Rencontre avec Khaled Mouzanar, membre du Jury Un Certain Regard

Khaled Mouzanar © DR

Compositeur, producteur et artiste, Khaled Mouzanar s’est imposé comme une figure majeure de la scène artistique libanaise grâce à ses collaborations avec Nadine Labaki sur Caramel ou Capharnaüm (Prix du Jury 2018), qu’il a coécrit, produit et mis en musique. Membre du Jury Un Certain Regard aux côtés de Leïla Bekhti ou Thomas Cailley, il nous a confié ses attentes au sujet de la Compétition.

Que signifie pour vous la sélection Un Certain Regard ?

Dans cette sélection, j’espère voir les objets artistiques non-identifiés, les ovnis du cinéma, les créateurs du futur, les choses qui ne sont pas dans le cinéma mainstream. Je cherche en premier lieu l’inspiration pour moi, en tant qu’artiste cinéphile, je cherche à recevoir une claque artistique.

Quelle a été votre première réaction quand on vous a demandé de faire partie du Jury ?

J’ai été très heureux et surpris. Je suis aussi producteur, mais je suis surtout compositeur. Et c’est rare d’avoir des compositeurs dans des Jurys de sélection. Je suis très honoré pour moi-même et pour la profession. J’ai eu beaucoup de messages de mes amis musiciens qui se félicitaient de cela. C’est aussi une certaine reconnaissance des compositeurs en tant qu’auteurs de films.

« Je pense qu’il n’y a pas mieux qu’un compositeur de musique pour savoir apprécier la valeur des silences »

En tant que musicien, de quelle manière regardez-vous les films ?

Je pense que le compositeur a une lecture musicale d’un scénario, à la base. Donc nous avons une lecture un peu alternative par rapport aux autres spectateurs. Je sais aussi apprécier les endroits où il n’y a pas de musique dans un film. Je pense qu’il n’y a pas mieux qu’un compositeur de musique pour savoir apprécier la valeur des silences.

Qu’est-ce qu’une bonne musique de film, d’après vous ?

Une bonne musique de film est une musique qui parvient à transmettre ce que veut raconter le réalisateur, qui réussit à être actrice du film, mais également à se faire oublier. Une musique trop présente, qui raconte ce que l’image ne raconte pas, n’est pas toujours la meilleure des choses dans un film.

Un film dont vous trouvez la musique particulièrement réussie ?

Il y a des films qui ont été précurseurs, audacieux, qui m’ont marqué musicalement. Le Troisième Homme est un des premiers films dont la musique m’avait interpellé. J’avais compris qu’une même mélodie peut signifier à la fois le drame, le suspense, la joie. C’était un sublime exemple de leitmotiv qui se répète dans un film.

Et puis Stanley Kubrick m’a fait découvrir la musique classique. Les premières musiques classiques que j’ai écoutées, j’ai dû les écouter grâce à lui. Les utilisations surprenantes dans 2001, l’Odyssée de l’espace, ces mélanges de science-fiction et de musique classique, m’ont beaucoup marqué.

Vous avez vous même remporté le prix UCMF (Union des Compositeurs de Musique de Film) de la meilleure musique pour Caramel… Qu’est-ce qu’un Prix change dans une carrière ?

Ça fait très plaisir. C’est bien d’avoir une certaine reconnaissance des gens du métier. Ça montre qu’on n’est pas dans le faux. Parce que, quand on fait des créations artistiques, on se remet tout le temps en question.

Qu’est-ce qui vous touche dans un film ?

J’aime être bouleversé. J’aime être ému. J’aime apprendre quelque chose. J’aime être surpris. J’aime le cinéma. J’aime l’esthétique. J’aime la photographie. Le cinéma est un mélange de tous les arts. Quand tout fonctionne, il y a une magie qui émeut. C’est rare, mais quand ça fonctionne, ça nous transforme. Je pense véritablement que le cinéma est un des arts qui a le pouvoir de transformer le monde.

Quelles sont vos attentes à propos de la Compétition Un Certain Regard ?

Je n’ai aucune attente ni dans le genre, ni dans le sujet, le fond, ou le thème. Je cherche juste à être ébloui, inspiré artistiquement. On voit des films du monde entier. C’est comme si je sentais les pulsations de la planète, aujourd’hui. Et ça fait du bien de se sentir connecté à tous les artistes du monde, de pays que l’on ne connait pas vraiment. Le cinéma d’auteur rentre dans les profondeurs, dans les veines d’un pays. On s’en inspire, on les ressent.

Qu’est-ce qui constitue un bon Jury ?

Je suis vraiment tombé sur des gens qui ont tous une très grande sensibilité de cinéma et on s’entend très bien. Il y a une amitié qui s’est installée et c’est vraiment agréable de discuter. Au fil des discussions, on sent parfois qu’on s’est trompé la première fois et on revoit finalement son appréciation.