La Vie d’une femme, de Charline Bourgeois-Tacquet : sortie de projection
Six ans après Les Amours d’Anaïs, un premier long métrage pétillant, Charline Bourgeois-Tacquet intègre la Compétition cannoise avec un film sur l’histoire d’une chirurgienne débordée, incarnée par Léa Drucker, qui voit son équilibre bouleversé par l’arrivée d’une romancière (Mélanie Thierry). Au sortir de la projection, trois femmes échangent sur La Vie d’une femme.
Manon Durand
Décidemment, Charline Bourgeois-Tacquet possède un œil résolument tendre sur ses personnages féminins. Sur leurs corps, sur leur âge, sur leurs doutes. Les scènes d’intimité sont particulièrement représentatives de ce regard empathique d’une femme sur d’autres femmes. Déjà, dans Les Amours d’Anaïs, je me souviens de cette caméra qui semblait effleurer les peaux mélangées d’Anaïs Demoustier et de Valeria Bruni-Tedeschi, en exposant les parties du corps sans fausse pudeur, ni artifice. Ici aussi, les corps sont montrés tels qu’ils sont : sublimes et vulnérables quand ils charrient tellement plus qu’une sensualité convenue.
Charlotte Pavard
Dans La Vie d’une femme, Léa Drucker incarne une femme “forte” (même si elle déteste ce mot) et empathique qui a porté les autres toute sa vie. Or, lorsque ses beaux-enfants, son associé et ami, sa mère la lâchent d’un seul bloc parce qu’ils n’ont plus besoin d’elle, tout s’effondre comme un château de cartes. Comment fait-on, dans ce cas, alors qu’on se retrouve soi-même à un tournant de sa vie ? Quand on doit apprendre ou réapprendre à s’occuper uniquement de soi ? En tant que femme qui connait – comme d’autres – ces problématiques, cette réflexion me parle.
Manon Sabrier
La Vie d’une femme est porté par une Léa Drucker dont le jeu impressionne par sa finesse : toute l’émotion est communiquée par des micro-variations, des regards, des silences, une manière très subtile de laisser apparaître peu à peu les failles et la bascule de son personnage. Plus le film avance, plus elle se dévoile, accepte une forme de vulnérabilité. J’ai également beaucoup apprécié la manière dont la mise en scène accompagne cela : la caméra se rapproche quand Gabrielle est face à un tourment, comme une confidente.