Féminisme et puritanisme : réception de La Dérive de Paula Delsol

LA DÉRIVE © Succession Paula Delsol / Les Acacias

Présenté à Cannes Classics, La Dérive de Paula Delsol ressurgit aujourd’hui comme une véritable page manquante de la Nouvelle Vague : un film féministe avant l’heure, salué par une partie de la critique de l’époque avant d’être longtemps oublié. Retour sur l’avis de la presse à l’occasion de la sortie du film, en 1964.

À sa sortie, La Dérive déroute autant qu’il fascine. Le film suit Jacquie, interprétée par Jacqueline Vandal, une jeune femme errant dans le sud de la France après avoir quitté son compagnon. Elle traverse des paysages, fait des rencontres et vit ses désirs avec une liberté rare dans le cinéma français du début des années 1960. Un modèle de femme solitaire et errante, affranchie du mariage ou de la maternité, bien avant Wanda de Barbara Loden (1970), La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan (1969), ou Sans toit ni loi, d’Agnès Varda (1985).

Proche des cinéastes de la Nouvelle Vague, Paula Delsol tourne son film en décors naturels, en pleine campagne camarguaise, avec une petite équipe, peu de moyens et une mise en scène mobile. Pourtant, contrairement à ses homologues masculins, Paula Delsol reste en marge du mouvement, bien que Les Cahiers du cinéma aient défendu le film à sa sortie, à commencer par François Truffaut : « Par son audace, La Dérive ne peut être comparée qu’aux tout premiers films d’Ingmar Bergman. » ou encore Louis Marcorelles : « Paula Delsol sait exactement où elle veut en venir, elle a le sens aigu du dialogue, parle de l’amour avec une telle franchise que bien des mâles en sont courroucés. Elle dirige ses acteurs avec une fermeté rare chez n’importe quel metteur en scène français. »

Même si la réception critique de l’époque est plutôt positive, le film est interdit aux moins de 18 ans, en raison du “comportement profondément immoral de certains personnages”, argumente alors la censure française.