I’ll Be Gone in June, le regard de Katharina Rivilis

I'll be gone in June © Giulia Schelhas

Présenté au Certain Regard, I’ll Be Gone in June, le premier long métrage de l’actrice et réalisatrice allemande Katharina Rivilis, revient sur ses années étudiantes, aux États-Unis. À travers le personnage de Franny, une étudiante de seize ans, bloquée à Las Cruces, Nouveau-Mexique, peu après les attentats du 11 septembre 2001, la cinéaste se livre sur cette période décisive de sa vie.

Comment ce projet est-il né ?

 J’étais en échange universitaire à Las Cruces, au Nouveau-Mexique, en 2001. Mes souvenirs de cette période constituent la base de ce film. Une année à l’étranger peut vous chambouler du tout au tout. Mais quand, à votre retour chez vous, tout le monde vous demande comment ça s’est passé, vous répondez juste « Ouais, c’était bien », parce que personne ne peut vraiment comprendre. Du moins, pour vous. Ce film est probablement une manière très tardive pour moi de répondre à cette question, même s’il s’agit d’une adaptation libre de ma propre expérience. Au début de la pandémie, j’ai commencé à regarder de vieilles photos, à relire des lettres, et je suis tombée sur l’album de fin d’année de ce lycée. J’ai eu l’impression de remonter le temps. Ça a été une grosse source d’inspiration, si bien que l’écriture du film s’est faite naturellement et très rapidement, de l’idée de départ au premier jet du script.

Quelques mots sur vos acteurs ?

Travailler avec des adolescents, c’est presque toujours travailler avec des acteurs amateurs. J’ai

passé trois ans à chercher avant de trouver Naomi Cosma (Franny) via une photo sur les réseaux sociaux, David Flores (Elliott) sur un marché de Las Cruces, et Bianca Dumais (Sam) dans un skatepark de Las Cruces également. La seule que j’avais déjà trouvée, c’est Rebecca Schulz (Ida), qui était apparue enfant dans mon court-métrage Ariana Forever!, quelques années auparavant. Ils se sont impliqués de manière incroyable, alors que la plupart d’entre eux n’avaient jamais envisagé de faire du cinéma. Avec le temps, ils sont devenus très proches, presque comme une famille, ce qui a fait écho aux liens qui se nouent dans le film et a contribué à en renforcer la justesse.

Qu’avez-vous appris ou découvert en réalisant ce film ?

 L’expérience la plus révélatrice pour moi, ça a été le casting. J’ai passé beaucoup de temps à parler aux gens rencontrés dans la rue ou au supermarché et à leur demander de venir passer un petit casting. Ce sont ces rencontres qui ont commencé à façonner le film lui-même. Puis j’ai commencé à prendre conscience de la richesse insoupçonnée du quotidien chez les gens qui nous entourent. Si on arrive à créer des liens avec ces personnes et à avoir des conversations honnêtes, comme c’était le cas au cours de ce casting, ce qu’on y gagne en tant que cinéaste va bien au-delà de tout ce qu’on peut imaginer derrière un bureau. Pour mon prochain film, j’adorerais commencer par chercher les acteurs sans même avoir fini le script et travailler au développement du film de cette façon.

Qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre film ?

 Bien que la durée d’un film soit limitée dans le temps, j’aimerais qu’à la fin des deux heures, vous ayez l’impression d’avoir passé cette année d’échange à l’étranger aux côtés de Franny. C’est un sentiment puissant qui bouleverse votre regard sur le monde et vous rapproche de personnes que vous n’auriez pas rencontrées autrement. Et cela devient un souvenir absolument précieux.

Qu’est-ce qui vous a incitée à devenir cinéaste ? Quelles sont vos influences ?

 J’ai commencé dans ce milieu en tant qu’enfant comédienne, principalement dans des opéras et des pièces de théâtre classiques. C’est plus tard, à 17 ans, que j’ai étudié la comédie pour devenir actrice professionnelle. Ce qui a nourri mon désir de devenir moi-même cinéaste, c’est de voir comment les récits pouvaient changer notre regard sur le monde.

Mais j’ai également découvert le cinéma avec mes parents, qui me montraient souvent les films de réalisateurs tels que Fellini, Bergman et Tarkovsky. L’un de mes souvenirs les plus marquants, c’est Fanny et Alexandre que ma mère avait enregistré à la télé sur cassette VHS, mais dont il manquait la fin. J’ai regardé cette version incomplète d’innombrables fois, contrainte d’imaginer à quoi la fin de l’histoire ressemblerait. Cette expérience m’a en quelque sorte appris très tôt que le cinéma tire toute sa force de l’imaginaire du spectateur, bien après la projection.

Y a-t-il un film que vous aimeriez recommander ou partager ? Et pourquoi ?

 Requiem pour un massacre de Klimov, pour la force émotionnelle bouleversante avec laquelle il dépeint la perte de l’innocence en temps de guerre et la violence de l’histoire à travers les yeux d’un enfant. Si vous ne l’avez pas vu, il faut absolument y remédier ! Surtout en ce moment, où la guerre nest plus juste un vague et lointain souvenir.