de Pablo Trapero.

Vous allez représenter le regard français de ce jury, en quoi peut-il être différent ou complémentaire de celui des autres ?
Je trouve que précisément sur les films français, il faudra savoir écouter ce que diront les jurys internationaux. Les films français sont tout de suite placés dans des cases, des strates ou des clans de cinéma… Le regard qu’on pose dessus n’a pas la même naïveté ou inconséquence que celui qu’on peut avoir sur les films internationaux. C’est la chose dont je voudrais justement m’abstraire, oublier ma connaissance du cinéma français et arriver à regarder ces films comme des films internationaux, avec la même absence de culture locale.

Vous avez-vous-même présenté de nombreux films à la Sélection officielle, dont 5 en Compétition, quelles souvenirs ou anecdotes en gardez-vous? Que symbolise le Festival à vos yeux ?
J’ai l’impression d’avoir vécu Cannes sous tous ses aspects : comme adolescent cinéphile, court-métragiste, critique de cinéma, scénariste, réalisateur… Le fait de rester cette fois-ci pendant toute la durée du Festival et de pouvoir regarder tous les films et les aimer, ne me renvoie pas à la période où j’y venais comme réalisateur, où on reste 3 jours, on fait beaucoup de protocole et de presse, on n’a rien le temps de voir et on en repart extrêmement frustré. Là, je reste, je vois tout, un peu comme quand j’étais journaliste et de ce point de vue là, il y a quelque chose qui me renvoie au passé.

Et justement, cette position de juré, comment l’appréhendez-vous ?
Par goût, j’ai toujours préféré être jugé que juger les autres. C’est élémentaire, quand on est artiste, c’est bien de ça qu’il s’agit. Au fond, ce jury étant intéressant et équilibré de façon stimulante, ce n’est pas seulement la question du jugement mais celle de la discussion avec des gens qui tous auront sûrement des points de vue très articulés…. Il y a un vrai plaisir à ça. J’espère qu’il en sortira le meilleur.

Attendez-vous quelque chose, a priori, des films que vous allez voir ?
D’être surpris bien sûr, il n’y a que ça qu’on peut désirer !

Comment doit être un film pour vous toucher ? Et comment le défendriez-vous ?
J’ai des goûts très éclectiques et pas d’apriori esthétiques ou moraux sur le cinéma. Le cinéma le plus personnel ou au contraire le cinéma de genre le plus affirmé peuvent me passionner de manière différente mais comparable. On aime un film de manière intuitive, on en ressent l’intérêt ou les qualités. Lors d’un débat, il faut à mon avis écouter ce que les autres auront mal ou insuffisamment compris et leur répondre, en pointant les qualités auxquelles on aura nous-mêmes été sensible.

On connaît votre attachement de longue date pour le cinéma asiatique, y a-t-il un autre pays de cinéma qui attise votre curiosité aujourd’hui ?
Ces dernières années, ce qui a plutôt émergé c’est le cinéma Latino-Américain qui était, avant, peu visible dans les festivals internationaux. Maintenant il y a un cinéma argentin et un cinéma mexicain passionnants et qui ont une vitalité semblable à celle du cinéma asiatique à l’époque où il s’imposait dans le monde. Aujourd’hui le cinéma asiatique est reconnu, cartographié, ce n’est plus une terre inconnue à défricher, à explorer, et donc ses films appartiennent au circuit de la cinéphilie contemporaine de plein droit.

Qu’est-ce qui vous inspire en ce moment ?
Le monde, son expérience, la vie, l’art, que ce soit le cinéma, la littérature… En plus, un monde en mutation de façon extrêmement impressionnante aujourd’hui, donc c’est quelque chose qui nourrit sans cesse l’imagination.

Quels sont les derniers films qui vous ont marqués  et pourquoi ?
J’ai envie de dire Road to Nowhere de Monte Hellman et Essential Killing de Jerzy Skolimovski… Deux très grands cinéastes qui, sur le tard, font des grands films, modernes, audacieux, ambitieux… C’est très stimulant.

Qu’est-ce que vous faites après le Festival ?
Je commence fin juin le tournage de mon prochain film : Après Mai.

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