Rencontre avec Maïmouna Doucouré, membre du Jury Un Certain Regard

© Neilson Barnard / Getty

On lui doit le sublime Maman(s), auréolé de nombreux prix, dont le César du meilleur court métrage, ainsi que Mignonnes, un long métrage puissant sur des collégiennes tiraillées entre le modèle religieux imposé par leur famille, et leur pratique d’une danse hypersexualisée. Maïmouna Doucouré fait partie des membres du Jury Un Certain Regard, présidé par Xavier Dolan.

 

Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a proposé d’être membre du Jury Un Certain Regard ?

À vrai dire, ce n’est pas la première fois qu’on me le propose. Le Festival m’avait contacté l’année dernière, mais il s’avère que j’étais sur le point d’accoucher. J’étais à la fois ravie et triste de ne pouvoir honorer cette invitation. J’étais très touchée que la demande soit renouvelée cette année. Évidemment, j’ai dit oui tout de suite et ne regrette absolument pas !

 

Quelle est, selon vous, la particularité de votre regard, de votre sensibilité, au sein de ce Jury ?

J’aime voyager, être transportée par des acteurs qui incarnent merveilleusement bien leurs personnages, par une histoire qui touche, qui pose un regard sur le monde. Je pense que j’ai une sensibilité à l’universalité. Plus les histoires sont intimes et singulières, plus elles vont être universelles et nous toucher.

 

Vous avez remporté des prix dans plusieurs festivals internationaux, ainsi que le César du meilleur court métrage pour Maman(s) en 2017 ou encore le Prix Alice Guy pour Mignonnes en 2021. En quoi ces distinctions ont changé votre carrière ?

Cela compte car ça met en lumière mon travail. Par ailleurs, que les films soient vus par différents publics du monde entier, je trouve que c’est le plus beau cadeau qu’on puisse recevoir en tant que réalisateur. Évidemment, on fait le film pour le public et le fait qu’il soit vu par des gens qui ne parlent pas la même langue que nous, qui ne sont pas du même pays, qui n’ont pas la même culture et qui arrivent à être touchés, à s’identifier aux personnages, pour moi, c’est extrêmement précieux.

 

Quel est le cinéma qui vous touche, en général ?

C’est celui qui va venir me chambouler, m’interroger sur le monde qui m’entoure. J’aime que les films nous décentrent. On a souvent tendance à penser qu’on est au centre du monde. Mais les films qui, tout à coup, nous replacent parmi les espèces, parmi le monde et non pas au centre de celui-ci, en général, ces films-là sont des films qui me touchent beaucoup. Ils me restent, s’engluent quelque part dans mon esprit et continuent à m’interroger, à me toucher des heures, des jours, des mois après à les avoir vus.

 

Avec des cinéastes comme Alice Diop, Ramata-Toulaye Sy ou Mati Diop, vous faites partie de ces réalisatrices franco-sénégalaises qui posent un regard féminin sur la diaspora africaine, qu’est-ce que ça vous évoque ? En quoi est-ce important ?

Il y a quelques années, on m’avait dit : les réalisatrices noires représentent moins de 1% des réalisateurs dans le monde. J’ai interrogé ce chiffre en me disant : Est-ce que ça veut dire que les femmes ou les petites filles noires n’osent pas, ou n’y pensent pas ? Le fait d’exister dans l’univers cinématographique mondial, je pense que ça a une valeur très forte pour toute une génération qui va pouvoir s’identifier à nous. Nous avons eu très peu de modèles, de notre côté. Je pense évidemment à Euzhan Palcy, Ava DuVernay… Mais cela change. Aujourd’hui, de nombreuses jeunes femmes noires qui me disent : « J’ai envie d’être réalisatrice ». Je trouve que c’est la plus belle conséquence que puisse engendrer ce métier.

 

D’où est venue votre envie de faire du cinéma ? 

Disons qu’elle a été présente très tôt, depuis que je suis enfant. Mais en même temps, j’en garde un sentiment étrange… Comme le fait d’avoir peur d’en parler, de ne pas être prise au sérieux. Les peu de fois où j’ai osé, on me regardait comme si je n’étais pas normale, comme si j’étais folle ou que je rêvais beaucoup trop grand. Et puis, un jour, j’ai osé me jeter dans le vide. Et à partir de ce moment, j’ai décidé de prendre ce rêve à bras-le-corps. Aujourd’hui, je suis inarrêtable !

 

Vous préparez actuellement un film sur Joséphine Baker, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Que vous inspire-t-elle ?

Ce sera le premier biopic au cinéma sur la légendaire Joséphine Baker. Quel personnage inspirant ! Aujourd’hui, elle m’accompagne dans mon quotidien car je me suis tellement plongée dans sa vie. Je suis complètement fascinée par elle, par tout ce qu’elle a traversé, par les combats qu’elle a menés. Et pour le coup, Joséphine Baker, est une énorme inspiration.