De Rubber à Full Phil : Quentin Dupieux en quatre films américains
Avant de devenir l’un des cinéastes français les plus prolifiques – et les plus imprévisibles – de sa génération, Quentin Dupieux a fait un détour par les États-Unis, qui ont forgé les prémices de son univers barré et bricolé. À l’occasion de la projection de Full Phil, son dernier long métrage aux têtes d’affiches hollywoodiennes (Kristen Stewart et Woody Harrelson) projeté en Séance de Minuit, retour sur quatre ovnis made in USA.
FIMOGRAPHIE
Rubber
À l’origine, il y a un pneu. En 2010, Rubber débarque comme un objet filmique non identifié : l’histoire d’un pneu télépathe nommé Robert qui explose des têtes dans le désert californien. Dupieux y pose déjà sa fascination pour les récits qui tournent en rond, les personnages hébétés et les dialogues qui semblent écrits après trois nuits blanches. Simple et efficace, le dispositif instaure peu à peu une véritable terreur pour cet objet on ne peut plus banal, grâce à une mise en scène brillante et une musique entêtante, qui constitue encore aujourd’hui la marque de fabrique de Quentin Dupieux / Mr Oizo.
Wrong
En 2012, Quentin Dupieux sort sans doute son film américain le plus mélancolique. Un homme y cherche son chien disparu dans un Los Angeles détraqué où il pleut à l’intérieur des bureaux et où des gourous canins kidnappent des animaux pour enseigner l’amour à leurs maîtres. L’absurde n’est plus seulement drôle : il devient existentiel. Chez Dupieux, les personnages poursuivent toujours quelque chose : un pneu, un chien, une cassette, un rêve : sans jamais vraiment comprendre pourquoi.
Wrong Cops
Des policiers corrompus vendent de la drogue, harcèlent les passants et composent de la techno entre deux bavures : avec Wrong Cops, le cinéaste pousse encore plus loin son goût pour le chaos. On y retrouve une troupe de visages familiers du cinéma indépendant américain, de Mark Burnham à Eric Wareheim.
Full Phil
Douze ans après Réalité, qui mettait en scène Alain Chabat et Jonathan Lambert dans une mise en abyme labyrinthique à Los Angeles, Full Phil suit à l’inverse deux américains à Paris. Kristen Stewart et Woody Harrelson y incarnent un père et sa fille en voyage dans la capitale française dans le but d’apaiser – en vain – leur relation tendue. Cette tension va s’accentuer à cause d’un film d’horreur kitsch des années 1950, mais surtout avec la présence (très) insistante d’une employée d’hôtel (Charlotte Le Bon), jusqu’à exploser. Littéralement.
Quelque part entre L’Etrange Créature du Lac Noir et La Grande Bouffe…