HORS COMPÉTITION – Lanzmann lève le voile sur « le dernier des injustes »
Pour son dernier film, Claude Lanzmann a exhumé des entretiens filmés de Benjamin Murmelstein, ancien président du conseil juif du ghetto Theresienstadt, en ex-Tchécoslovaquie, où furent déportés des centaines de milliers de juifs. Un témoignage vieux de près de quarante ans qui éclaire la Shoah.

Photo du film © DR
C’est à un nouvel immense travail de titan au cœur de l’Histoire auquel s’est attelé Claude Lanzmann pour réaliser son dernier film. La genèse du Dernier des Injustes, présenté Hors Compétition, débute il y a près de quarante ans. Nous sommes en 1975, et le réalisateur de Shoah (1985) et de Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (Hors Compétition, 2001), se rend à Rome pour s’entretenir pendant une semaine avec le rabbin Benjamin Murmelstein. Celui-ci fut notamment chargé dès 1938 par Adolf Eichmann, responsable de la logistique de la Solution finale, d’organiser à Vienne l’émigration forcée des juifs d’Autriche.
Dernier président du Conseil juif de Theresienstadt, ancienne forteresse militaire transformée en ghetto lors de la seconde guerre mondiale, Murmelstein lutta pour sauver ses occupants en dépit des consignes du criminel nazi. En tout, il réussit à sauver 121.000 juifs. Toutes ces années, les entretiens filmés réalisés avec le rabbin, qui ne furent finalement jamais utilisés pour Shoah, ont hanté les pensées de Claude Lanzmann. « Je me savais dépositaire de quelque chose d’unique, mais je reculais devant les difficultés de la construction d’un pareil film. Il m’a fallu longtemps pour me rendre à l’évidence que je n’avais pas le droit de garder tout cela pour moi« , explique le cinéaste.
Pour Lanzmann, le Ghetto de Theresienstadt constitue un élément central « dans la genèse et le déroulement de la solution finale« . Le film lève le voile sur la personnalité de Murmelstein, qui se surnommait lui-même le dernier des injustes pour avoir accepté cette responsabilité, et les contradictions des conseils juifs. Il revient enfin de façon inédite sur l’immonde projet d’Eichmann.
Benoit Pavan
SÉANCES
Dimanche 19 mai / Salle Debussy / 19h00.