Avedon : Ron Howard se penche sur la trajectoire du génie de la photo
Pour la deuxième année consécutive, Ron Howard est à Cannes avec un documentaire. Après Jim Henson: Idea Man (2024) à Cannes Classics, le réalisateur d’Apollo 13 (1995) et A Beautiful Mind (2001) présente Avedon en Séance Spéciale. Un portrait du photographe Richard Avedon, figure double du XXe siècle américain : artiste de mode et témoin politique, homme de studio et de terrain. Rencontre.
Avedon est passé de la photographie de mode aux droits civiques, de Harper’s Bazaar à l’Ouest américain, sans jamais sembler se contredire. Avez-vous identifié un fil conducteur qui relie tous ces changements ?
Le fil conducteur, c’était Avedon lui-même, sa sensibilité, son esthétique et son engagement à subvertir les attentes, à surprendre son public avec les images qu’il capturait et partageait.
Vous avez travaillé dans des genres très différents tout au long de votre carrière. Ce film a-t-il changé votre façon de penser votre propre registre ?
Je ne cherche jamais à apposer délibérément une signature reconnaissable sur mes projets. Mon espoir est toujours de trouver l’approche qui réalisera au mieux le potentiel que je vois dans le scénario que je tourne et monte, qu’il ressemble ou non à mes autres films. C’est là une partie de l’excitation : sortir de mes propres sensibilités pour restituer la logique émotionnelle qui pousse les personnages à agir comme ils le font, que ce soit dans une fiction ou un film inspiré de faits réels.
Comment fait-on un documentaire sur un photographe qui a constamment réinventé son langage visuel, sans aplatir ce mouvement ?
Mon objectif était de célébrer le parcours créatif de Richard Avedon, donc les changements de direction (stylistiques ou thématiques) qui constituaient justement les points de bascule clés de l’histoire telle que je la voyais. J’ai très intentionnellement souligné ces réinventions.
Les archives sont immenses. Quel a été votre processus de sélection ?
Chaque image était intrinsèquement cinématographique, parce qu’Avedon avait la capacité de saisir des instants qui suggéraient des scènes de la vie de ses sujets, ou le personnage que ce sujet donnait à voir. Le processus de sélection était éprouvant mais formidable. Rien qu’avec les images les plus percutantes, on aurait pu faire une grande minisérie : j’ai donc privilégié les photos qui disaient quelque chose de précis et de personnel sur Avedon en tant qu’artiste.
Qu’est-ce que les collaborateurs d’Avedon vous ont dit sur le travail avec lui que les photographies elles-mêmes ne pouvaient pas dire ?
À quel point son éthique de travail était épuisante à suivre, et à quel point son œil pour le détail pouvait être exigeant. C’était un véritable visionnaire artistique, un perfectionniste.
Qu’est-ce qui vous a personnellement attiré vers Avedon : l’aviez-vous déjà croisé ?
Je n’ai jamais croisé sa route, et j’ai bien sûr envié ceux qui l’ont fait. Faire ce film m’a vraiment donné envie de l’avoir connu. J’aurais aimé Richard Avedon ! Ce qui m’a attiré, c’est son énergie créatrice, son endurance et son engagement courageux envers l’excellence. Et le fait qu’il ait utilisé son art de manière si significative pour faire bouger les lignes culturelles.