SÉANCE SPÉCIALE – Tony Gatlif, danse avec les cultures
En 2004, Tony Gatlif remportait à Cannes le Prix de la mise en scène pour Exils. Le cinéaste revient en Sélection officielle pour la troisième fois pour présenter Geronimo, une histoire d’amour sur fond de guerre entre deux clans issus de cultures différentes. Un film militant et musical qui fait écho à son ADN et celui de sa filmographie.
Comment définiriez-vous Geronimo ?
C’est une sorte de « Roméo et Juliette » qui parle de notre époque. J’avais vraiment envie de faire un film contemporain et d’offrir un personnage à Céline Sallette. Je me suis inspiré d’un éducateur que j’ai connu dans un quartier chaud quand j’étais gamin. C’était une sorte de James Stewart qui voulait toujours jouer les redresseurs de torts.
Votre rencontre avec Céline Sallette a donc été déterminante pour ce film…
Complètement. J’ai changé le film pour Céline. Au départ, je voulais que Geronimo soit un homme. Quand je l’ai rencontrée, l’idée d’une éducatrice travaillant dans un quartier chaud du Sud de la France m’est venue tout de suite. Son quotidien bascule lorsqu’une jeune mineure d’origine turque décide de fuir un mariage arrangé avec son cousin par ses parents pour rejoindre son petit ami d’origine gitane. Cet événement va mettre le feu aux poudres dans le quartier et le personnage central joué par Céline va tout faire pour qu’il n’explose pas.
Visuellement, comment avez-vous articulé votre film ?
Le décor a beaucoup contribué au découpage de Geronimo. Le film se passe en plein mois d’août. Je voyais le quartier sans murs. J’avais demandé à mes assistants de trouver un endroit en dehors de la ville qui restait toutefois très citadin. L’idée, c’était de faire en sorte que la caméra bouge vite. Cette vitesse correspond exactement à la jeunesse d’aujourd’hui et aux jeunes que j’ai filmés : ils vont vite, parlent vite, marchent vite et ont leur langage à eux.
Les acteurs du film sont majoritairement non-professionnels. Pourquoi ?
La plupart sont effectivement des inconnus. Ils ont entre dix-sept et dix-huit ans. C’était très important pour moi de pouvoir bénéficier de leur fraîcheur. Un peu comme dans les films de Pasolini. Ce sont des enfants de la rue, qui viennent de familles très pauvres et en difficulté. Il fallait que ce soit de vrais gosses, qui ont un langage et qui sont ancré dans le monde d’aujourd’hui.

Photo du film © DR
Comme dans tous vos films, la musique tient une place importante dans Geronimo. Les clans s’y affrontent au cours de « battles »…
Dès l’écriture du scénario, j’ai commencé à travailler la musique avec Delphine Mantoulet. Je voulais absolument que chaque plan soit accompagné de musique, mais pas d’une musique de film au sens traditionnel. Je voulais qu’elle joue un rôle, et elle bouge à l’image des jeunes du film. Dans une scène où les deux bandes se font face, ce sont les acteurs qui construisent la musique, avec une matraque contre un poteau, avec des couteaux sur les grillages. Cela donne un tempo qui accompagne le film. Le bruit de ces percussions fait que la scène devient violente alors qu’il n’y a aucune goutte de sang de versée. C’était très important pour moi de m’éloigner de la réalité de la violence.
Geronimo baigne pourtant dans un certain climat de violence…
Geronimo est un film contre la violence même si à un moment ou à un autre, il fallait qu’elle éclate dans le film. Je ne voulais pas la montrer directement. C’est la musique qui l’exprime davantage.
Quarante ans ont passé depuis vos débuts et vos film gardent un ADN très militant. Comment le monde a-t-il changé à vos yeux ?
C’est de pire en pire. Je suis toujours scandalisé par ce que je vois dans le monde. Là, je raconte l’histoire d’une jeune femme menacée par ses frères parce qu’elle n’a pas voulu un de ses cousins… des histoires comme ça courent le monde et les montrer, c’est une façon de les dénoncer.
Propos recueillis par Benoit Pavan
SÉANCE
Mardi 20 mai / Salle Buñuel / 20h
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